pape

Rome, 1866. L’Europe est en ébullition. Partout, les révolutions bousculent l’ordre établi. Des idées nouvelles, filles des lumières, voient le jour : la liberté d’opinion, la liberté de conscience font trembler les têtes couronnées. Des cités ouvrières naissantes jaillissent des aspirations nouvelles au bonheur qui prennent les formes les plus diverses, parfois contradictoires  :  le désir de socialisme côtoie ainsi l’appât du gain, le matérialisme et bien d’autres encore. C’est aussi l’heure de nouvelles théories qui viennent bousculer les postulats hérités des Écritures :  Charles Darwin vient de publier « L’origine des espèces », terrible insulte à la théorie d’une conception divine de l’homme. La France, fille aînée de l’Église, vient, quant à elle, d’interdire l’esclavage.

C’en est trop ! Bien plus que ne peut le supporter Giovanni Maria Mastai Ferretti, notre Pape depuis 1846. Il voit dans ces idiotes idées de modernité autant de gifles données à l’intemporalité du créateur. Pie IX, car c’est de lui qu’il s’agit, vient de publier, deux ans plus tôt, un Syllabus, sorte de recueil dans lequel il énonce ses vérités, donc des vérités universelles, qui ne doivent souffrir d’aucune discussion : il y rejette en bloc toutes ces foutaises qui écartent le petit peuple de la vraie foi. Et pourtant, la messe est loin d’être dite. En cette soirée de 1866, Giovanni est encore plus soucieux qu’à l’accoutume. A la lumière de la chandelle, il lit et relit l’Exode : « Alors son maître le conduira devant Dieu et le fera approcher de la porte ou du poteau et son maître lui percera l’oreille avec un poinçon et l’esclave sera pour toujours à son service. » Ah ! se dit-il. Les patriarches de l’ancien testament ! Des exemples à suivre ! N’avaient-ils pas des esclaves ? Alors pourquoi une telle possibilité est-elle aujourd’hui remise en cause par ces illuminés de français? Faire appel à la force inépuisable de ces hommes lointains, n’est-ce pas là une chance que nous donne le Seigneur ? Mais quelqu’un frappe soudain à la porte. C’est le conseiller que Giovanni attendait! Respectueux, l’homme de petite taille avance vers le Saint-Père et, s’agenouillant, lui présente humblement le texte demandé : l’instruction du Saint-Office. Un document d’une telle importance historique mérite, cela va sans dire, une bonne relecture. Le Saint-Père approche le document de la chandelle et lit à douce voix :  « L’esclavage, en lui même, est dans sa nature essentielle pas du tout contraire au droit naturel et divin, et il peut y avoir plusieurs raisons justes d’esclavage, et celles-ci se réfèrent à des théologiens approuvés… Il n’est pas contraire au droit naturel et divin pour un esclave, qu’il soit vendu, acheté, échangé ou donné. » Voilà qui est bien. Le Saint-Père appose au bas du document son Saint-Paraphe :  Pie IX peut maintenant aller se reposer. Il en aura besoin car il sait que son chemin de croix ne fait que commencer ! Certains hommes, qui se disent encore d’église, à la tête desquels se dresse cet obscure Johann Joseph Ignaz von Döllinger, un prêtre théologien de Bavière, osent contester la parole papale. Comment cela est-il possible ? Un pape ne peut pas se tromper, c’est une évidence car, à travers lui, c’est le Seigneur qui s’adresse au monde chrétien. Il faut réduire au silence ces conspirateurs qui défient ainsi l’autorité du Vatican ! Un Concile, voilà la solution ! Il lui faut convoquer un concile pour trancher définitivement la question !
Nous sommes en 1870 et s’ouvre le concile Vatican I. Les débats s’engagent immédiatement sur cette question capitale de l’infaillibilité papale.  Après des débats houleux, des votes interminables, le dogme est enfin adopté, malgré quelques réfractaires : Le pape, lorsqu’il s’exprimera dorénavant sur des questions ayant trait à la foi chrétienne, ne pourra pas se tromper. A partir de ce jour, le pape déclarera, énoncera, édictera… Celui qui s’opposera à ces déclarations se placera hors de l’Église… Un point c’est tout.
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Laicité, Nouveau testament

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