Faut-il réintroduire le dinosaure dans les Alpes ?

Les Aillons en Savoie, 2010 années après le Christ. Nous sommes en novembre et le petit village des Aillons, quelques vieilles bâtisses centenaires accrochées au calcaire de la falaise telles des raisins sur une grappe, est, depuis une semaine déjà, trempé par les pluies de Toussaint. Angèle, comme sa mère avant elle, droite dans ses bottes pourtant bien crottées, mène son troupeau de Tarines, bêtes de l’ordre des bovins bien connues dans nos montagnes pour leurs yeux magnifiques, à l’étable.
Plus rien de sec la dedans ! Les planches que son mari avait pourtant promises de rafistoler laissent entrer suffisamment d’humidité pour rincer un gosier !!! Enfin… De toute façon, Angèle a la tête déjà bien pleine de soucis, alors les planches attendront et son mari aussi ! Elle pose son regard attendri sur la Blanchette, pourtant marron claire, qui vient de perdre son veau, tout là-haut, au col des Prés.  Angèle, comme tous les matins, depuis la nuit des temps, avait laissé le troupeau en pâture dans ce lieu paradisiaque où l’herbe est si grasse. Le petit, profitant sans doute de sa nouvelle liberté, s’était laissé emporter par la douceur du foehn aux limites du pré. Angèle l’avait retrouvé là, égorgé, à moitié dévoré par un loup, le même sans doute qui avait décimé ses chèvres la semaine précédente. Elle soupire : Que faire ? Le loup est ici sacré, impossible de toucher à l’un de ses poils. Mais il y en a de plus en plus, venus sans doute d’Italie, se déplaçant en meutes, prêts à bondir sur l’animal le plus faible. Ils n’ont que faire de nos chiens… Si on ne peut pas le chasser, faut-il pour autant se laisser ainsi dévorer, ruiner à petits feux ?  Nos bêtes sont notre vie. Qui pourrait accepter ça ?  On ne roule pas sur l’or, 1000 euros par moi à deux, en travaillant 12 heures par jour, et on nous assassine chaque jour un peu plus avec cet animal sacré… Si on le tue, c’est la prison. Si il nous bouffe, c’est la nature… C’est comme ça, c’est décidé tout là-haut, à Paris…
Angèle, demain, retournera au col des Prés.  

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8 commentaires sur “Faut-il réintroduire le dinosaure dans les Alpes ?

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  1. Nous habitons vraiment pas loin des Aillons – 20km à vol d’oiseau ouà peu près autant à « chemin de loup ». Votre texte laisse entendre qu’il y aurait une grande quantité de loups dans le parc naturel des Bauges. Il y en a, certes. Mais combien ? Et combien de bêtes sont tuées chaque année ? Nous avons un voisin chasseur qui marche tous les jours (je dis bien TOUS les jours) dans le massif du Roc des Boeufs. Il a vu des traces d’un loup il y a deux ou trois ans en hiver. Depuis rien; S’il y avait beaucoup de loups, il y aurait des carcasses de chevreuils ou de biches ou de faons en quantité. Et lui, chasseur, serait le premier à les voir. Relativisons donc.

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    1. Ce texte m’a été inspiré par une discussion avec une agricultrice des aillons qui venait de perdre plusieurs chèvres au col des prés et qui en pleurait. Personnelement, je n’ai pas vu de loup. merci en tous cas de vos commentaires

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  2. Je n’avais pas le temps hier mais je voudrais ajouter ceci. Je ne mets pas du tout en doute ni la sincérité ni la gentillesse de votre amie Angèle et de son entourage mais il est absolument certain que 1. un fort pourcentage des méfaits attribués au loup sont en réalité l’oeuvre de chiens errants 2. les éleveurs sont indemnisés lorsque l’attaque du loup est avérée – et ils ne touchent pas un centime si le prédateur est un chien ou, plus générallement, une meute de chiens. 3.le chevreuil est une proie mieux adaptée donc plus facile qu’une génisse dans un troupeau. 4. beaucoup d’éleveurs ne sont pas hostiles au loup et « s’équipent » de patous (Allez l’été sur la Montagne du Charbon au-dessus du Col de Bornette, par exemple, vous verrez) 5.si loup faisait un carnage dans la population de grand gibier, les chasseurs seraient les premiers à réclamer des autorisations de tirs. Or CE N’EST PAS LE CAS. 6. suite à des attaques (avérées) du loup dans la zone des Glières en 2008, les autorités ont autorisé le tir d’un loup en 2009. Et… aucun loup n’a été abattu (vérifiable en préfecture) car il n’y a eu en 2009 aucune attaque dans la zone et aucun loup n’a été vu. 7. la ré-introduction du loup en France par des gens malintentionnés (à l’égard des éleveurs) reste à prouver (vous m’accorderez, j’en suis certain, à moi aussi, le droit au doute). Le loup peut faire plusiieurs centaines de kilomètres en une semaine et les frontières naturelles ou administratives ne l’ont jamais arrêté. Maintenant le problème de fond. Angèle et tous les paysans « non-industriels » sont victimes d’un discours des gouvernements français (de droite comme de gauche, sous la pression des lobbies de l’agro-alimentaire et de l’industrie chimique) leur expliquant qu’ils allaient nourrir l’Europe et même le monde, qu’il leur fallait être productifs, etc. Et tant pis pour la nature, les nappes phréatiques, les haies, les zones humides… La nature au service du business de la filière agro-alimentaire. Il faut dire « stop ! » Les paysans peuvent gagner autant et même plus en produisant moins mais des produits de qualité. De gros efforts ont été fait en Savoie dans le cadre de la labellisation des fromages, imposant un cahier des charges strict. Les produits agricoles n’ont pas à être compétitifs pour être vendus pour nourrir le tiers Monde. Que les paysans du Tiers Monde nourrissent leurs concitoyens. Garder les troupeaux coûte cher, c’est vrai. Mais le surcoût peut être répercuté sur le prix des produits laitiers de qualité et (pourquoi pas ?) être couvert par des subventions. Certains (et je ne parle pas de notre Angèle) sont d’une mauvaise foi crasse, qui essaient de ressusciter « la peur du loup ». Aucune attaque n’a jamais été répertoriée en Italie où les loups habitent depuis toujours. Les Italiens ont d’ailleurs une vision positive du loup – peut-être à cause de Romulus et Remus… En France, avecla bête du Gévaudan, la peur du loup a été entretenue pendant des siècles pour justifier son éradication. Mais aujourd’hui les gens SAVENT et ça ne marche plus. Ce qui désespère certains… Bonne journée !

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    1. Je n’ai pas d’avis très tranché sur la question du loup et me suis contenté, dans cet artcile, de me faire le porte parole des agriculteurs que j’ai recontrés aux Aillons. Ils font des produits de qualité, certains labellisés, mais croyez-moi, ils ne roulent pas sur l’or. Il n’exsite plus que cinq fermes dans le secteur des Aillons et plus de jeunes. Quant aux loup, ma seule source d’information est de Dauphiné qui relate souvent des carnages dans les troupeuax. Maintenant, est-ce du fait du loip ? merci en tous cas

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  3. Quand le Dauphiné écrit qu’il y a plus de cnt mille morts en Haiti, il est « factuel », donc fiable. D’ailleurs tous les organes de presse disent la même chose. Quand le Dauphiné parle du loup, il traite d’un sujet qui touche directement ses lecteurs les plus fidèles. « Carnage » n’est pas un terme « objectif ». Il est généralement le relai de ceux qui NE VEULENT PAS du loup. Pas celui de ceux qui veulent bien du loup A CONDITION QUE. Et, qu’on y prenne garde : que dira-t-on aux paysans africains qui veulent se débarasser des éléphants et aux villageois benghalais ou siébériens qui ne veulent plus des tigres ? Faire « place nette » pour les activités humaines, ça s’arrête où ? Où met-on la frontière ? On ne conserverait les espèces qui nous gênent que dans des zoos (voire leurs ovocites dans des confgélateurs) pour « sauver la diversité » ? Aux Aillons, un excellent « bleu » (le Valbleu) est produit. (J’emploier le « passif » à dessein). Il ne faut pas que le loup le fasse disparaître. Le loup ne doit pas non plus empêcher les vaches d’Angèle de brouter les narcisses du Col des Prés. Je suis certain que c’est possible avec des aides spécifiques. Pas avec des carabines.

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    1. Certes, certes. Vu comme cela. Toutefois, protéger le loup depuis Paris part d’un bon sentiment facile à mettre en oeuvre : un décret de plus qui donne bonne conscience à nos élites. Vu des alpages, c’est différent,…

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