A-t-on retrouvé l’ébauche des évangiles ?

Mer morte, 1947. Découverte du brouillon des Évangiles. Lire aussi La Bible dévoilée.

Nous sommes au petit matin du printemps 1947, tout proche des rivages rocailleux de la mer morte. Nous sommes à Qumran, à quelques encablures de Jerusalem, à une dizaine de kilomètres seulement de Jericho. Il fait déjà très chaud et la journée ne fait que commencer. Deux jeunes Bédouins, perchés sur de vieux mulets, se sont arrêtés là, dubitatifs. Une falaise imposante, infranchissable se dresse devant eux. Éreintés par de longues heures de marche à la recherche d’une chèvre égarée, maculés de poussière et rôtis par le soleil, ils s’interrogent. Impossible de franchir cette muraille, ils n’iront pas plus loin. Soudain, à peine perceptible, un roulement de pierres sèches attire leur regard vers un recoin sombre de la paroi de calcaire. Est-ce l’imprudente fuyarde ? Ils décident alors de gravir les premières pentes, aveuglés par les nuées de poussières qu’ils soulèvent dans leur hâte. Une petite fente se dessine dans la roche. Épuisée par l’interminable traque, la chèvre s’est probablement cachée dans ce refuge inespéré. Ils jettent de petits cailloux dans l’ouverture. Quelque chose se brise, comme si un objet de terre cuite venait de se fracasser sur le sol pierreux. Une torche s’enflamme et aussitôt nos deux bédouins pénètrent dans la mystérieuse cavité. Des jarres ! Des jarres par centaines s’étendent à perte de vue. Est-ce là un trésor oublié ? Le plus vaillant s’approche des premières et plonge une main hésitante à l’intérieur. Du cuir! Cela ressemble à du cuir ou à des tissus très anciens. Ce n’est que ça ! Ils approchent une torche et découvrent, courant sur le tissu, une écriture ancienne partiellement effacée. Ça vaut rien, que des trucs de bonnes femmes ! Ils décident tout de même d’en emporter quelques uns, ils ne seront ainsi pas venus ici tout à fait pour rien. Quant à la chèvre, elle semble définitivement perdue, tant pis pour elle, elle fera bientôt, elle aussi, partie de ce fourbi !

Ils s’en retournent à leur mulet et rangent soigneusement les parchemins dans un sac de toile. Le mieux est d’aller sur Bethléem, là-bas, on saura leur dire si ces vieilleries ont une valeur quelconque. Après de longues heures sous le soleil, ils arrêtent leur monture à l’ombre d’un manguier, épuisés, brûlés par le soleil de midi. Bethléem est encore loin ! Le mieux est de rentrer. Ils accrochent alors leur maigre butin à un poteau de tente et disparaissent derrière les dunes. Le manuscrit restera là quelques semaines. Quelques semaines de plus oublié.

1947. L’État d’Israël vient d’être créé sur une terre trois fois saintes. Les tensions sont extrêmes, la guerre entre juifs et palestiniens menace chaque jour un peu plus. A la hâte, des barbelés sont installés pour séparer les deux communautés. Les britanniques multiplient les patrouillent pour éviter que la situation ne dégénère.

Nos deux bédouins ne se préoccupent guère de toutes ces histoires. Ils viennent de perdre une chèvre et une journée de travail. Ils arrivent maintenant devant leur village. C’est jour de marché et ils ne seraient pas fâchés contre un peu de thé à la menthe bien sucré. Un marchand d’antiquités leur en propose justement un ! Quelle aubaine. Ils s’effondrent sur un divan usé jusqu’à la corde et commencent à se désaltérer, abreuvant le marchant de détails sur leur périple. Des jarres ? Des manuscrits ? L’antiquaire semble intrigué. Peut-être cela intéresserait Sukenik, un archéologue de l’université hébraïque qu’il connaît personnellement. Le problème, c’est que Eliezer Sukenik est juif… Il va falloir faire preuve de prudence… Une rencontre est tout de même organisée. Elle se fera de nuit, de part et d’autre d’une barricade. On présente au savant un des morceaux de cuir recouvert de caractères hébraïque. C’est un faux ! Sukenik en est convaincu. Mais il se porte tout de même acquéreur, en échange de quelques pièces et puis il demande à voir d’autres fragments. L’aventure des manuscrits de la mer morte peut enfin commencer, elle durera un demi-siècle.

L’authenticité des documents sera bien vite confirmée. Ils sont anciens, très anciens. Nous sommes 200 ans environ avant la naissance du Christ, quelque part dans le désert d’Engadi, tout près de l’endroit où, quelques années plus tard, Jean baptisera. Une petite colonie de juifs très pieux, les Esséniens, fuient la ville et son immortalité. Ils sont environ 4000 et ont décidé de s’établir sur cette terre inhospitalière. Il n’y a pas de femmes parmi eux, des êtres considérés comme un obstacle à la vie en communauté. Les enfants sont adoptés. Il n’y a pas d’esclaves non plus, l’esclavage étant contre leur principe de justice. Il n’y a pas de commerce, source de cupidité qui corrompt les âmes. Ils vont vivre simplement, de l’agriculture. Ils développent, petit à petit, un modeste artisanat, fabriquant essentiellement les outils nécessaires à leur vie en communauté. Ils habitent ensemble et mettent tous leurs biens au service de leurs semblables. A la 5èmeheure, une fois le travail des champs terminés, ils se couvrent de vêtements de lin qu’ils ont purifiés dans de l’eau froide et se rassemblent pour prendre le repas en commun en louant Dieu de leur donner ainsi la nourriture indispensable à la vie. Le repas achevé, Dieu est, une nouvelle fois, honoré. Puis, les vêtements sains sont déposés et le travail reprend, jusqu’à la tombée de la nuit. Sur ces terres arides, bien loin de Jérusalem, la vie se déroule ainsi paisiblement. Un monastère est construit, permettant aux scribes de s’adonner pleinement à l’étude des Écritures sacrées.

68, après la naissance du Christ. Les légions romaines déferlent sur la Palestine et soumettent les villes alentours. La pieuse communauté, recroquevillée dans son monastère oublié de tous, est un instant encore épargnée. De toute la Palestine souffle bientôt le vent de la révolte, retentit le signal de la lutte contre l’envahisseur, l’impie qui a osé profaner la terre sacrée. Une guerre contre Rome commence, une guerre légitime, mais une guerre vouée à l’échec. Que peuvent quelques bandes de paysans contre une telle puissance militaire ? Le général Titus se chargera de montrer à ces téméraires rebelles qui est le chef. A la tête de plusieurs légions, il entre en Palestine et défait les pathétiques résistances. Il fait brûler le temple de Jérusalem. L’empereur est et reste le maître de l’univers. Seul un petit monastère, perdu dans le désert, est oublié… Mais pas pour bien longtemps, les légions entrent maintenant sur Engadi et foncent sur la petite communauté. Les Esséniens ne défendront par leur peau. A quoi bon ? En revanche, leur culture survivra, dans les montagnes, couchée sur des rouleaux de cuir, enfermée dans des jarres de terre cuite. Les Esséniens seront ensuite massacrés, jusqu’au dernier.

Revenons quelques 2000 ans plus tard. Les savants s’affairent autour des parchemins. Les fameux manuscrits de la mer morte. Un élément les trouble particulièrement. Les textes sont pour la plupart contemporains du Christ. Or, ils n’en font jamais mention. Ces textes, écrits en hébreux sont un formidable instantané de l’époque et n’évoque pas cet évènement majeur : la naissance et l’enseignement du Christ. Rappelons que 5000 personnes ont assisté à la multiplication des pains. Peut-être que leur isolement était suffisamment étanche pour prévenir toute intrusion étrangère susceptible de les écarter de leur spiritualité ? Pourtant, le grand historien de l’époque, Flavius Joseph, nous éclaire sur le sujet : Il décrit notamment les principales écoles juives de l’époque, les Pharisiens, les Sadducéens et les Esséniens. Le nouveau testament, quant à lui, ne retiendra que les deux premières, comme si il avait voulu faire disparaître des archives les Esséniens. Et alors? Oui, et alors? Les chercheurs continuent de traduire les textes et que découvrent-ils ? Ils découvrent que ces Esséniens vivaient en communauté. Ils étaient chastes et baptisaient dans l’eau, comme le fera Jean le Baptiste. Ils bénissaient le pain et le vin, s’interdisaient toute nourriture animale, sauf le poisson ! Ils faisaient vœux de pauvreté. Ils ne pratiquaient pas la circoncision charnelle mais uniquement celle du cœur, comme le fera Paul. Ils présentaient Dieu comme un tout, comme les chrétiens, une unité, avec le même verbe que Jean. L’homme en tant que chair n’était pour eux que néant. Ils en étaient sûrs, ils auraient leur revanche, le jour du jugement dernier, lors de la venue de Dieu sur terre, après l’ultime combat au cours duquel le mal serait anéanti. N’est ce pas là une belle ébauche de ce que la Bible nommera le jugement dernier ? Les Esséniens ont ils écrit, 200 ans avant la naissance du Christ, les bases du christianisme ? Leurs textes sacrés ne seraient-ils pas les premières ébauches du nouveau testament ? Comparons l’un des rouleaux, des manuscrits de la mer morte, identifié sous le numéro 4Q525, et le texte de Saint-Mathieu :

4Q525 :

  • Heureux celui qui marche avec un cœur pur et ne médit pas avec sa langue
  • Heureux ceux qui tiennent fermement à ses lois et ne s’en tiennent pas aux voix du mal,
  • Heureux ceux qui se réjouissent en elle et ne s’égarent par sur les voies de la folie,
  • Heureux ceux qui la recherchent avec des mains propres et qui ne s’en enquièrent pas d’un cœur trompeur….
  • Saint-Mathieu :
  • Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux,
  • Heureux les affligés, car ils seront consolés,
  • Heureux les débonnaires, car ils hériteront la terre,
  • Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés,
  • Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront la miséricordes.
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7 commentaires sur “A-t-on retrouvé l’ébauche des évangiles ?

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  1. Shopping Peut-être ces recherches sont-elles importantes. Peut-être ai-je trop tendance à simplifier les choses. Peut-être l’hypocrisie de ceux qui ont voulu jadis, et veulent aujourd’hui, que je crois m’a-t-elle convaincu que les « religions du Livre » étaient des fabrications de l’homme mâle pour asservir les femmes et les autres qui ne sont pas de son clan… Chaque croyant, ou groupe de croyants, fait son « shopping ». Dans les Écritures, on prend ce qui convient et on laisse ce qui ne convient pas. Je ne connais pas la version de ces manuscrits de « Tu ne tueras pas ». Mais je connais les « Tu ne tueras pas SAUF SI… » qui ont légitimé et les légitiment encore tous les meurtres possibles – par action (guerres, exécutions) ou omission (laisser mourir de faim ou de maladie des milliards d’hommes, de femmes et d’enfants). Je connais les « Tu ne tueras pas les bons chrétiens ou bons juifs ou bons musulmans », sous-entendu « tu TUERAS ceux qui n’observent la Loi que moi, Yahvé-Allah-Dieu, créature de l’homme mâle, suis sensé avoir donné aux hommes, tu tueras les homosexuels, les avorteuses et celles qu’elles avortent, ceux qui refusent de « peupler la terre » et, infamie suprême, ont recours à la contraception… » Bon « Jour du Seigneur » !

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    1. Vous avez saisi. Vous pouvez lire les artciles que j’ai écris sur le sujet notamment « tu ne tuears point ? », « les trompettes de Jéricho », et bien d’autres.

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