Nazisme

Et si j’étais né en 17 à Leidenstadt ?

Frantz remonte lentement la Lüdwigstrasse, sans doute la plus animée des artères de sa ville d’art, sa capitale, Münich, qu’il avait abandonnée, il y avait quatre longues années, une éternité de souffrance perdues dans les tranchées boueuses du front de l’ouest, piqué par la vermine, dévoré par les poux. La victoire avait pourtant été si proche, à une portée de fusil. Avec ses camarades, ils avaient respiré le parfum de Paris, bu dans la coupe des femmes faciles, avant d’être trahis par l’arrière, abandonnés par des lâches qui avaient toujours soigné  leur porte-feuilles, bien loin des bombardements et des gaz de combat.

En ce triste matin d’hiver, le fier et courageux soldat de la Reichwehr n’est plus rien, un civil habillé de gris, un errant parmi la multitude à la recherche d’un passé paisible, une histoire si ancienne, une famille, une femme, un fils qu’il ne connait  plus.
Il arrive bientôt sur la Königsplatz, la place du roi, un roi déchu, le Kaiser qui, semble-t-il, avait préféré fuir lâchement le pays pour ne pas affronter l’humiliation de la défaite.

Frantz regarde autour de lui, admire les contours réguliers de cette place peu fréquentée en cette heure matinale, une place dont il connait le moindre pavé, le moindre réverbère. Non loin de là, quelques jeunes colleurs d’affiches s’affairent autour d’un arrêt de bus, plongeant et replongeant leurs énormes pinceaux dans un liquide visqueux qu’ils étalent sur le mur. Le visage d’un individu chauve, barré d’une faucille et d’un marteau, est bien vite placardé, laissant apparaître deux petits yeux malicieux qui observent  Frantz, avant d’être submergés par une cascade de colle.

Soudain, de l’autre côté de la Königsplatz, des coups de feux éclatent. Une colonne de véhicules, surgie de nulle part, fonce sur les jeunes colleurs d’affiches dans un boucan d’enfer. Deux hommes en chemises brunes sont montés sur le piédestal et lâchent plusieurs salves sur les malheureux, avant de disparaître. Frantz, pourtant habitué à un tel vacarme, plonge sur le pavé, cherchant, sans réfléchir, à se mettre à l’abri. Un réflexe militaire, sans doute. Mais déjà, le calme est revenu, la place est vide, si paisible, on aurait dit un premier jour. Il attend encore quelques instants, puis se relève, prudemment…

A ses pieds, dans le caniveau, la colle a rougi. Plus loin, près de l’arrêt de bus, deux jeunes baignent dans une mare de sang… Ce visage sans vie, ces yeux vides tournés vers le sol, Frantz les connaît…

 

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