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J’ai lu pour vous THE GOD DELUSION de Richard DAWKINS

dawkinsCe livre de Richard Dawkins, dont la traduction française du titre «The God Delusion» parait quelque peu péremptoire, vise à fournir un argumentaire exhaustif sur la non existence d’un Dieu créateur en général, et de celui de la Bible, en particulier.

 Il réfute les arguments des théistes qui croient à un Dieu personnel qui a non seulement créé le monde mais qui y intervient, voit, écoute et juge les hommes, des déistes qui admettent l’existence d’une intelligence supérieure à l’origine de l’univers mais qui ne se préoccupe pas des affaires humaines ainsi que des agnostiques et parmi eux des tenants de l’idée que la science et la religion s’occupent chacune de domaines totalement disjoints (NOMA) et prônent une coexistence pacifique entre scientifiques et théologiens.

J’ai lu pour vous THE GOD DELUSION de Richard DAWKINS

Les thèses développées

Richard Dawkins montre tout d’abord que les religions placent Dieu dans les domaines non encore expliqués par la science dont le périmètre se réduit progressivement devant l’avancée des connaissances. Il pense qu’un jour, elles permettront de trancher définitivement la question de l’existence de Dieu. Il conteste également le bien fondé du NOMA, qui constitue une lâcheté de la part des scientifiques qui y souscrivent, dans la mesure où la science est tout à fait apte à juger de la véracité des textes religieux et des questions telles que celle de savoir si Jésus est né d’une vierge ou pas. Les religieux quant à eux sont heureux de pouvoir s’abriter derrière cette idée lorsque leurs affirmations sont contredites par des preuves scientifiques. En revanche, lorsque la science, sur certains points spécifiques, ne contredit pas les écritures ou rencontre des difficultés pour expliquer un phénomène, le traité de paix qu’est le NOMA est vite oublié et les religieux sont prompts à conclure à une démonstration scientifique de leurs théories. Le NOMA ne s’applique donc pas de façon symétrique. Il ne s’applique que pour interdire l’utilisation d’arguments scientifiques en vue de discréditer des croyances religieuses.

L’auteur s’indigne également du statut spécifique des opinions religieuses que l’on doit respecter sans discussion alors que toutes les autres opinions, politiques notamment, peuvent faire l’objet de débat. Pourquoi les avis concernant l’origine du monde devraient-ils être exclus du débat contradictoire ?

Richard Dawkins oppose des arguments scientifiques à la théorie créationniste, encore appelée du dessein intelligent, visant à expliquer par la création divine l’existence de l’univers et de la diversité des formes de vie.

Tout d’abord, l’évolution darwinienne, mécanisme simple et puissant permet d’apporter une explication logique et scientifique au développement de formes de vie diversifiées.

Par ailleurs, les chances extraordinairement faibles que la vie apparaisse compte tenu des conditions à respecter de façon simultanée par le site d’accueil (températures adéquates, présence d’eau,…) multipliées par le nombre extraordinairement important des planètes dans l’univers (extrapolé à partir des connaissances actuelles relatives à notre système solaire et aux exoplanètes) correspondent à une probabilité tout à fait raisonnable, voire forte. L’apparition de la vie peut ainsi se passer de l’hypothèse de l’intervention divine. Le principe anthropique fait le reste en indiquant que si petites que soient les chances d’apparition de la vie sur une planète, la terre est forcément dans ce cas puisque nous réfléchissons à la question.

Après avoir montré comment la vie sur terre a été possible, Richard Dawkins essaie de faire la même chose à l’échelle de l’univers. Six constantes fondamentales sont nécessaires pour que notre univers soit ce qu’il est. Si l’une d’elle avait été légèrement différente, il n’aurait pas évolué tel que nous le connaissons et serait vraisemblablement resté stérile. A l’idée d’un Dieu horloger ayant réglé très précisément ces constantes, Richard Dawkins oppose le fait qu’un tel Être devrait être encore plus complexe que ce qu’il a créé. L’impossibilité de l’existence d’un concepteur du concepteur reste l’objection majeur à la création de l’univers par un Être surnaturel. Pour tenter de résoudre la question, il énonce plusieurs hypothèses dont :

  • la possibilité de plusieurs univers parallèles ou successifs disposant chacun de constantes différentes. Le nôtre présente les bonnes caractéristiques en vertu du principe anthropique ;
  • l’existence d’un lien entre les six valeurs tel le rapport entre la circonférence et le diamètre d’un cercle excluant à ces constantes la possibilité de varier séparément et en conséquence d’avoir d’autres valeurs que les leurs. Cette hypothèse n’a toutefois pas la faveur de l’auteur.

Richard Dawkins cherche ensuite a résoudre la question suivante : comment la religion a-t-elle pu survivre dans un contexte darwinien compte tenu, d’une part, de son inutilité et, d’autre part, des moyens qui lui sont consacrés en terme de temps et d’énergie. Si elle ne sert à rien, elle aurait dû disparaitre en vertu du principe de l’évolution.

Après avoir cité l’effet placébo dont la religion peut être à l’origine en apportant des réponses rassurantes sur les questions de l’existence et de la mort, l’auteur cherche une explication plus profonde et générale. Pour lui, la religion est un produit dérivé d’autre chose lié à l’évolution darwinienne. Il cite plusieurs possibilités dont la première a sa faveur : Dans le cadre de l’évolution, l’espèce humaine a développé une capacité pour les enfants à croire ce que leur disent les adultes et à l’assimiler pour leur vie. Cette crédulité leur permet de profiter de l’expérience des aînés et ainsi de protéger leur vie en ne faisant pas l’expérience directe de certains dangers (animaux, comportement …). En revanche, elle conduit également les enfants à croire et à assimiler des mythes sans avoir l’esprit critique nécessaire pour faire le tri.

La théorie des postures nous amène au dualisme et le dualisme à l’idée de séparation entre l’âme et l’esprit et ainsi à la religion. Trois postures sont possibles face à une situation :

  • la posture physique qui consiste à faire appel aux lois physiques. La prise en considération de lois, de paramètres et de composants relativement élémentaires la rend peu efficace pour agir rapidement ;
  • la posture du plan qui consiste à considérer directement le fonctionnement des choses sans descendre au niveau des détails de conception. Par exemple, nous utilisons un réveil sans connaître le détail des mécanismes qui font avancer les aiguilles et qui activent la sonnerie ;
  • la posture intentionnelle qui constitue un raccourci encore plus efficace dans certaines circonstances. Si un tigre menace de vous manger, les lois de la physique et le plan de ses membres sont de peu d’utilité. En revanche, comprendre son intention sera la posture la plus efficace et permettra déterminer que la fuite est la seule alternative.

L’évolution a modelé notre esprit pour adopter la posture plan et la posture intentionnelle, qui sont, selon les situations, les plus efficaces, pour une question de survie. La posture intentionnelle nous conduit, de façon erronée, à attribuer des intentions à ce qui n’en a pas et parfois même aux choses. Elle nous incite ainsi au dualisme conduisant à considérer une existence disjointe de l’âme et de l’esprit.

La religion pourrait être également être une extension ou une erreur de notre capacité à tomber amoureux d’une seule personne. Dieu remplacerait dans ce cas l’objet de la passion.

Ces trois types d’extensions du comportement hors d’un contexte qui les justifie sont en quelque sorte des « produits dérivés ».

D’après Richard Dawkins, ces différents éléments, produits par l’évolution darwinienne, constituent le programme système de niveau inférieur créant un environnement propice à une autre sélection : la sélection des mèmes. La règle de sélection favorise les mèmes véhiculant des idées séduisantes, facilement transmissibles ainsi que ceux présentant une capacité à survivre dans un ensemble de mèmes cohérents ou mème-plèxe.

Les mèmes religieux possèdent ces caractéristiques. Ils véhiculent des idées séduisantes, la vie éternelle par exemple, facilement réplicables ou transmissibles et capables de survivre au milieux de l’ensemble des mèmes de la religion en question.

La théorie des mèmes permet de prendre le relai de la théorie de l’évolution darwinienne pour décrire un phénomène d’évolution rapide tel que celui de chaque religion.

Richard Dawkins décrit pour illustrer son propos comment des «cultes du cargo» très semblables sont nés dans les années 40, suite à la visite de blancs navigant sur des cargos remplis de richesses, dans des iles du pacifique n’ayant eu aucun contact entre elles. Ces exemples montrent la rapidité avec laquelle les cultes les plus irrationnels peuvent naître et prospérer.

L’évolution darwinienne a donc pu façonner notre esprit pour y rendre possible l’implantation de croyances religieuses. La théorie des mèmes explique ensuite le phénomène de survie et d’expansion des religions, les mèmes religieux ayant les caractéristiques propices à leur sélection.

Pour répondre aux arguments concernant le fait que les religions apporteraient une morale à des individus qui, sans elles et sans la crainte qu’elles inspirent, seraient livrés à leurs instincts, l’auteur apporte une explication scientifique sur l’origine de la bonté et du sens moral. Ces valeurs sont à première vue anti-darwiniennes dans la mesure où elles favorisent autrui et ses gènes au détriment de soi. Toutefois Richard Dawkins détermine quatre raisons permettant de justifier un tel comportement, en accord avec la logique de l’évolution :

  • l’apparentement génétique : la solidarité à l’intérieur d’une famille permet de transmettre les gènes dont un grand nombre est commun à chacun de ses membres. Le gène qui programme la tendance à la solidarité familiale se répandra au sein de ses membres et assurera sa survie. Cette logique implique également une certaine xénophobie à l’égard de ceux qui sont extérieurs à la famille ou à la tribu ;
  • l’altruisme réciproque : les fleurs profitent des abeilles qui les fécondent en contrepartie du nectar que ces dernières peuvent prélever, le forgeron fournit une lance au chasseur qui lui même fournit de la viande au forgeron. C’est la base des relations commerciales. Cette logique autorise les dettes, quelqu’en soit la nature, mais suppose également de s’en souvenir en vue de leur remboursement, et de punir les individus qui ne respectent pas les règles afin de conserver la cohérence de l’organisation ;
  • la constitution d’une réputation de bonté et de générosité qui permettra d’avoir un accès plus aisé à l’altruisme réciproque en rassurant les partenaires potentiels ;*
  • la volonté de domination par une générosité ostentatoire traduisant la supériorité, qui se rencontre également chez certains animaux.

La sélection naturelle a programmé dans nos cerveaux au fil des siècles des impératifs altruistes justifiées par les raisons précitées. Ces règles se sont ancrées dans notre psychisme même lorsque les raisons qui les justifiaient ont disparu. Nous sommes donc capables de générosité, de pitié et d’altruisme envers des personnes extérieur à notre famille ou qui ne pourront pas nous rendre la pareille. Cela explique les dons lors d’une catastrophe à des personnes vivant sur un autre continent et que nous ne rencontrerons jamais, le besoin d’adopter un enfant ou la pitié devant un animal qui soufre. Cette extension du comportement altruiste hors du contexte qui le justifie est encore un «produit dérivé».

Par analogie, la raison d’être initiale des besoins sexuels est la procréation. Ces besoins ne sont pas modifiés si la femme prend la pilule et que ce fait est connu des deux partenaires. Dans ce cas aussi, le besoin existe donc indépendamment de sa raison d’être.

L’auteur propose ensuite quelques études de cas pour, d’une part, montrer qu’il existe des invariants moraux indépendamment de la croyance des individus et que, d’autre part, la croyance dans une religion n’est pas une garantie de respect des principes moraux.

Concernant les invariants, il est généralement convenu qu’on ne peut utiliser quelqu’un d’étranger à une situation comme un simple moyen de la régler, même si cela doit profiter à d’autres personnes. Par exemple, il n’est pas moral de tuer une personne en bonne santé pour lui prélever des organes qui vont permettre de sauver plusieurs personnes condamnées. Aucune différence d’appréciation liée à la croyance ou à l’absence de croyance n’a pu être mise en évidence par l’étude statistique réalisée à partir de ce dilemme.

Concernant l’absence de corrélation entre religion et morale plusieurs contre exemples peuvent être avancés. Tout d’abord, les statistiques montrent que les villes les plus violentes et où les crimes sont les plus nombreux aux États-Unis sont en général dominées par les républicains et les chrétiens conservateurs. Une autre illustration peut être apportée par les pillages et les braquages de banques qui ont eu lieu lors d’une grève de la police à Montréal en 1968, malgré la forte emprise de la religion catholique sur la population québécoise.

Par ailleurs pour répondre aux affirmations selon lesquels les Écritures seraient néanmoins la source d’inspiration de nos principes moraux, l’auteur oppose que l’Ancien Testament contient, outre des valeurs considérées aujourd’hui comme positives, nombre de massacres et de crimes, à commencer par le déluge sensé avoir éliminé la quasi totalité des êtres vivants, le sacrifice d’Isaac par Abraham qui malgré son issue heureuse peut être considéré comme de la maltraitance d’enfant ou encore la prise de Jéricho qui s’est traduite par le massacre de l’ensemble de ses habitants, y compris les animaux. Le Nouveau Testament, bien que moins violent, contient un sado-masochisme très présent, lié notamment au pêché originel et à la nécessité de son expiation. On y trouve également des passages dans lesquels Jésus demande à ses disciples de rompre avec leur vie passée et avec leur famille. Les croyants affirment que certains épisodes, généralement ceux qui contreviennent à notre morale actuelle ou qui sont particulièrement peu crédibles, sont à prendre au sens symbolique et non littéral. Toutefois, la Bible ne contient aucune clef de lecture indiquant quels sont les épisodes à prendre à titre de symbole. Ce choix est donc arbitraire et peut ne pas être partagé par tous les adeptes d’une même religion. De plus que peut symboliser le massacre des habitants de Jéricho, même s’il n’a pas eu lieu, et quel est son apport, fût-il symbolique, sur le plan moral ?

En conclusion, il apparait que nous ne prenons pas nos principes moraux dans les Écritures mais que ceux-ci sont le produit de l’évolution.

Sur le plan social, la religion divise en attribuant des étiquettes correspondant à chaque communauté, chacune d’elles essayant de favoriser ses propres membres aux détriment des autres. Les guerres entre des communautés religieuses se font rarement pour des motifs théologiques mais pour d’autres considérations. Les interdits portant sur les mariages intercommunautaires entretiennent cet état de fait.

L’auteur aborde ensuite les évolutions de la morale en fonction des époques qu’il appelle Zeitgeist moral : l’esprit du temps. Il montre que ces évolutions très importantes ne sont pas liées à la religion mais qu’elles font généralement l’objet d’un large consensus au-delà des croyances religieuses. Elles concernent par exemple l’esclavage, admis dans la Bible et proscrit dans nos sociétés occidentales, et pour les plus récentes, le vote des femmes, qui a gagné progressivement les pays occidentaux durant le XX ème siècle. Il en est de même du recul du racisme. La considération portée aux noirs a considérablement évolué depuis le XIX ème siècle où les déclarations de progressistes en avance sur leur temps tels qu’Abraham Lincoln seraient aujourd’hui des plus choquantes. Malgré tout, ont constate un progrès général qui place les plus progressistes du siècle précédent comme plus rétrogrades que les plus rétrogrades du siècle suivant et malgré des rechutes locales et temporaires. Aucune explication claire et définitive à ce mouvement n’est apportée même si Richard Dawkins cite l’impulsion de leaders charismatiques et l’avancée de l’instruction montrant notamment l’appartenance de tous les hommes à une même espèce. Dans tous les cas, ce progrès du Zeitgeist moral est indépendant de la religion, ce qui réfute la nécessité de Dieu pour être bon ainsi que l’origine biblique de nos principes moraux.

Enfin, l’auteur répond à ceux qui avancent qu’Hitler et Staline auraient commis leurs crimes du fait de leur athéisme. Staline était athée bien qu’ancien séminariste. Par contre l’athéisme d’Hitler n’est pas démontré dans la mesure où il a fait des déclarations contradictoires sur le sujet, celles en faveur du christianisme étant peut-être destinées à obtenir le soutien de l’église. Dans tous les cas, leurs crimes n’ont pas été perpétrés au nom de l’athéisme mais au nom de leur doctrine politique criminelle respective.

Au sujet de l’attitude à adopter vis à vis des religions, Richard Dawkins s’explique sur la vivacité de son opposition alors que nombre de ceux qui partagent ses idées sur le fond pensent qu’il n’y a pas lieu d’être aussi combatif.

La principale origine de son hostilité provient du fait que la religion enseigne aux enfants que la foi est une vertu, qu’elle ne souffre pas de discussion et qu’elle n’a pas à être justifiée. Ce préalable tue l’esprit critique et ouvre la porte à tous les extrémismes, leurs adeptes étant, à n’en pas douter, totalement convaincus de la justesse de leur cause et impossible à raisonner. Ils deviennent ainsi des armes redoutables, parfois cachés derrière une apparence banale, prêts à commettre des attentats.

Il cite également l’histoire d’un jeune et très brillant étudiant et chercheur en géologie, Kurt Wise, qui a subitement renoncé à poursuivre ses recherches dans ce domaine dans la mesure où elles contredisaient la théorie créationiste et qu’il avait arbitré en faveur de la religion contre la science.

L’auteur considère que l’enseignement religieux constitue de la maltraitance mentale faite aux enfants. Cet enseignement inclut notamment des moyens destinés à embrigader et terroriser les plus jeunes. Ils peuvent avoir beaucoup de mal à se débarrasser de ce conditionnement et de ces peurs. Les représentations de l’enfer sont à ce titre particulièrement efficaces. Des enfants peuvent notamment être traumatisés à l’idée qu’un de leur proche décédé est en enfer du fait qu’il avait une religion différente de la sienne.

S’ils souhaitent sortir de la religion dans laquelle ils ont été élevés, ils se voient reprocher un manque de loyauté, une trahison, envers la communauté des autres adeptes.

Richard Dawkins cite le cas d’un enfant juif italien de 6 ans, Edgardo Mortara, qui avait eu une nourrice catholique. Alors qu’il était gravement malade, celle-ci l’avait baptisé elle-même pour qu’il échappe à l’enfer en cas de décès. Mais après sa guérison, l’église ayant appris son baptême, la police du pape l’enleva légalement sur ordre de l’Inquisition pour lui donner un enseignement catholique. Les parents, qui ne voulurent pas être eux-mêmes baptisés, ne l’on pratiquement jamais revu. D’après l’auteur, cette histoire qui remonte au milieu du XIXème siècle n’est pas un cas isolé. Elle montre quels malheurs peut engendrer la religion, sans pour autant qu’aucune des deux parties n’appartiennent à une tendance extrémiste.

Richard Dawkins reproche également la complaisance de certains esprits libéraux vis à vis des sectes telles que les Amish qui font vivre leurs membres dans les conditions matérielles du XVIIIème siècle. Si le caractère pittoresque de la communauté peut être amusant, voire intéressant, le conditionnement des enfants, qui ne peuvent pas faire le choix de leur mode de vie, reste très contestable. Avant de se réjouir de la diversité culturelle que représente ce type de mouvements, il convient d’en mesurer les conséquences.

Enfin, l’auteur s’indigne sur le fait qu’on puisse parler d’enfants catholiques, juifs, musulmans… alors qu’il ne s’agit que de la religion de leurs parents et que les intéressés n’ont fait aucun choix sur le sujet dans la mesure où ils en sont encore incapables. Ce constat est lié au statut particulier dont jouit la religion sur les autres opinions alors qu’on ne parlerait pas sans s’exposer à des critiques d’enfant libéral, keynésien ou communiste. Il faut dans ces conditions parler d’enfant de parents catholiques, juifs ou musulmans.

Ces considérations ne remettent pas en cause la nécessité d’étudier la Bible au titre d’une œuvre littéraire de première importance, comme d’autre textes classiques, notamment pour permettre la compréhension des innombrables références présentes dans tous les types de littératures. La connaissance des dieux grecs et romains est étrangère à toute croyance.

Richard Dawkins aborde le rôle de consolation que peut avoir la religion. Il fait l’hypothèse que la foi peut être le produit dérivé de la tendance psychologique de l’enfant à avoir un «ami imaginaire», un confident, avec qui lui seul peut entrer en contact. Il s’agirait d’un phénomène de néoténie qui consiste dans la persistance, à l’âge adulte, de caractéristiques de l’enfance.

Toutefois, elle ne semble pas remplir entièrement ce rôle consolateur dans la mesure ou les mourants, ou leur proches, ne semblent pas enthousiastes à l’idée d’une vie meilleure dans un avenir proche. Cela pourrait être le signe que la croyance n’est pas une certitude et qu’au fond d’eux, les croyants ont de sérieux doutes.

Le chapitre de conclusion du livre est introduit par la métaphore de la burqa qui nous permet de voir le monde qui nous entoure par une petite fente. La science nous permet d’écarter les bords de la fente qui nous masque la majeure partie du réel.

Ce que nous voyons au travers de la fente initiale correspond au monde moyen dans lequel nous vivons où se trouvent des objets ni très petits, ni très gros, ni très rapides. Cette façon de voir le monde correspond à ce qui a été utile à nos ancêtres pour survivre et qui nous l’est encore. Elle a été ajustée à nos caractéristiques et à nos sens et fait partie de notre héritage issu de l’évolution darwinienne. Autrement dit, ce que nous voyons du monde réel n’est pas la réalité dépouillée mais un modèle du monde réel, ajusté par les données issues de nos sens pour nous permettre d’y évoluer.

A chaque espèce vivante correspond un modèle adapté à son mode et à son milieu de vie dont l’élaboration au cours des millénaires a évolué parallèlement à ses caractéristiques physiologiques telles que ses pattes, ses ailes… Par exemple, bien que la chauve-souris se serve de l’écho pour se diriger et l’hirondelle de la lumière, leur modèle du monde doit être proche dans la mesure ou leur mode de vie respectif présente des analogies. Il est plausible que pour la chauve-souris, les couleurs correspondent à des qualités d’écho renvoyées par différents types de surfaces lui permettant de se diriger, comme l’hirondelle perçoit différents types de lumières dont elle fait le même usage. On pourrait dire qu’à ce titre la chauve-souris « entend en couleur ».

Les limites de notre modèle sont perceptibles lorsque nous éprouvons des difficultés à appréhender des phénomènes qui ne correspondent pas à ce que nous sommes préparés à voir : des «objets» très petits tels que des atomes, des neutrinos, très grands ou très massifs tels que des étoiles ou des trous noirs ou encore dont la vitesse est proche de cell des la lumière.

Nos difficultés à comprendre la mécanique quantique en sont un autre exemple. De même, notre représentation de la matière : nous voyons la matière solide et compact, car c’est ainsi qu’elle nous sert et que nous devons la considérer dans notre vie, mais nous ne percevons pas qu’elle est essentiellement constituée du vide présent entre le noyaux des atomes et les électrons. Notre attachement à la matière nous fait spontanément envisager une vague comme de l’eau se déplaçant horizontalement alors que les molécules d’eau se déplace verticalement. Dans le même ordre d’idée nous ressemblons plus à une vague ou à une onde qu’à une «chose» dans la mesure où la grande majorité des atomes constituant notre corps dans notre enfance n’en font plus partie à l’âge adulte. Pourtant, nous sommes la même personne, avec les mêmes organes et les mêmes caractéristiques.

La science permet de repousser de plus en plus les limites de perception du monde réel par des outils mathématiques mais la question reste posée de savoir si l’évolution de notre cerveau nous permettra d’accéder de façon plus intuitive à ce qui se trouve hors du monde moyen.

Principales notions

NOMA : non-overlapping magisteria ou non empiètement des magistères. Il s’agit de l’idée que la science et la religion s’occupent de domaines totalement disjoints et plus particulièrement que la science ne peut pas se prononcer sur l’éventuelle gouvernance de Dieu sur la nature.

Théiste : le théiste croit à une intelligence surnaturelle qui a créé l’univers et qui surveille et influence le destin de sa création initiale. Il s’implique intimement dans les affaires humaines, répond aux prières, pardonne et punit les péchés, réalise des miracles et suspendant provisoirement et ponctuellement les lois de la nature qu’il a lui même élaborées.

Déiste : le déiste croit en un Dieu créateur mais qui n’intervient plus par la suite et ne s’occupe pas des affaires humaines.

Panthéiste : le panthéiste ne croit pas à un Dieu surnaturel mais utilise le nom de «Dieu» comme synonyme non surnaturel de la nature ou de l’univers, ou pour désigner les lois qui gouvernent son fonctionnement.

Sélection de groupe :  capacité d’un groupe ou d’une communauté à traverser les époques compte tenu de ses caractéristiques propres : système de valeurs telles que loyauté, fraternité, altruisme ou encore esprit de sacrifice au profit de la communauté.

Dualiste : le dualiste croit en une distinction fondamentale entre la matière et l’esprit. Pour lui l’esprit habite le corps et peut le quitter.

Moniste : le moniste croit que l’esprit est une manifestation de la matière et qu’il ne peut exister séparément.

Mème : il s’agit de l’équivalent culturel du gène. Il est, comme le gène, un réplicateur c’est à dire une information codée qui fait des copies exactes d’elle-même ainsi que parfois des copies inexactes ou «mutations». Les mèmes se transmettent dans ces conditions de génération en génération. Certains mèmes sont autonormalisants, c’est à dire qu’ils sont constitués d’une succession d’étapes «digitales» ou non sujettes à interprétation : plan d’un pliage, recette de cuisine… à moins d’une erreur ou «mutation franche», il se transmette de façon fidèle. Si il est mal réalisé par un maillon de la chaîne de transmission, son codage sous forme d’étape digitale permettra au suivant de ne pas être influencé par la maladresse du précédent. D’autres sont appelés à évoluer très vite et à être peu propices à la transmission au fil des générations. Ils sont de type «analogique». C’est le cas d’un dessin qui au fil des copies se déformera sans espoir de revenir vers le modèle initial.

Principales citations :

Albert Einstein : Ce que vous avez lu sur mes convictions religieuses était, bien sûr, un mensonge, un mensonge qui est systématiquement répété. Je ne crois pas en un Dieu personnel, et loin de m’en cacher, je l’ai exprimé clairement. S’il est en moi une chose qu’on peut taxer de religieuse, c’est mon admiration sans limite pour la structure du monde dans la mesure où notre science peut la révéler.

Martin Luther : La raison est le plus grand ennemi de la foi ; elle ne vient jamais en aide au spirituel mais, plus souvent, elle lutte contre la parole divine, traitant avec mépris tout ce qui émane de Dieu.Quiconque veut être chrétien doit arracher les yeux de sa raison. Il faudrait détruire la raison chez tous les chrétiens.

Luis Bunuel :  Dieu et la patrie sont une équipe imbattable ; ils battent tous les records pour l’oppression et l’effusion de sang.

Jésus Christ : Si un homme vient à moi et qu’il ne hait point son père et sa mère, sa femme, ses enfants ainsi que ses frères et sœurs, ainsi que sa propre vie, il ne peut être mon disciple.

Sénèque : La religion est considérée par les gens ordinaires comme vraie, par les sages comme fausse et par les dirigeants comme utile.

Victo Hugo : Dans chaque village, un homme tend un flambeau, l’instituteur, et un autre souffle dessus, le curé.

Commentaires :  Certain scientifiques comme Hubert Reeves ou Trin Xuan Thuan avaient risqué au détour d’un ouvrage scientifique d’indiquer leur vision des choses concernant la création du monde ou l’apparition de la vie.

Hubert Reeves énonçait le principe anthropique en disant que notre univers était doté depuis sa création des «ferments» qui permettent l’émergence de la complexité et de la vie.

Trin Xuan Thuan indiquait dans «La mélodie secrète» que l’univers n’aurait pas pu conduire à ce qu’il est aujourd’hui si un certain nombre de constantes physiques n’avaient pas été réglées exactement aux valeurs que nous connaissons. Dans ces conditions, il faisait l’hypothèse d’un «Dieu horloger» dont l’acte de création aurait inclut le réglage des constantes stratégiques pour le devenir de l’univers.

Ces deux conceptions sont relativement proches à première vue et s’apparentent à la notion de déisme définie par Richard Dawkins à savoir un créateur qui n’intervient plus une fois son œuvre réalisée. Toutefois, si celle de Trinh Xuan Thuan s’oppose clairement à l’argument de Richard Dawkins sur l’impossibilité d’un Etre plus complexe que sa création qui n’aurait pas été créé, celle d’Hubert Reeves n’est pas incompatible avec l’hypothèse d’univers multiples dont le nôtre se serait révélé viable du fait de ses propriété particulières.

Si les explications relatives à la diversité de la vie sur terre à partir de la théorie de Darwin sont très convaincantes, celles relatives à l’ajustement des constantes stratégiques de l’univers le sont moins et aucune des hypothèses avancées n’est vérifiable, au moins aujourd’hui.

Par ailleurs, l’impossibilité d’un créateur non créé n’est impossible que dans notre univers avec les règles qui y sont en vigueur. En revanche rien ne prouve qu’en dehors de cette univers, les règles soient les mêmes, ou qu’il y ait des règles ou que l’entendement humain puisse les appréhender. Richard Dawkins ne démontre que le fait que le Créateur n’habite pas notre univers.

Ces manques de connaissances laissent la place à un Dieu créateur de type déiste au moins en tant que cause ultime de l’existence de quelque chose plutôt que rien et par conséquent ne justifie dans une certaine mesure le NOMA.

La démonstration de Richard Dawkins concernant le fait que nous ne puisons pas nos principes moraux dans les Écritures est très convaincante notamment parce qu’elle montre l’absence de lien entre le comportement des personnes et leur appartenance religieuse, le coté arbitraire de la sélection de principes moraux puisés dans la Bible que nous décidons d’adopter ainsi que la déconnection entre l’évolution du Zeitgeist moral et la religion.

Toutefois, ne peut-on pas considérer que des éléments déterminants de la Bibles ont été intégrés à nos valeurs et à l’organisation notre société. Les Dix Commandements paraissent plus importants que la prise de Jericho et ont également plus de répercussion dans notre société moderne : ils sont pour la plupart repris sous forme de lois condamnant le meurtre, le vol, l’adultère, le faux témoignage, le repos hebdomadaire. La fidélité à Dieu est remplacée par la fidélité à la nation. Le champ d’application de ces principes est passé de la communauté religieuse à la communauté nationale.

Par ailleurs, l’organisation de nos tribunaux correspond à l’idée qu’on peut se faire du Jugement Dernier, le président ayant le rôle de Dieu.

Il faudrait également analyser si l’évolution du Zeitgeist moral n’est pas le produit d’une combinaison de ces principes formant une base, avec éventuellement une étape intermédiaire que constituerait la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen.

REGARDER CE POINT : rapport entre exemples donnés concernant l’évolution du Zeitgeist par l’auteur, la déclaration des droits de l’homme et les dix commandements.

On peut alors se demander si il n’y aurait pas une interaction, un dialogue constant entre l’évolution du Zeitgeist moral, l’interprétation de la Bible et ce qu’on y prend et l’évolution des sociétés et si la dissociation soutenue par l’auteur est aussi franche. Ces considérations ne visent toutefois pas à légitimer en quoi que ce soit l’action des religions dans la société ni à accréditer leur discours.

Concernant l’athéisme d’Hitler et de Staline, on peut toutefois constater que le communisme a été combattu par l’église alors qu’elle a soutenu le fascisme. Si des doutes existent sur le convictions religieuses d’Hitler, l’engagement catholique de Franco ou de Pinochet, autres figures du fascisme, ne font aucun doute. On constate, pour aller dans le sens de Richard Dawkins, qu’il n’y a pas de corrélation entre le caractère criminel d’une idéologie et la position de l’église à son égard.

La relation entre criminalité et emprise de la religion peut, comme l’auteur l’affirme, s’interpréter comme le fait que la religion n’est pas une garantie de moralité. Cela peut également se comprendre comme un retour à la morale religieuse lorsque la tendance au crime devient trop inquiétante. Autrement dit, l’influence de la religion est-elle une réponse à la monté de la criminalité ou en est-elle le terreau ?

Sur la symétrie des religions : Les religions sont fondées sur des histoire qui défient les lois physique et plus généralement la logique et le bon sens. Elles sont incompatibles entre elles et chacune d’elle contient l’idée qu’elle dit vrai et que les autres se trompent. Généralement, elles prétendent que seuls ses fidèles (et pas forcément tous) auront droit à la vie éternelle après la mort. Il ne faut donc pas se tromper dans le choix. Mais en général, il n’y a pas de choix et les individus restent attachés à la religion dans laquelle ils ont été élevés. Qu’a-t-elle de plus que les autres : plus de logique et de crédibilité ? Non. Plus d’humanité et de générosité ? Non. La seule chose qu’elle possède par rapport aux autres est la dissymétrie liée au fait d’être né parmi ses adeptes. Cela fait-il de ses fidèles des personnes meilleures et plus méritantes que celles qui sont nées dans une autre religion ? Autrement dit, le petit catholique né en France mérite-t-il la vie éternelle s’il ne s’est pas écarté de la religion dans laquelle il né et pas le petit bouddhiste tibétain qui n’a jamais entendu parlé du pape ? Un Dieu juste et d’amour a-t-il pu décider cela ?

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