Histoire Philosophie

Nouvelle histoire de la révolution française

convention.jpgMême si Louis XIV, puis XV, puis XVI continuent à faire croire au peuple qu’il tiennent leur légitimité de Dieu, les illuminés, héritiers de Montaigne, deviennent de plus en plus nombreux. D’abord, confinés aux salons, ils diffusent lentement leurs idées subversives dans la bourgeoise de l’époque.

Article de fond sur la Révolution française

Ils essaient de mettre Dieu un peu de côté, mais le coquin, pilier des castes dirigeantes, c’est à dire la noblesse et le clergé, fait de la résistance. Il n’est pas facile ainsi de saper des base vielles de plusieurs siècles. En bon cartésien, même si Descartes souhaitait épargner la religion, ils commencent à lire les écritures avec un œil critique, celui de la raison. Quelle drôle d’idée ! La foi, comme le disait Pascal, n’a rien à voir avec la raison ! Saint-Paul ne vous a pas demandé de raisonner, mais de croire. Ainsi, lorsque Jésus transforma à Cana l’eau en vin, l’eau s’est effectivement transformé en vin. Si un apprenti chimiste avait pu analyser le breuvage il aurait, sans nul doute, identifier le millésime. Bref, il ne s’agit pas d’une hypothèse, mais de la vérité ! Et doivent être regardés comme hérétiques ceux qui n’adhèrent pas à cette évidence. Mais voilà, avec le XVIIIème siècle, quelques érudits ne purent s’empêcher de raisonner, à lire, comme l’avait fait Spinoza ou Meslier, les évangiles, en historiens ou en scientifiques.

Et bien sûr, surgit l’évidence de la forgerie : ils mirent en lumière les incohérences, pour ne pas dire plus, les anachronismes fourmillant des Écritures. Ils arrivèrent ainsi à la croisée des chemins. A droite, une route bien droite, ouverte par Pythagore, Platon, Plotin, Saint-Augustin, Saint-Thomas-d’Aquin, et toute la clique qui construisit la scolastique. Devant cette route, un panneau, un sens unique, une flèche dressée vers l’obéissance et la foi aveugle. A gauche, un chemin tortueux, jonché d’arbres morts, de pièges à loup, la voie de la raison. Ouvrant cette voie, également un panneau, un sens interdit assorti d’un avertissement : quiconque emprunte rôtira en enfer. Et effectivement, quelques uns finirent sur un buché. D’autres, pourtant, tentèrent l’aventure : Si, comme le martèle l’église, l’esprit saint a directement inspiré les Écritures, alors, on ne devrait pas y trouver tant coquilles ; Si tel était le cas, points de contradictions, d’erreurs historiques, de fausses généalogies, ne devraient tapisser le texte. Or, à titre d’exemple, les illuminés mirent au jours trois généalogies différentes de Jésus… Comment l’esprit saint a-t-il ainsi pu déraper de la sorte ? A moins que l’esprit saint n’y soit pour rien et que l’aventure de la Bible soit humaine ! Malgré cette avancée, la remise en cause de l’idée même de Dieu ne fut pourtant pas à l’ordre du jour. Mais au moins sa forme chrétienne, et surtout Paulinienne, fut sévèrement écornée.

Dieu pourquoi pas, mais un Dieu à la « Epicure », une sorte d’être suprême situé dans des inter-mondes et qui, en tout état de cause, se fiche bien de l’avenir de l’homme. Ou un Dieu à la Spinoza, confondu avec le réel. Voltaire fut de ceux qui se posèrent des questions : Dans son Candide, il s’étonna de l’existence du mal dans un monde créé par un être soi-disant infiniment bon…: 30 000 morts dans un tremblement de terre de Lisbonne à Lisbonne, 30 000 victimes innocentes (peut-être pas toutes) sous les gravats, ça pose effectivement question. Et puis toutes ces guerres à répétition, ces viols, ces meurtres…

Dieu a-t-il voulu tout cela ? Il ne fut pas convaincu par l’explication de Leibniz qui postulait l’existence du meilleur monde possible qui contient tout, donc aussi le mal. Rousseau également qui vit dans toute cette mascarade beaucoup de poudre aux yeux. 1788 fut une année pluvieuse; Très pluvieuse. Les récoltes pourrirent sur pied. La France eu faim. Plus de blé, plus de farine. Les grandes fortunes, toujours à l’affut du Louis facile, stockèrent ce qui restaient pour encore faire monter les prix. Tout le monde, pourtant, ne mourrait pas de faim.

L’Autrichienne, à elle seule, représentait 5% du budget de l’Etat. Le reste de la cour encore plus… Necker, ministre des Finances de Louis XVI, faisait ce qu’il pouvait pour boucher les trous à grand renforts d’emprunts ruineux pour le trésor. Famine, misère, thésaurisation, privilèges, bourgeoisie acquise à la philosophie des lumières, le cocktail était réuni pour tout faire péter ! Louis XVI, toujours à court d’argent, décida, sur les conseils de Necker, la convocation des États généraux, seul entité à même de lever de nouveaux impôts. Nous étions le 1er mai 1789. Rien n’arrêterait plus la révolution.

Devant le refus du roi d’accepter le vote par tête, le tiers états se réunit au jeu de paume, créé l’assemblée nationale constituante et jure de ne plus se séparer. Le roi renvoie Necker et, première d’une série d’erreurs stratégique, appelle les troupes étrangères à la rescousse. Il n’en fallait guère plus pour allumer les mèches : Le peuple prend les invalides pour se procurer des canons et la Bastille pour les remplir de poudre. On connait, la suite. Vraiment ? En fait, on connait l’histoire écrite par les vainqueurs, l’histoire écrite par la bourgeoisie triomphante, l’histoire officielle qui fait de Rousseau et de Voltaire les précurseurs de la révolution. Qui se souvient d’Hébert, journaliste ? De Jacques Roux, le curé rouge ? De Gracchus Babeuf, terrassier de Picardie? De la devise des sans-culotte ? Ah, on nous a ratatinés les oreilles à grand renfort de Mirabeau (nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n’en sortirons que par la force des baïonnettes) et de discours à la Fidel de Robespierre. Un petit peu de déclaration des droits de l’homme par et du citoyen, quelques curés noyés, une bastille démolie et voilà tout. Pourtant, si on regarde d’un peu plus près cet événement majeur de notre histoire commune que découvrons nous ? Qui est cet être suprême qui trône dans le préambule de la déclaration déjà citée et sous le regard duquel cette belle prose a été écrite. Il a tous les attributs d’un Dieu omniscient : il nous surveille. Il n’est donc finalement pas très loin du dieu chrétien. Que fait-il donc dans ce texte qui se fonde soi-disant sur l’athéisme ? Remontons un peu dans le temps.

Voltaire… Un vicaire savoyard. Inspirateur, selon l’opinion largement répandue, des idéaux des lumières. Un athée ? Certainement pas ! Il ne peut concevoir que la grande horloge du monde si bien huilée n’ait pas conçu par un grand horloger… Et puis notre brave vicaire, ne l’oublions pas, a écrit au pape de l’époque pour demander des reliques… Ça fait beaucoup pour un athée. Il ne l’était pas. Il était déiste. Comme tout le monde à l’époque, à commencer par Rousseau et en continuant par Montesquieu. Le seul et le vrai athée (car il n’y en avait qu’un) c’était Meslier. L’être suprême qui figure dans le préambule est donc d’essence divine, un Jésus recyclé pour l’occasion On a brulé quelques prêtres, cassé du crucifix, décapité des statues, mais on a conservé du rite magique. Le plus hypocrite d’entre tous fut sans doute Robespierre : il ira jusqu’à organiser la fête de l’être suprême, une sorte de Dieu à la Spinoza.

La révolution ne fut donc pas athée. Fut-elle au moins contre la monarchie ? La question est des plus pertinentes puisque, nous l’avons vu, les deux fonctionnent toujours ensemble, donc on peut légitimement en douter. Un philosophe du XXème siècle, Jean Ferat, proposera quelques lignes sur ce sujet. Au milieu du petit peuple, certainement : le roi est un gros cochon et l’Autrichienne une putain. Mais ce petit peuple, compta-t-il pour quelque chose ? L’assemblée nationale (1789), puis législative (1791) se passèrent fort bien de ces sans-culottes, habiles à la pique et à la faux, mais incapables d’écrire, de s’exprimer. Les avocats, les médecins, les journalistes, c’est à dire la bourgeoisie, sont leurs représentants. Et cette bourgeoisie n’a pas l’intention de se passer du roi. Rousseau, le premier, dans son contrat social, qualifie la monarchie de république. En fait, dans les premières années de la révolution, en fait jusqu’à la nuit Varenne (20 juin 1791), tout le monde est monarchiste. Notre ami Mirabeauétant sans doute le plus monarchiste d’entre tous. Chacun souhaitait un peu d’aménagement, plus de liberté, plus d’accès aux emplois publics, un peu moins d’impôts, mais personne ne remet réellement en cause la monarchie de droit divin. Les révolutionnaires de la première heure se seraient contentés fort bien d’une monarchie constitutionnelle à la mode anglaise. La France restait donc cartésienne : d’accord pour tout remettre en cause, sauf la « religion du roi et de sa nourrice ». Ce qui faisait quand même beaucoup, pour ne pas dire l’essentiel.

Après Varenne, en revanche, le doute commença à s’installer. Pouvait-on faire encore faire confiance au roi qui semblait jouer dans l’ombre un double jeu en cherchant à rejoindre les émigrés de Coblence, rassemblés sous les ailes du compte d’Artois ? Pourtant, même après Varenne, la nouvelle constitution du 3 septembre 1791 conserva au roi la possibilité du véto. Il restait mettre de l’exécutif. Il utilisa d’ailleurs l’artifice plus qu’à son tour, bloquant et bloquant encore le fonctionnement de la constitution. Il faudra l’intervention des sans-culottes pour que le roi leva son véto et que la monarchie soit enfin abolie le 10 aout 1792. Donc la révolution ne se fit pas, en premier lieu, contre le roi. Voulait-elle au moins le partage des richesses ? Pas si sûr… Qui sont ces personnages qui ont porté la révolution et imposé leurs idées ? Comme déjà dit, il ne s’agissait pas des modestes, d’artisans, de sans grades. Foutre non. La plupart, pour ne pas dire l’ensemble, était issue de la haute bourgeoisie.

Ils étaient avocats (Robespierre, Danton, Desmoulin,…), médecins (Marat), écrivains (Brissot), savants (Bailly, Condorcet,… ) et la plupart, propriétaires fonciers. Ce dernier élément fut d’une capitale importance car, du début jusqu’à la fin, la défense de la propriété privée fut une revendication majeure. Ainsi, lorsque l’on confisqua légitimement les biens du clergé (22 décembre 1789) (il faut en effet savoir que ce fainéant de Clergé, qui taxait allègrement le peuple, était propriétaire de 20% des terres de France), on ne pense pas à les redistribuer de manière équitable à la population. On le vend ! A qui ? Ceux qui ont de l’argent et qui en profitent pour faire une bonne affaire. On est déjà un plein libéralisme.

Danton se forgea ainsi une fortune considérable. On aurait rêvé plus charitable que ça. D’ailleurs, dès la déclaration des droits de l’homme (16 août 1789), nos chers députés avaient senti le bon coup puisqu’ils avaient gravé dans le marbre, dès l’article II, et en tant que « droit inaliénable et naturel », le droit à la propriété privée ! Comme si le droit à la propriété privée avait quelque chose à voir avec la nature : A-t-on jamais vu une gazelle propriétaire de quelque chose ? Et, comme si cela ne suffisait pas, la déclaration fut également l’occasion de créer une police pour la garantir ce droit. Et puis tout de même, la révolution ce fut également cette Loi Le Chapelier (14 juin 1791) qui interdit le syndicalisme et la grève. Le petit peuple se trouve d’un coup sans défense face au possesseur des moyens de production. On a déjà fait plus social ! Donc, 1789 ne fut pas une révolution athée, ni sociale. Certes. Mais, peut-on la sauver à partir du célèbre article 1 de la déclaration : « les hommes naissent libres et égaux en droit » ? Pas mal tout de même ! Mais, cette belle formule, il convient de la garder à l’esprit, oublie les femmes (c’est le Général au XXème siècle qui leur accordera le droit de vote), les nègres (comme on dit alors) et bien sûr le petit peuple, car on invente aussi le suffrage censitaire, c’est à dire que l’on accorde le droit de vote aux seuls citoyens actifs (ceux qui payent l’impôt, (le cens)), c’est à dire toujours la bourgeoise. L’idée du citoyen actif a été à cette occasion empruntée à Kant. En résumé, tout le monde est égal, sauf les femmes, les nègres et les pauvres… Seul Condorcet aura le culot de proposer une égalité totale. En d’autres termes, les hommes naissent libres et égaux, mais c’est après que ça se gate !  Cette nouvelle lecture de la révolution n’est-elle pas intéressante ? Initiée par le peuple, la révolution devient vite une révolution des petits chefs (la haute-bourgeoise) désireuse de remplacer les grands chefs (l’aristocratie), en conservant l’arsenal religieux, toujours utile pour mener les gueux par le bout du nez. Le petit peuple, quant à lui, changera de chefs mais restera le petit peuple. Babeuf, qui voulu un vrai partage des richesses avec sa conspiration des égaux, terminera sous la guillotine en 1797, comme Hebert (1794), et tant d’autres qui ont osé réclamé une vraie égalité, à commencer par Condorcet.

Les arbres ne sont à personne, les fruits tout le monde..

 

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