Que Hitler et Mussolini ont conduit, comme chacun le sait, l’Europe au désastre. On pourrait se contenter, de manière lapidaire, d’inscrire simplement nos deux dictateurs en bas de la longue liste des imbéciles écervelés qui ont, depuis des millénaires, laissé leurs seuls instincts criminels s’exprimer et puis, refermer le chapitre.trouve-t-on dans Mein Kampf ?


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Et aussi le crépuscule des idéaux : la référence sur l’origine du nazisme.


Des horreurs bien sûr, de la haine, de la frustration et un désir irrépressible de revanche suite à l’humiliation de 1918. Mais on y trouve aussi un portrait de l’époque, une chronique de l’histoire de l’Europe du XIXème et XXème siècles, gangrenée par l’antisémitisme (et pas seulement en Allemagne) et, bien entendu, les thèses qui sous-tendent le nazisme.

Pourtant, rendons à César ce qui appartient à César, Hitler n’a pas inventé la thèse de la hiérarchie naturelle des êtres. Cette thèse était, par exemple, banale dans la Grèce antique des prés-socratiques. Les grands Hellènes, à commencer par le vainqueur des Thermopylae, le roi Léonidas, commandaient aux classes inférieures, appelées pudiquement les « artisans » ou « les ouvriers ». Les grands Hellènes ne travaillaient pas. Ils avaient des esclaves pour cela. Le travail était, à l’époque, considéré comme ignoble (étymologiquement : « qui n’est pas noble ») et donc réservé aux classes inférieures. On retrouve cette organisation de la cité dans la République de Platon. Le schéma (alors unique) de la tribu préhistorique, où le plus fort était naturellement le chef, fut celui de la Grèce antique. Personne, pas même les esclaves, ne trouvait à y redire. La Boétie, dans son célèbre Discours sur la servitude volontaire, expliqua cette incompréhensible résignation des classes inférieures pour leur statut d’esclave. Il montra que c’était l’habitude, le respect des coutumes (on a toujours fait ainsi…) qui muselaient les masses, leur ôtaient jusqu’au désir même de briser leurs chaînes. Et puis l’oubli. L’homme servile avait oublié qu’un jour il fut libre. Il n’imaginait même pas que ce fut possible.

On croit souvent que la démocratie de Périclès fut le coup d’arrêt à l’inégalité. Pas du tout. Le citoyen était l’homme de la cité, c’est-à-dire pas une femme, ni un étranger, ni un esclave. Certains, déjà, étaient plus égaux que d’autres… Ce schéma fut reproduit dans la Rome antique, puis transmis, à l’Europe médiévale. La hiérarchie naturelle des êtres trouva, chez nous, son expression la plus éclatante dans la France de Louis XIV, une France sur laquelle trônait en maître l’être suprême, le Roi de droit divin qui avait le droit de vie ou de mort sur ces sujets. Pour gouverner, il s’appuyait sur les Nobles, prisonniers de leurs privilèges, prêts à tout pour les conserver. Le noble aussi était supérieur (mais un peu moins que le Roi). Il s’adonnait, comme l’Hélène, aux plaisirs de la vie. Il entraînait ses dons naturels, par exemple en chassant ou en faisant la guerre, pendant que le serf, qui faisait partie de son patrimoine, au même titre que son château et ses terres, se cassait le dos dans les champs. Encore une fois, tout le monde trouvait ça bien normal. Il en avait toujours été ainsi, depuis des siècles et des siècles.

Tocqueville montra dans L’ancien régime et la révolution comment ce schéma prit fin. Paradoxalement, ce fut le plus illustre des représentants de l’inégalité entre les êtres, qui scia la branche sur laquelle elle était assise : échaudé par les frondes successives des grands de France, Louis XIV transforma la noblesse d’épée en noblesse de robe, bien moins dangereuse. Il la mit sous sa coupe à Versailles. L’administration des campagnes, jusque-là assurée par les Nobles, fut confiée à des fonctionnaires du Roi (les contrôleurs généraux) qui réglèrent la vie des provinces dans les moindres détails. Cette centralisation eut comme conséquence imprévisible de nourrir les premiers germes de la révolution. La noblesse conserva ses privilèges, mais fut déchargée de ses tâches régaliennes. Ce fut insupportable pour la bourgeoise laborieuse et éclairée qui alluma alors les premiers feux de 1789. Pour paraphraser La Boétie, on pourrait dire que les inférieurs cessèrent de servir et se libérèrent.

Mais revenons à la hiérarchie naturelle des êtres. On retrouve ce thème chez Nietzsche, notamment dans son Crépuscule des idoles, où il glorifie l’Aristocrate, le grand Hélène fait pour commander. Tout ce qui a besoin d’être justifié ne vaut rien ! écrit-il. L’aristocrate ne discute pas, il ordonne. On retrouvera ce type de rhétorique dans les discours du Führer. N’admirait-il pas le philosophe, dont il offrit les œuvres complètes à son compère le Duce ?

Bref, cette théorie de la hiérarchie naturelle des êtres n’est donc pas nouvelle en 1933.

Ce fut Darwin qui la présenta sous des termes scientifiques : Il montra que la nature ne conserve dans sa grande diversité que les espèces « les mieux adaptées », les plus aptes à affronter un environnement hostile et changeant. Cette « sélection naturelle » est indispensable à la survie d’une espèce. Sans tri, sans évolution, sans transmission d’une génération à la suivante des meilleurs gènes, l’espèce est condamnée. On voit très bien chez le lion l’illustration de la théorie de Darwin. Le mâle le plus fort impose toujours son autorité puis se réserve les plus belles femelles de la meute. Ses gènes, a priori les plus intéressants pour la génération future, se multiplieront donc davantage que ceux de ses concurrents résignés, obéissants. Si la meute est forte, elle étendra son territoire aux dépens des voisines et des autres espèces.

Traduite dans les termes du national socialisme, la théorie de Darwin devient choquante : les êtres les plus forts, c’est-à-dire dans la tête d’Hitler, les Aryens, constituent l’aboutissement le plus accompli de l’évolution des espèces. Ils ont, à ce titre, le droit et même le devoir d’éliminer les espèces les plus faibles, où de s’en servir, pour que l’espèce continue à évoluer dans le bon sens. C’est une question de survie ! En effet, si les plus faibles prennent le pouvoir, si les dégénérés, pour utiliser le vocabulaire d’Hitler, l’emportent, et se reproduisent, l’espèce ne pourra que s’affaiblir avant de disparaître. Nietzsche, une nouvelle fois dans son crépuscule des idoles ne dit pas autre chose.

La nature est cruelle, nous avons le droit de l’être aussi. Voici un leitmotiv que l’on retrouve dans de nombreux discours nazis, notamment dans la bouche de Goebbels, le chef de la propagande du parti. Hitler légalise finalement la loi de la jungle, que l’on pourrait appeler plus justement appelé « la loi naturelle », puisqu’elle constitue le mode de fonctionnement des espèces non-civilisée. Ainsi, dans le Contrat social, Rousseau explique notamment comment l’homme naturel théorique est tenté par la violence, comment il confisque à son profit les richesses… Ce penchant naturel à l’égoïsme ne peut être maîtrisé que dans le cadre d’un contrat social. L’homme doit renoncer à son pouvoir de nuisance, car il est synonyme de guerre perpétuelle. En échange, Rousseau lui propose la sécurité offerte par le groupe. L’homme civilisé n’est plus naturel. Hitler voulait revenir à ce point de départ. Pour cela, il fallait un guide : ce fut le Führer, comme chef de la meute. « commande, Ho ! Führer, nous obéirons » pouvions-nous lire sur les banderoles de l’époque. Tout ce qui n’était pas allemand était inférieur, avec toutefois des nuances les degrés d’infériorité. Hitler voulait « améliorer » l’espèce humaine, forcer le tri de la nature, en supprimant tous les canards boiteux qui risquaient d’entraver la longue marche vers la perfection : les trisomiques, les Juifs, les métèques, les Tziganes, les homosexuels, les slaves, les communistes, notamment, en ont fait les frais. Le droit du plus fort s’exprimera notamment dans le pangermanisme, ce droit à l »espace vital », la confiscation des terres au profit des Allemands et aussi dans le droit de tuer les faibles.

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Joindre la conversation 9 commentaires

  1. a quand un bouquin sur les guizigougous ??????

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Histoire, Histoire du Nazisme, Nazisme

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