Balzac nous peint un tableau de la province française du XIXème siècle en inscrivant dans la chronologie de l’époque chahutée une famille originale : les Grandet, le père Félix, acariâtre et avare, une mère, soumise et docile, et une fille Eugénie qui, si elle n’y prend pas gare, reproduira la vie pathétique de sa maman. Vient s’ajouter au trio, Nanon, la parfaite servante, également sous l’emprise du père tyrannique, mais attentive aux malheurs des dames de la maison.

Eugénie GRANDET de BALZAC

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L’histoire permet de couvrir les grands événements qui ont changé l’histoire de France. C’est à l’occasion de la vente, en 1791, des biens du clergé que le père Grandet fait fortune en achetant à bas prix, des métairies et de bonnes terres. Malgré cette richesse acquise à peu de frais, l’avarice maladive du père Grandet l’empêche de jouir de son or. Il soumet même ses deux femmes à un régime sévère de disette, n’allumant le feu qu’à de rares occasions. Balzac décrit ainsi la vie triste et ennuyeuse de la province où les seules distractions sont les jeux de cartes et les visites régulières, pour ne pas dire répétitives, des voisins. Car, certains ont flairé la bonne affaire. Deux familles, les Cruchot et les Grassinet, se disputent l’héritière, tournant autour de leur proie, tentant de s’attirer les bonnes grâce du père, loin d’être dupe, par de petites attentions…

Le XIXème siècle, malgré la volonté de partage inaugurée par la révolution, se révèle être finalement le siècle de l’argent et de l’individualisme. Le père Grandet l’a bien compris et il enchaîne les bonnes affaires faisant de sa fille la plus riche héritière potentielle de Saumur. Balzac oppose à ce triste tableau la vie parisienne où pullulent les grands esprits de l’époque.

La Province semble, quant à elle, promise à la triviale vulgarité. Un événement vient gripper la mécanique bien huilée : le frère parisien de Grandet meurt, lui confiant son fils Charles, jeune homme élégant et raffiné qui jure, dans les premiers temps, avec la simplicité de Saumur. Eugénie, jusqu’alors limitée aux appétits intéressés des Cruchot et des Grassinet, voit débarquer, dans sa froide masure, le charme raffiné du tout Paris, un jeune homme éblouissant de raffinement qui, d’un baiser, enflamme l’esprit trop tendre de la jeune naïve. Mais le père Grandet hérite également, des dettes de son frère ! Charles, apprenant qu’il est ruiné, décide de partir pour les Indes, laissant une Eugénie désespérée, mais qui lui confit malgré tout son petit trésor ! Commencent alors sept ans d’attente pour Eugénie qui s’accroche à la promesse de Charles de revenir pour parfaire leur idylle à peine ébauchée.

Le père Grandet vieillissant ne s’arrange guère. De plus en plus riche, il devient également de plus en plus avare, imposant à ses deux femmes une vie d’ascète. Eugénie, maintenant une jeune fille, n’en a que faire : elle vit dans le souvenir d’un baiser assorti d’une promesse faite par un jeune homme qui bientôt reviendra. Grandet apprend alors que sa fille a confié ses maigres économies à Charles. Il est furieux et soumet Eugénie à un régime plus sévère encore : pain sec et eau seront son menu dorénavant. L’église sera sa seule distraction.

Autant de cruauté fait mourir de chagrin la mère Grandet, faisant d’Eugénie l’héritière de la moitié de la fortune de la famille. Le père ne l’accepte pas et fait renoncer Eugénie à sa propre succession. Peu intéressée par l’argent, et toujours sous l’emprise de Charles et de la naïveté, elle se laisse déposséder.
Et Charles revient, mais sa promesse il ne tient pas ! Il rembourse quand même Eugénie et épouse une laide parisienne. Laide mais propriétaire d’un titre de noblesse, donc séduisante puisque la monarchie de Charles X a été rétablie ! Eugénie se marie en désespoir de cause à Cruchot. Son père, puis Cruchot décèdent, faisant d’Eugénie sans doute la plus riche mademoiselle de Saumur. Riche mais pathétique !

L’argent semble être le principal personnage de ce roman. L’argent, après lequel court le père Grandet, tout au long de l’intrigue, préférant l’or à ses femmes, les Louis au confort, les Francs
au bonheur, et finalement mourant sur son tas de richesses sans jamais en avoir profité… Les personnages masculins voient tous dans la richesse et les titres des fins en soi, mettant eux aussi
le bonheur d’une vie simple au second plan. Tout l’inverse des personnage féminin, Eugénie, bien sûr, mais également la mère Grandet et Nanon, qui voient dans l’amour le sens de la vie.

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  1. Blog(fermaton.over-blog.com)No.6- THÉORÈME des ATTRIBUTS . – Dieu et les mathématiques?

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