Histoire Les modernes

J’ai lu pour vous L’ANCIEN REGIME ET LA REVOLUTION d’Alexis de Tocqueville

Dans cette œuvre clairvoyante, le vicomte de Tocqueville prend l’histoire à rebrousse-poils en montrant comment la révolution de 1789, loin d’être une rupture, s’inscrit dans la continuité de l’ancien régime féodal.

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L’ANCIEN REGIME ET LA REVOLUTION d’Alexis de Tocqueville

Mais, avant tout, un mot sur l’auteur. Écrivain de talent, mais piètre orateur, il s’est illustré comme politicien habile lors des travaux de l’assemblée constituante qui ont suivi la chute de Louis-Philippe (et de la monarchie de Juillet en 1848). Ces travaux mettront notamment en évidence que la déclaration de 1789 a établi l’égalité des citoyens mais pas ceux des travailleurs. Les serfs ont changé de maîtres mais sont restés esclaves, en devenant des prolétaires. Tocqueville s’oppose en particulier à l’initiative du député Gauche de la Drôme (Mathieu) qui souhaite intégrer dans la constitution le droit opposable au travail. Pour Tocqueville, un tel amendement nécessiterait la maîtrise des moyens de production par l’Etat (et donc leur nationalisation), ce qui conduirait, soit à un retour à l’ancien régime (horreur !), soit au communisme (encore pire).

Alexis est un libéral qui fait a ses classes en terres américaines où le libéralisme triomphe sans roi. Il a ainsi put constater qu’une société peut tout à fait tourner sans ce représentant de Dieu sur terre. Pourtant, il est descendant direct de Saint-Louis et issu d’une famille on ne peut plus royaliste. Le vent de la guillotine est d’ailleurs passé tout près du coup de son père, sauvé de justesse part la chute de Robespierre en 1794. Il plaide donc, au côté des libéraux anglais, pour une démocratie libérale. Il aurait sans-doute aujourd’hui voté Bayrou.

Mais revenons à l’ancien régime et la révolution. Alexis y montre la continuité évidente entre l’ancien régime (au sens Louis XIV à Louis XVI du terme) et la première république. Bien entendu, les Jacobins n’ont pas inventé la centralisation déjà manifeste sous Louis XIV. Dès cette époque, en effet, les nobles avaient quitté leur château de province pour courtiser le roi à Versailles. Ils étaient tombés dans le piège tendu par le Roi-Soleil échaudé par les frondes successives des grands de France qui avaient failli lui coûter sa couronne. Louis XIV avait ainsi réussi à transformer la noblesse d’épée en noblesse de robe, bien moins dangereuse. L’administration des campagnes, jusque là assurée par les Nobles, fut confiée à des fonctionnaires du Roi (les contrôleurs généraux) qui réglèrent la vie des provinces dans les moindres détails. Tout fut ainsi centralisé. L’Etat, ce fut lui (Louis XIV) ! Collecte des taxes, milice, ordre public (marée chaussée) et justice dépendirent de Versailles, au même titre que l’administration des villes.

Cette centralisation eut comme conséquence imprévisible de nourrir les premiers germes de la révolution : en effet, la société du XVIIème siècle n’avait rien à voir avec celle des premiers temps de la féodalité. A la mort de Louis XIV (1715), les bourgeois étaient devenus aussi riches que les aristocrates (parfois bien plus), au moins aussi cultivés (parfois bien plus). Ils lisaient les mêmes livres, s’habillaient de la même façon, chose impensable sous Saint-Louis par exemple. Le Roi faisait parfois appel à des bourgeois talentueux pour conduire les affaires du pays (souvent pour contrer la puissance des nobles).

Bref, deux couches sociales se rapprochèrent de plus en plus, sans se toucher toutefois, sauf par les chairs douloureuses.

Vu du côté bourgeois, cette situation devint, sous Louis XIV et après, proprement insupportable. Les privilèges exorbitants dont bénéficiaient les nobles étaient, jusque là, plus ou moins acceptés car en échange, ces derniers assuraient la protection de la cité, rendaient la justice ou administraient le pays. Mais avec la centralisation voulue par le Roi-Soleil, les voilà qui ne faisaient plus rien et qui conservaient, malgré tout, leurs privilèges. Forcément, l’injustice devint de plus en plus visible.

Aussi rien d’étonnant à ce que les premiers détonateurs de la bombe révolutionnaire furent allumés dans les milieux bourgeois (Danton, Robespierre, Marat, Montesquieu, Rousseau,…) et que 1789 ne fut que l’expression de la volonté des bourgeois d’accéder aux privilèges des aristocrates. Les bourgeois s’empressèrent alors d’intégrer dans la déclaration des droits de l’homme le droit à la propriété (privée), propriété qu’ils constituèrent à bon compte en s’emparant des biens du clergé mis en vente, spoliant ainsi des fortunes, accaparant les moyens de production qui leur permirent d’exploiter les vrais révolutionnaires (Gracchus Babeuf et ses héritiers massacrés lors de la terreur fomentée par Robespierre).

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