Jacques SAPIR s’interroge, tout au long de son ouvrage, sur la pertinence de la zone Euro.

FAUT-IL SORTIR DE L’EURO ? de Jacques SAPIR

En revenant aux sources de l’euro, il essaye de mettre en lumière les intérêts cachés qui expliquent sa création. Sans a priori, il examine le(s) bénéfice(s) que la France, en particulier, et l’Europe, en général, ont pu en tirer puis les problèmes qu’il engendre à l’intérieur d’une zone constituée d’une mosaïque de pays aux intérêts (et
aux politiques) très divergents.

Aux sources de l’euro (1989-1990)

La création de l’euro avait été présentée par l’Allemagne comme une contrepartie offerte aux pays européens à sa réunification : l’Allemagne retrouvait sa pleine souveraineté et « renonçait » en échange à son sacro-saint mark !!! François MITTERAND, et l’Europe avec lui, furent surpris par la rapidité des évènements et finalement acceptèrent ce fait accompli. Mais l’Allemagne ne voyait-elle pas plus loin que ses partenaires ?

L’Allemagne connaissait (et connait aujourd’hui encore plus) une crise de natalité qui ne permettait plus d’assurer le renouvellement des générations et mettait donc en péril les retraites de demain. Aussi, a-telle voulu constituer une rente dont les dividendes permettraient à terme d’assurer ce paiement. Pour cela, il fallait développer le commerce extérieur et notamment avec ses voisins. Comment ? En instaurant une monnaie unique faisant disparaître notamment les droits de douane avec ses partenaires.

Mais pas seulement. Cette monnaie unique supprimait également les dévaluations compétitives (entre franc et mark par exemple), qui permettaient, jusque-là, aux pays de rattraper leur retard en termes de compétitivité. En instaurant à partir de 2002, une politique d’austérité, l’Allemagne a transféré sur ses ménages, les charges de ses entreprises, garantissant à ces dernières des gains de productivité. Elle a contracté sa demande intérieur et a inondé le marché européen de produits très compétitifs (partiellement fabriqués dans ses satellites à l’est).

Quelques remarques cependant s’imposent. Le succès de la politique allemande  :

  • a reposé sur le dynamisme de la consommation chez ses voisins. Si la France (par exemple) avait mené une même politique (contraction de sa demande intérieure par une politique d’austérité),  la réussite allemande n’aurait pas été aussi éclatante (tant s’en faut) ;
  • a généré un endettement important de ses voisins qui ont emprunté pour « consommer allemand » ;
  • n’est pas viable à long terme car la consommation européenne, crise de la dette oblige, va décliner ;
  • nécessite une inflation la plus faible possible (sinon la rente engrangée pour les retraites fond comme neige au soleil).

Or, SAPIR montre que chaque pays a un taux d’inflation structurel qui dépend de son histoire, de son tissu industriel… Imposer artificiellement un taux d’inflation « bas » à un pays dont le taux d’inflation structurel est élevé (comme c’est le cas pour la France) revient à pénaliser sa compétitivité et donc sa croissance.

En d’autres termes, un peu d’inflation serait nécessaire au redémarrage des économies telle que celle de la France.
S’il convient de ne pas jeter la pierre à l’Allemagne, force est de constater qu’une bonne partie de nos problèmes s’expliquent par sa politique monétaire.

L’euro nous protège-t-il ?

À juste titre, l’auteur compare l’adoration actuelle de notre monnaie unique au culte des idoles religieuses l’Euro est devenu, au fil des ans, un fétiche (au sens freudien du terme) qui nous protègerait et sans lequel l’enfer nous serait promis. Être contre l’euro revient à être contre l’Europe. Ce qui, bien entendu, est faux. Mais avant tout, peut-on dire que l’euro nous a protégés ? Examions quelques critères :

  • la zone euro est aujourd’hui la zone présentant la croissance la plus faible (y compris pour l’Allemagne) ;
  • les États européens hors zone euro (excepté UK pour d’autres raisons) ont une croissance supérieure ;
  • Les Etats de la zone-euro sont fortement endettés ;
  • l’euro surévalué (de 20 % environ) fait perdre des points de compétitivité aux pays membres ; donc des points de croissance (estimé entre 1.5% et 2%).

L’auteur repose donc la question : de quoi la zone-euro nous protège-t-elle ?

De la spéculation ?

En effet, l’euro avait été créé pour contrer la spéculation sur les taux de change entre les monnaies. Or cette spéculation a aujourd’hui (et pour cause) disparu mais s’est reportée sur les taux d’intérêt de la dette encore plus violente. SAPIR constate que l’euro ne nous a donc pas protégés de la spéculation.

De l’austérité ?

Demandons aux Grecs, aux Italiens, aux Espagnols, aux Portugais, aux Irlandais et bientôt aux Français ce qu’ils en pensent.

De la crise bancaire ?

Nullement. Il a fallu renflouer en urgence nos banques avec de l’argent publique. En effet, la mollesse du dynamisme économique européen a conduit ces banques à investir, dans des produits toxiques américains, des fonds qui ont justement manqué à l’économie européenne et mis en péril leur survie lorsque la crise des subprimes s’est déclenchée.

S’est-on fait rouler par les créateurs de l’euro ?

Ou MITTERAND a-t-il été bien naïf ? Une chose est sûre : il a été surpris par la réunification. Lorsque l’Allemagne a présenté la disparition de son mark comme une contre-partie, il a sauté sur l’occasion. On lui affirmait en effet que c’était le premier pas vers le fédéralisme : d’abord une monnaie unique et ensuite les États-Unis d’Europe ! Et ça aurait pu marcher. En effet, ça marche aux États-Unis d’Amérique. Pourquoi ? Il y a, là-bas aussi, des écarts de compétitivité entre États. Mais ils sont compensés par des transferts de capitaux entre les États via l’État fédéral qui « redistribue » la richesse. Cette redistribution est acceptée car un sentiment d’appartenance nationale existe. Ce qui n’est pas le cas chez nous : la preuve ? 70 % et 69 % des Allemands refusent de payer pour les Grecs (les cueilleurs d’olives !!!). Donc, il n’y a pas de redistribution (en raison aussi de la faiblesse du budget européen par rapport au budget américain) et les écarts de compétitivités, loin de se réduire, continuent à augmenter. Pour que l’euro fonctionne, il faudrait donc :

  • qu’un sentiment d’appartenance à une communauté d’intérêts existe et que chaque État arrête de défendre son seul pré carré (ce que l’Allemagne fait) ;
  • que l’Europe dispose d’un vrai budget (ce que l’Allemagne refuse) ;
  • que l’euro soit dévalué (ce que l’Allemagne refuse) ;
  • que l’inflation fasse son retour en Europe (ce que l’Allemagne refuse).

Les éléments n’étant pas réunis (et ne le seront pas), l’euro ne fonctionne pas, n’harmonise rien du tout, plombe les économies fragiles au profit de l’Allemagne.

Le retour au franc ?

Oui et trois fois oui :

  • MERKEL n’ayant fait que 0% aux présidentielles, elle ne dispose d’aucune légitimité sur notre politique (d’austérité ou non) ;
  • le franc permettrait de retrouver notre taux d’inflation structurel et donc des points de compétitivité ;
  • L’État pourrait emprunter auprès de la banque de France à 1 % (au lieu de se financer, comme le souhaite l’Allemagne, sur les marchés financiers à 3 voire 4 et bientôt 5 %) ;
  • la dévaluation serait possible, permettant là-aussi des gains de compétitivité ;

SAPIR propose la mise en place d’une monnaie commune (pour le commerce hors-zone) et pour éviter les spéculations entre monnaies européenne, un contrôle strict des mouvements de capitaux.
SAPIR prédit à court terme une explosion de la zone euro à bout de souffle. Ce qui a été possible pour la Grèce nel e sera pas pour les autres économies européennes bien plus lourdes en termes de PIB. L’austérité va continuer à contracter les demandes intérieures, faire baisser les taux de croissance. La dette étant calculée en pourcentage du PIB, elle va continuer à progresser et la spéculation avec. La seule solution est donc une sortie organisée de l’euro.

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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. J’avais vu ton article sur le bouquin de Saphir depuis un petit moment mais je n’avais pas trouvé le temps de te faire un mot sur le sujet. Tu sais bien que je ne suis pas un « anti euro » mais bel et bien un « euro septique ». Il est vrai que le contexte de la création de l’euro est une somme de circonstances où Mitterand, Koll et Thatcher sont venus chercher ce qu’ils voulaient dans la corbeille et comme d’habitude, la sécurité de cette nouvelle monnaie n’a pas été un enjeu. Je ne sais pas quoi dire sur la supposée vision futuriste de l’Allemagne (dénoncée d’ailleurs par Thatcher qui en faisait un argument contre l’euro et l’Allemagne). Mais je ne pense pas que l’Allemagne ait présenté la disparition de son Mark comme une contrepartie et que Mitterand se soit fait berné, il a certes sauté sur l’occasion (pour faire passer son euro) du coup de bluff de Koll sur la réunification, mais je ne crois pas que ce fût le contraire. Il s’est peut être pris les « pieds dans le tapis » en confondant « vitesse et précipitation » et pas le temps de mettre en place les systèmes de sécurité qu’il aurait fallu ! Tout ce que démontre Sapir est certainement vrai et je ne suis pas économiste pour démontrer le contraire, mais nous (pays de la zone euro) ne sommes pas obligés de servir la compétitivité et l’économie Allemande, d’autres décisions peuvent être prises, comme notamment la révision du pacte de stabilité ou les missions de la BCE, et aujourd’hui l’Allemagne ne pourrait pas faire cavalier seul, même si elle tenterait bien sûr de faire du chantage en considérant être le « bon élève ». Quant au fait de savoir si l’euro nous à protégé ou nous protège …. Les éléments apportés par Sapir sont incontestables, ce sont des faits …. Mais encore une fois, le mauvais rôle de la BCE est une question de règle que la zone euro s’est infligée et maintenant que nous avons du recul, il suffit de changer la règle et faire jouer à la BCE le rôle que devrait jouer une banque centrale (idem les US) et les pays ne seraient pas autant endettés (normal, les marchés sont des chiens et on voit ce que ça donne avec la Grèce). Evidemment dans ces conditions que la crise, l’austérité et le régime totalitaire des banques sont nos pires ennemis et nous maintiennent la « tête sous l’eau » … Malgré tout ça, je ne suis absolument pas favorable au retour au Franc …. Pauvre petit Franc qui n’a d’autre solution que de retrouver sa compétitivité en dévaluant …. Mais ça ne dure qu’un temps ! Bien à toi. Serge. J’avais vu ton article sur le bouquin de Saphir depuis un petit moment mais je n’avais pas trouvé le temps de te faire un mot sur le sujet. Tu sais bien que je ne suis pas un « anti euro » mais bel et bien un « euro septique ». Il est vrai que le contexte de la création de l’euro est une somme de circonstances où Mitterand, Koll et Thatcher sont venus chercher ce qu’ils voulaient dans la corbeille et comme d’habitude, la sécurité de cette nouvelle monnaie n’a pas été un enjeu. Je ne sais pas quoi dire sur la supposée vision futuriste de l’Allemagne (dénoncée d’ailleurs par Thatcher qui en faisait un argument contre l’euro et l’Allemagne). Mais je ne pense pas que l’Allemagne ait présenté la disparition de son Mark comme une contrepartie et que Mitterand se soit fait berné, il a certes sauté sur l’occasion (pour faire passer son euro) du coup de bluff de Koll sur la réunification, mais je ne crois pas que ce fût le contraire. Il s’est peut être pris les « pieds dans le tapis » en confondant « vitesse et précipitation » et pas le temps de mettre en place les systèmes de sécurité qu’il aurait fallu ! Tout ce que démontre Sapir est certainement vrai et je ne suis pas économiste pour démontrer le contraire, mais nous (pays de la zone euro) ne sommes pas obligés de servir la compétitivité et l’économie Allemande, d’autres décisions peuvent être prises, comme notamment la révision du pacte de stabilité ou les missions de la BCE, et aujourd’hui l’Allemagne ne pourrait pas faire cavalier seul, même si elle tenterait bien sûr de faire du chantage en considérant être le « bon élève ». Quant au fait de savoir si l’euro nous à protégé ou nous protège …. Les éléments apportés par Sapir sont incontestables, ce sont des faits …. Mais encore une fois, le mauvais rôle de la BCE est une question de règle que la zone euro s’est infligée et maintenant que nous avons du recul, il suffit de changer la règle et faire jouer à la BCE le rôle que devrait jouer une banque centrale (idem les US) et les pays ne seraient pas autant endettés (normal, les marchés sont des chiens et on voit ce que ça donne avec la Grèce). Evidemment dans ces conditions que la crise, l’austérité et le régime totalitaire des banques sont nos pires ennemis et nous maintiennent la « tête sous l’eau » … Malgré tout ça, je ne suis absolument pas favorable au retour au Franc …. Pauvre petit Franc qui n’a d’autre solution que de retrouver sa compétitivité en dévaluant …. Mais ça ne dure qu’un temps !

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  2. […] s’obstiner dans l’Euro ? Comme l’a bien analysé Jacques SAPIR, on peut se demander en effet l’intérêt du maintien du statu quo : l’euro devait nous […]

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Economie, Société

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