Karl POPPER est un Viennois, né en 1902, qui se réfugiera à Londres pour échapper au nazisme montant.

Il est surtout connu pour sa théorie des sciences, développée notamment dan son principal ouvrage est « Conjectures et Réfutations » publié en 1963.

Conjectures et Réfutations

Qu’est-ce que la science ?

En s’intéressant aux travaux de Darwin, POPPER constate que la théorie de l’évolution des espèces permet surtout s’expliquer « a posteriori » ce qui s’est passé. Elle ne permet aucune prédiction. À quoi ressemblera l’homme dans un million d’années ? Elle ne le dit pas. Elle est très efficace pour donner le tiercé dans l’ordre, une fois la course terminée ! Ce n’est donc pas une science.

POPPER condamne deux méthodes « soi-disant » scientifiques :

  1. celle qui consiste à partir d’une hypothèse (évidente) de déduire des vérités. En effet, une hypothèse-première est, pour POPPER, indémontrable. Son évidence ne fait pas sa vérité. Ainsi, le « cogito ergo sum » de Descartes, hypothèse à partir de laquelle il prétend refonder toute la science, est-il tout sauf indiscutable ; on peut remarquer que les mathématiques tombent également dans cette erreur : selon le Théorème de Gödel, il existera toujours des axiomes indémontrables. En ce sens, les mathématiques relèvent aussi de la croyance !
  2. celle qui consiste à raisonner par induction. C’est la méthode des empiristes anglais (Hume). Elle consiste à faire une hypothèse (les poissons n’ont pas d’ailes), puis à multiplier les observations (en examinant les filets de pêche sur le port de la Turballe par exemple) pour la justifier. On en déduit alors une vérité. Bien entendu, pour POPPER, il ne s’agit nullement d’une vérité, mais d’une croyance, au même titre qu’une religion.

Premier bref – la vérité absolue

POPPER ne voit qu’une porte de sortie. La seule certitude possible, la seule affirmation que l’on puisse démontrer est qu’une hypothèse est fausse. Pour reprendre notre exemple hypothèse, on peut démontrer que l’hypothèse (la conjecture) « les poissons n’ont pas d’ailes » est fausse. Il suffira en effet de constater l’existence d’un seul poisson-volant pour faire tomber l’hypothèse (la conjecture).

Nous tenons là une vérité absolue : l’hypothèse selon laquelle les poissons n’ont pas d’aile est fausse.Nous sommes (enfin) sortis du scepticisme.

Second bref – la falsification

Pour Karl POPPER, une théorie est scientifique si et seulement si elle est réfutable. Il donne l’exemple d’Einstein (qui le fascinait) : ce dernier prédit, dans sa théorie de la relativité, que la lumière des étoiles lointaines est déviée par la masse du soleil. Il propose, dans le même temps, un test permettant de « falsifier » son hypothèse. C’est la fameuse expérience d’Edington qui a photographié une éclipse totale de soleil et qui a montré, en effet, que les étoiles lointaines étaient « décalées ». L’expérience ne valide pas l’hypothèse d’Einstein, mais elle montre que cette dernière est « résistante » au test de falsification.

Troisième brefles fausses sciences

Karl POPPER range dans le groupe des « croyances » la Psychanalyse et le Marxisme. En effet, ces deux théories (qui se veulent scientifiques) expliquent « a posteriori ». Il donne l’exemple du Marxisme qui avait prédit la révolution dans le pays le plus industrialisé (l’Angleterre de l’époque). Manque de chance, elle intervient dans celui le moins industrialisé (la Russie). Pour sauver la théorie, les Marxistes inventent alors la théorie du maillon-le-plus-faible, celui qui lâche en premier dans la chaîne des pays industrialisés. Et le tour est joué. Même chose pour la psychanalyse qui ne peut jamais être mise en défaut. Car elle saura toujours expliquer vos angoisses. Vous avez rêvé de votre mère ? C’est le complexe d’œdipe. De votre père ? Des envies de meurtre du père ne sont pas loin. De votre sœur ? Le psy a encore une explication. Probablement un œdipe sublimé… De votre cousin ? C’est l’image du père… De votre chat ? Encore de la sublimation. Etc. Les astrologues ne font pas autre chose.

Dernier BREF

Appliquer à la sociologie, la théorie de Karl POPPER conduit à retenir la démocratie comme le meilleur des systèmes. Car il est réfutable. Vous émettez une hypothèse : François H. de Thule est le meilleur pour gouverner la France. Le test de falsifiabilité est déjà en place : la confrontation avec l’exercice du pouvoir. S’il passe le test, vous renforcez votre conviction que François est l’homme de la situation. S’il se plante, vous le réfutez dès la prochaine élection.

Vive la démocratie.

Les théories ne sont donc jamais vérifiables empiriquement (…) Toutefois j’admettrai certainement qu’un système n’est empirique ou scientifique que s’il et susceptible d’être soumis à des tests expérimentaux. Ces considérations suggèrent que c’est la falsifiabilité et non la vérifiabilité d’un système qu’il faut prendre comme critère de démarcation. En d’autres termes, je n’exigerai pas d’un système scientifique qu’il puisse être choisi une fois pour toutes, dans une acception positive mais j’exigerai que sa forme logique soit telle qu’il puisse être distingué, au moyen de tests empiriques, dans une acception négative : un système faisant partie de la science empirique doit pouvoir être réfuté par l’expérience.
Karl POPPER, (La logique de la découverte scientifique, 1934

« J’ai traité le déterminisme physique de cauchemar. C’est un cauchemar parce qu’il affirme que le monde entier, avec tout ce qu’il contient est un gigantesque automate, et que nous ne sommes rien d’autre que des petits rouages, ou des sous-automates dans le meilleur des cas.

Il détruit ainsi, en particulier, l’idée de créativité. Il réduit à l’état de complète illusion l’idée que, dans la préparation de cette conférence, je me suis servi de mon cerveau pour créer quelque chose de nouveau. Ce qui s’est passé là, selon le déterminisme physique, c’est que certaines parties de mon corps ont tracé des marques noires sur un papier blanc, et rien de plus : tout physicien disposant d’une information suffisamment détaillée pourrait avoir écrit ma conférence grâce à cette méthode très simple : prédire les endroits précis ou le système physique composé de mon corps (y compris mon cerveau , bien sûr, et mes doigts) et de mon stylo tracerait des marques noires.

Ou, pour utiliser un exemple plus frappant : si le déterminisme physique est correct, alors un physicien complètement sourd, qui n’aurait jamais entendu de musique de sa vie, pourrait écrire toutes les symphonies et tous les concertos de Mozart ou de Beethoven, au moyen d’une méthode simple, qui consisterait à étudier les états physiques précis de leur corps et à prédire où ils traceraient des marques noires sur leur portée. Et notre physicien sourd pourrait même faire bien mieux : en étudiant les corps de Mozart et de Beethoven avec assez de soin, il pourrait écrire des partitions qui n’ont jamais été réellement écrites par Mozart ou Beethoven, mais qu’ils auraient écrites si certaines circonstances de leur vie avaient été différentes – s’ils avaient mangé, disons, de l’agneau au lieu de poulet et bu du thé au lieu de café. »

Karl POPPER, La Connaissance objective, 1972.

 

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Les Allemands, Les modernes, Philosophie

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