Monsieur le ministre SAPIN déclarait, hier sur France Info : « bien entendu l’Islam est compatible avec la démocratie ».


L’islam est-il compatible avec la démocratie ?

Bien qu’au volant, je n’ai pu m’empêcher de sauter au plafond : Voici une évidence fort peu évidente !

En effet, comme d’ailleurs l’ensemble des monothéismes, l’Islam est une religion révélée (en occurrence à Mahomet). En d’autres termes, elle ne souffre d’aucune contestation. Elle est gravée dans le marbre divin, une fois pour toutes, et ne peut évoluer, pas même à la marge. Une religion, c’est une vérité révélée. Et la vérité n’a pas vocation à évoluer, sinon vers l’erreur.

Mais prenons la définition de Lincoln de la démocratie : pour le père de l’abolition de l’esclavage outre-Atlantique, la démocratie est « le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Les pères fondateurs de notre constitution (celle de 1958) ont tellement apprécié cette définition qu’ils l’ont introduite dans son préambule.

L’Islam est-il compatible avec la démocratie ?

Un gouvernement du peuple ?

L’Islam gouverne le peuple, c’est indéniable, et jusque dans les moindres détails. L’Islam est notamment la source de la loi et de la justice. C’est donc bien un gouvernement du peuple, via ses interprètes que sont les Imams.

L’Islam est-il compatible avec la démocratie ?

Un gouvernement par le peuple ?

On peut en douter. Lisons les versets 2, 9 et 10 de la Sourate 2 (La vache) du Coran :

« C’est le Livre au sujet duquel il n’y a aucun doute, c’est un guide pour les pieux. » Rousseau disait que la liberté est « le respect à la Loi que l’on s’est prescrite ». Le musulman ne se prescrit pas de loi et ne l’approuve. Pourquoi la prescrire puisqu’elle est dans le Coran et qu’elle ne peut évoluer ? Pourquoi l’approuver ? On approuve pas la parole de Dieu. On y obéit.

Le peuple ne gouverne donc pas. Il a confié cette mission aux Imams. Même lorsqu’un président est élu (en Iran par exemple), il a toujours au-dessus de sa tête un guide suprême qui tire les ficelles.

Au passage, voilà qui ressemble à la République de Platon. Ce dernier pensait en effet que seuls les philosophes étaient suffisamment savant pour gouverner le peuple.

L’Islam est-il compatible avec la démocratie ?

Un gouvernement pour le peuple ?

L’obéissance au texte est requise. On l’a déjà vu. L’intérêt du groupe, le bonheur, la liberté, le bien-être, sont sans objet.

Les hommes (au sens homo-sapiens du terme) sont-ils égaux en terre d’Islam ?

Lisons ensemble le verset 223, de la Sourate 2 (La vache), du Coran : « Vos épouses sont pour vous un champ de labour ; allez à votre champ comme et quand vous le voulez pour vous-mêmes à l’avance. Craignez Allah et sachez que vous Le rencontrerez. Et fais gracieuse annonce aux croyants ! » Il semble ainsi que la femme soit un être de second rang, inférieur à celui de l’homme. D’ailleurs, un homme peut en posséder plusieurs. Vous pourrez lire à ce sujet mon article sur « Le Coran et les femmes ».

D’autres hommes se situent encore plus bas que la femme dans l’échelle des valeurs : le mécréant (les non-musulmans). Les versets 190 et 191 de la sourate 2 du Coran nous éclairent sur le sort qui leur est réservé : « Combattez dans le sentier d’Allah ceux qui vous combattent et ne transgressez pas. Certes. Allah n’aime pas les transgresseurs ! Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : l’association est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. »

Bref les hommes ne sont pas tous égaux.

L’Islam est-il compatible avec la démocratie ?

Les contre-pouvoirs

La démocratie trouve sa force dans la possibilité offerte aux citoyens de s’opposer à ses dirigeants, notamment à l’occasion des élections. Sous le régime de la Charia, seul un président peut-être sanctionné par les unes, jamais le guide suprême qui est le véritable dirigeant. c’est bien légitime : ce dernier tire sa légitimité directement de Dieu. Et personne ne saurait contester la parole de Dieu.

La justice, elle-aussi, est réglée par le Coran. Elle intervient comme un instrument supplémentaire au service du guide.

La presse, dans un régime islamiste ne peut, sous peine de blasphème, critiquer le guide. Car cela reviendrait, encore une fois, à critiquer Dieu.

L’Islam est-il compatible avec la démocratie ?

La séparation de l’église et de l’état (ou du spirituel et du temporel)

Cette notion, chère au petit Père Combes, semble négligée en terre d’islam. La charia est là pour régler la vie de chacun dans ses moindres détails. Elle organise le quotidien, te temporel, mais aussi la justice. Il n’y a pas, bien évidemment, de séparation.

On pourrait ainsi continuer longtemps pour douter de l’évidence de monsieur SAPIN. Mais je laisserais le mot de la fin à la cour européenne des droits de l’homme qui, dans son arrêt du 13 juillet 2001, avançait quelques arguments intéressants. Cet arrêté a été pris suite à l’initiative du gouvernement turc visant à dissoudre un parti qui prônait la charia (REFAH).

La cour a rappelé que la Charia :

  • trouve ses origines dans l’histoire de l’Islam en tant que régime politique et s’oppose au sentiment d’appartenance à une nation ayant une unité législative et judiciaire ;
  • est l’antithèse de la démocratie, dans la mesure où elle s’appuie sur des dogmes et, par conséquence, va à l’encontre de :
    • la suprématie de la raison ;
    • des conceptions de la liberté ;
    • de l’indépendance ;
    • des progrès des Lumières permis par les sciences ;
  • est d’inspiration divine et qu’elle donc immuable ;
  • est étrangère aux principes tels que le pluralisme politique ou la nécessaire évolution des libertés publiques.

La cour a également précisé que :

  • les références explicites à l’instauration de la Charia sont difficilement compatibles avec les principes fondamentaux de la démocratie, tels qu’ils résultent de la Convention, comprise comme un tout ;
  • Il est difficile à la fois de se déclarer respectueux de la démocratie et des droits de l’homme et de soutenir un régime fondé sur la Charia, qui se démarque nettement des valeurs de la Convention, notamment eu égard :
    • à ses règles de droit pénal et de procédure pénale ;
    • à la place qu’il réserve aux femmes dans l’ordre juridique ;
    • et à son intervention dans tous les domaines de la vie privée et publique conformément aux normes religieuses ;
  • la notion de djihad, qui se définit, dans son sens premier, comme la guerre sainte et la lutte à mener jusqu’à la domination totale de la religion musulmane dans la société ;
  • […].

Extraits de l’arrêt du 13 février 2003 de la cour européenne des droits de l’homme

La cour rappelle que :

  • la liberté de pensée, de conscience et de religion représente l’une des assises d’une « société démocratique » au sens de la Convention. Cette liberté figure, dans sa dimension religieuse, parmi les éléments les plus essentiels de l’identité des croyants et de leur conception de la vie, mais elle est aussi un bien précieux pour les athées, les agnostiques, les sceptiques ou les indifférents ;
  • il y va du pluralisme – chèrement conquis au cours des siècles – qui ne saurait être dissocié de pareille société. Cette liberté implique, notamment, celle d’adhérer ou non à une religion et celle de la pratiquer ou de ne pas la pratiquer ;
  • par ailleurs, dans une société démocratique, où plusieurs religions coexistent au sein d’une même population, il peut se révéler nécessaire d’assortir la liberté en question de limitations propres à concilier les intérêts des divers groupes et à assurer le respect des convictions de chacun ;
  • dans une démocratie, l’État peut limiter la liberté de manifester une religion, par exemple le port du foulard islamique, si l’usage de cette liberté nuit à l’objectif visé de protection des droits et libertés d’autrui, de l’ordre et de la sécurité publique ;
  • un parti politique, dont les responsables incitent à recourir à la violence ou proposent un projet politique qui ne respecte pas la démocratie ou qui vise la destruction de celle-ci ainsi que la méconnaissance des droits et libertés qu’elle reconnaît, ne peut se prévaloir de la protection de la Convention contre les sanctions infligées pour ces motifs ;
  • Nul ne doit être autorisé à se prévaloir des dispositions de la Convention pour affaiblir ou détruire les idéaux et valeurs d’une société démocratique ;
  • Dans ce contexte, la Cour considère qu’il n’est pas du tout improbable que des mouvements totalitaires, organisés sous la forme de partis politiques, mettent fin à la démocratie, après avoir prospéré sous le régime démocratique. L’histoire européenne contemporaine en connaît des exemples.
  • A lire aussi sur MEDIA PART
L'Islam est-il compatible avec la démocratie ?

Publicités

Joindre la conversation 1 commentaire

  1. Ben Laden a réalisé qu’il était dans la continuité de toute l’histoire musulmane (Sunna): lorsqu’un musulman se lève et défie tous les autres de prouver leur pureté islamique en imitant le Prophète (Sira). En fait, dénier son caractère musulman ne faisait que renforcer son emprise sur l’islam et donc affaiblissait les musulmans censés le rénover. Car en opposant islam et islamisme, islam et Ben LADEN, les penseurs occidentaux, ou pensant en son giron protecteur tel l’actuel représentant de l’UOIF, ne permettaient pas qu’il puisse être admis que LADEN représentait en réalité le « vieil » islam (authentique) et qu’il en existait un autre, mûri au contact de la démocratie née en Occident et désireux d’accomplir son Vatican II, sa Réforme, etc, toutes proportions gardées etc… Il est en tout cas intéressant d’observer comment un certain nombre d’ »experts » se sont trompés en croyant au recul de « l’islam radical » alors que celui-ci progresse non pas dans la seule violence mais surtout désormais dans la demande pressante d’appliquer sa Constitution, sa loi fondamentale, à commencer par le port du voile : LADEN ne s’y trompait pas en dénonçant cette « injustice » que serait la loi anti-burqa et ce au nom de la « Nation islamique »… Nous sommes en train de payer cette erreur stratégique. Et ce n’est que le début.

    J'aime

    Réponse

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

CATÉGORIE

Laicité

Mots-clefs

, ,