La lumière du père de la morale britannique Jérémy BENTHAM (1748-1832) nous permet d’éclairer les jugements que nous portons respectivement sur nos élites d’un côté et de l’autre de la manche (et de l’Atlantique).

La lumière du père de la morale britannique Jérémy BENTHAM (1748-1832) nous permet d’éclairer les jugements que nous portons respectivement sur nos élites d’un côté et de l’autre de la manche (et de l’Atlantique).

En effet. Qu’elles sont les raisons qui font qu’en France, un individu qui réussit est, au mieux jalousé, au pire haït ? Qui oserait écrire, dans notre beau pays, la biographie enchantée de monsieur DASSAULT ou de monsieur LECLERC ?

Parallèlement, qu’elles sont les raisons qui font que, de l’autre côte de la Manche, le même individu est vénéré ? Pour quelles raisons ne compte-t-on plus les biographies élogieuses de chefs d’entreprises, à commencer par celle de JOBS, réputé pourtant pour être un patron très dur ? Pourquoi une telle différence ? Pourquoi hésitons-nous, en France, à divulguer notre salaire sur la place publique alors que cela ne pose aucun problème en Angleterre ? De peur d’être mal considéré ? L’explication, je l’ai trouvée au tournant du XVIème siècle et du XVIIème siècle, quelque part entre Londres et Berlin.

En France (la morale kantienne)

La morale française est héritière des Lumières. Nous mettons deux principes au-dessus de tout : la liberté et l’égalité (même si Saint-Just voyait le bonheur comme une idée neuve en Europe). Le bonheur est au mieux une conséquence de ces impératifs, mais pas un fil conducteur de la politique. La morale s’inspire de la philosophie kantienne qui considère qu’une action est bonne si, et seulement si, elle est « désintéressée ». En d’autres termes, si mon vendeur de légumes me fait des grands sourires, c’est parce qu’il est intéressé par mes achats potentiels. Son sourire n’est pas moral, même s’il m’est agréable. Si je donne deux francs et six sous aux Restos-du-Cœur parce que cela fait souffrir ma conscience de voir les gens dans la misère, au sens kantien du terme, mon don n’est pas moral. Je cherche seulement à m’éviter des peines. De même, le chef d’entreprise qui fait prospérer son usine, le fait par goût du pouvoir et des richesses. Son action n’est pas morale. Que reste-t-il alors ? Pas grand-chose. Car (voir l’article sur Helvétius) toute action humaine est plus ou moins intéressée.

En Angleterre (la morale utilitariste)

La morale anglaise est tout autre. Elle prend naissance à peu près à la même époque sous la plume de Jérémy BENTHAM . Que dit-il ? Il part du constat suivant : l’homme est intéressé au bonheur. Il est ainsi constitué. C’est un postulat, un fondement de son être. Il cherche constamment le plaisir et fuit les peines, les douleurs, les souffrances. Il faut faire avec. Construire une société qui respecte en premier cette nature humaine. Ce postulat conduit BENTHAM a posé les bases de sa morale : une action est dite « bonne », si elle respecte la nature humaine, c’est-à-dire, si « elle apporte au plus grand nombre un maximum de bonheur ». L’utilitarisme était né. On ne jugera plus la moralité d’une action qu’à partir de ses effets (conséquentialisme), en particulier sur la quantité de bonheur produite. Le plaisir est pour BENTHAM le but de la morale. Les idéaux français de l’époque, la liberté ou l’égalité, sont mis de côté. La morale désintéressée de Kant est également jetée aux orties.

Ainsi, ce n’est pas parce qu’une action est intéressée (je donne aux restos du cœur pour soulager ma conscience) qu’elle est qualifiée de mauvaise. Au contraire. Si elle permet un repas supplémentaire, peu importe ses motivations, elle est morale. De même, lorsqu’un chef d’entreprise réussit, il est regardé comme un modèle, un exemple, car il entraîne dans sa spirale de la réussite ses ouvriers qui à leur tour s’enrichissent. Et peu importe, si le chef d’entreprise en question est grassement payé. L’essentiel est d’augmenter la quantité totale de bonheur. À noter que les effets d’une action sont calculés, au sens comptable du terme, qu’à la toute fin : il se peut que certains soient affectés par l’action. Mai peu importe. Si le petit malheur des uns est compensé par le gros bonheur des autres, l’action reste morale. Et quel modèle permet de conjuguer l’intérêt personnel et le bonheur du plus grand nombre ? Bien entendu le libéralisme. Voilà pourquoi c’est en Angleterre qu’il est né.

La philosophie anglo-saxonne

Conclusion

Maintenant nous comprenons mieux le jugement

  • toujours négatif que nous portons en France sur nos élites, forcément intéressées ;
  • le plus souvent positifs, que nos amis anglo-saxons portent sur leurs champions (Bill GATES, Steeve JOBS, Larry PAGE), qui améliorent le quotidien de chacun.
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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. […]  » La morale n’est rien de plus que la régularisation de l’égoïsme. » Jérémy BENTHAM […]

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  2. […] son intérêt particulier, comme l’ont montré les utilitaristes anglais du XVIIIème comme Bentham ou Smith, ou même Helvétius en France, l’homme doit être intéressé à respecter cette Loi […]

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Les Anglo-Saxons, Philosophie

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