Avant Adam Smith. Au XVIème siècle, chacun pensait que la richesse d’une nation dépendait de la quantité d’argent qu’elle enfermait dans ses coffres.

C’est ce que l’on appelait le mercantilisme. En France, Colbert (1619-1683) mit en œuvre ce grand principe à grande échelle en subventionnant les exportations, en taxant les importations et en normalisant les produits fabriqués, pour améliorer leur qualité. Pourtant, la France, avec une population trois fois supérieure à celle de l’Angleterre, collectait à peine plus d’argent que sa voisine d’outre-manche. On commença à s’interroger sur le bien-fondé du Colbertisme. Était-ce si important de stocker l’argent dans les coffres ? Ne valait-il pas mieux le faire circuler pour faire vivre l’économie, à la manière du sang les artères d’un organisme ? Et, dans cet objectif, ne fallait-il pas supprimer tous les obstacles à cette circulation pour éviter les congestions ? Ne fallait-il pas supprimer les règles, les normes, lois, les droits de douane qui entravent l’initiative ? En d’autres-termes, ne fallait-il pas « laisser-faire » ?

 1776 Londres. Smith reprend cette idée et en fait le thème central de sa « Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations ». Il démontre que, dans un marché libre, le commerce s’organise de lui-même et de façon plus efficace que dans un État trop administré et planificateur. L’offre se cale naturellement sur la demande, les prix tendent vers un prix juste, la richesse de la Nation augmente et sa cohésion s’améliore. Pourtant, pour Smith, la société n’est qu’une collection d’individus gouvernés par l’intérêt personnel ! Comment l’intérêt personnel peut-il faire une société prospère et cohérente ? Telle est la question que Smith se pose.

 

L’intérêt personnel au service (involontaire) de l’intérêt général

Le développement du commerce ne trouve pas son origine dans la philanthropie, ni dans l’amour pour son prochain, ni dans la bienveillance : ainsi le boulanger ne vise pas le bien de l’humanité lorsqu’il cuit son pain. Il ne cherche qu’à remplir son tiroir-caisse pour améliorer ses propres conditions de vie. Indirectement, involontairement, il nourrit aussi l’humanité. Très tôt dans l’histoire de l’humanité, l’individu s’est rendu compte de l’intérêt qu’il pouvait tirer d’une collaboration intelligente avec ses semblables : je suis un paysan ; je ne sais pas faire du pain ; mais je sais cultiver la terre et produire des choux. Je peux donc échanger, à mon avantage, des choux contre le pain du boulanger. J’ai nourri mon intérêt personnel : je mange du pain chaque soir, tout en remplissant (même si ce n’était pas mon objectif premier qui était de manger du pain) la marmite de mon voisin boulanger. Voilà comment l’intérêt personnel se met involontairement au service de l’intérêt général.

La division du travail

Smith se fait l’avocat de la division du travail qui améliore l’efficacité, bien qu’elle produise des effets secondaires sur les individus peu enviables : cantonner dans leur spécialité, ils finissent par s’abrutir. D’où Smith déduit la nécessité d’une éducation.

Le prix naturel d’un produit

L’idée est donc de faciliter les échanges, de fluidifier le mouvement des biens et des capitaux. Se pose alors la question de la méthode. En effet, comment déterminer la valeur d’un pain ou d’un chou ? Smith répond à cette question en affirmant que c’est la quantité de travail nécessaire à leur fabrication qui fait la valeur d’une marchandise ou, en termes modernes, les coûts de production. Smith distingue trois facteurs de coûts de production, associés à trois acteurs :

  1. le salaire, versé à l’ouvrier (en échange de la location de ses capacités de travail) ;
  2. le profit, versé au capitaliste (qui risque son capital en le mettant à la disposition des forces productives) ;
  3. la rente foncière versée au propriétaire du foncier (qui loue ses bien immobiliers) ;

Le prix de référence ou « naturel » auquel est vendue une marchandise doit permettre la rémunération des trois acteurs. Ce prix est soumis aux fluctuations de l’offre et de la demande. Mais la libre concurrence ramène inlassablement ce prix autour de sa moyenne naturelle : Si le bien est vendu trop cher, le producteur perd des clients ; s’il ne les vend pas assez cher, il ne peut rémunérer ses trois acteurs.

Le salaire de l’ouvrier

L’entrepreneur va chercher toujours à ajuster le salaire de manière à juste-garantir la survie et la reproduction de l’ouvrier. L’ouvrier va chercher bien entendu l’inverse. En période de plein-emploi, la force de travail se faisant rare, l’ouvrier est en positon plus favorable pour demander une augmentation des salaires. Le salaire de l’ouvrier s’ajuste donc à la demande. Et c’est bon pour la société, car « Aucune société ne peut prospérer et être heureuse, si la plus grande partie des travailleurs est pauvre et misérable ! »

Équilibre naturel entre l’offre et de la demande

L’offre et la demande tendent à s’équilibrer naturellement : si tous les consommateurs se précipitent sur le pain en délaissant les choux, le boulanger voit ses profits augmenter et va embaucher pour répondre à la demande. À l’inverse, le paysan va licencier. Avec ces nouveaux ouvriers, le boulanger va produire plus de pains. Parallèlement, moins de choux seront produits. L’offre s’équilibre à la demande et ce sans « planification » (contrairement à ce que Marx dira plus tard).

Les ennemis

L’État ne doit donc surtout pas intervenir. Les prix se règlent naturellement ainsi que l’équilibre entre l’offre et la demande. Pour éviter que la machine ne se grippe, il faut prendre gare :

  • aux monopoles (car les prix sont alors fixés par les seuls producteurs) ;
  • l’entente entre producteurs pour fixer artificiellement des prix élevés ;
  • l’attribution d’aides de l’État qui provoquent des afflux artificiels de travailleurs dans un secteur et remet en cause l’équilibre entre l’offre et la demande.

Trois classes

Ces trois classes correspondent aux trois acteurs susmentionnés :

  1. les ouvriers (ou les agriculteurs dans l’exemple de Smith) ;
  2. les capitalistes (qui mettent à disposition du capital pour en tirer profit) ;
  3. les propriétaires (qui font fructifier leur foncier)

Smith se méfie surtout de la seconde dont l’intérêt personnel peut s’éloigner de l’intérêt général, car elle vise, en tout temps, le monopole pour maximiser ses profits ; elle pousse l’État à fixer des lois pour protéger leurs intérêts.

Or ou papier-monnaie ?

Smith plébiscite le papier-monnaie, en lieu et place de la monnaie exprimée sous forme de matières précieuses, comme les Louis d’or par exemple. En effet, la valeur d’une monnaie réside dans sa capacité à être échangée contre des biens et non dans la matière qui la constitue.

Y a-t-il des limites au « laisser-faire » ?

Smith identifie la nécessité de mettre des limites au « laisser-faire ». Il préconise notamment de limiter les taux d’intérêt pour ne pas pénaliser les emprunteurs et éviter que les investisseurs ne prennent trop de risques. Il préconise également de taxer l’alcool. Il préconise aussi une loi pour interdire les monopoles et la fixation d’un salaire minimum.

Le commerce international

Il propose une libéralisation du commerce international pour ne pas restreindre l’étendue des marchés disponibles et augmenter la circulation des biens et des capitaux. Il s’oppose ainsi au droit de douane (contrairement à Colbert) qui vise à protéger un métier mais qui, en fait, réduisent les potentiels d’un pays.

La « main invisible »

Sans vouloir consciemment servir l’intérêt général, en cherchant seulement à servir son intérêt particulier, l’individu améliore aussi la richesse du pays. « Une main invisible » semble le guider à son insu, une main que le pousse à être efficace pour son affaire et qui génère de la richesse pour tous.

Le souverain

Pour Smith, l’attitude du souverain est l’exemple de ce qu’il ne faut pas faire (en économie). Son château est un repère d’improductifs qui consomment du capital. Smith cherche donc à redéfinir sa fonction en la limitant à :

  1. la prévention de la violence (interne ou externe) ;
  2. la justice (notamment pour ce qui concerne le partage de la propriété) ;
  3. le développement des services publics nécessaires au commerce, notamment l’éducation et les infrastructures, ces dernières étant divisées en :
  • rentables (exemple une autoroute avec péage)
  • non-rentables, qu’il faut financer par un impôt sur le revenu.

Smith, visionnaire, met en garde les Grandes Nations de son époque qui financent, notamment les guerres, par la dette publique. Il y voit à la longue une marche vers la paralysie puis la ruine.

Étonnamment moderne !

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  1. C parfait ce site

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  2. […] particulier, comme l’ont montré les utilitaristes anglais du XVIIIème comme Bentham ou Smith, ou même Helvétius en France, l’homme doit être intéressé à respecter cette Loi […]

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  3. […] et le créancier que ce dernier produirait suffisamment de richesses pour rembourser sa dette. Adam Smith apporta sa vision révolutionnaire : l’argent qui n’est pas utile à l’entrepreneur pour lui […]

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Economie, Les Anglo-Saxons, Philosophie, Société

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