cellule-bacterienne-630x444Quel est le sens de la vie ? Qui, un jour, ne s’est pas posé cette terrible question ? Beaucoup ont trouvé la réponse entre les pages du Livre, une réponse naïve, mais rassurante, une réponse d’ailleurs qui n’en n’est pas vraiment une.

Quel est le sens de la vie ?

Qui, un jour, ne s’est pas posé cette terrible question ? Beaucoup ont trouvé la réponse entre les pages du Livre, une réponse naïve, mais rassurante, une réponse d’ailleurs qui n’en n’est pas vraiment une.

C’est en observant une vache dans un pré que la question a, pour la première fois, heurté mes certitudes : un ruminant hagard, la bouche plein de blé, me dévisageait de ses yeux sans expression. Quel pouvait bien être le projet dans cet animal mâchouillant, cet être à quatre pattes doté d’autant d’émotions qu’un automate, d’esprit d’initiative que le cèdre qui lui faisait de l’ombre ? La vache ruminait, c’était tout. Elle ruminait parce qu’elle était une vache.

Je me dis alors pour me rassurer qu’elle donnerait la vie à un veau. Voilà un beau projet ! Mais ce veau, à son tour, ruminerait, au même endroit, sous le même cèdre et ce, jusqu’à la nuit des temps, ou plutôt jusqu’à que la terre éclate. Toute cette chaîne de millions de vaches inconscientes aura traversé les âges avant de disparaître, sans laisser de traces. Pourquoi ? Dans quel but ?

En effet, à quoi bon ruminer ? Quel mystérieux projet la nature (ou le Dieu de Spinoza) poursuit-elle ? La vache serait peut-être un moyen de nourrir l’homme ? Peut-être. Mais alors, la question se pose inévitablement l’homme.

Plus je la regardais, plus la question tournait dans ma tête. Et puis un mâle de la plus belle espèce s’est présenté au milieu du troupeau. Il a écarté quelques concurrents imprudents et a jeté son dévolu sur ma belle à moitié endormie. Au moins, me suis dis-je, le taureau a un projet ! Son membre impressionnant, qui trahissait ses intentions, était là pour en témoigner ! En plus, il avait choisi la plus dodue ! Mais pas par hasard… Son affaire achevée, il s’en alla brouter lui-aussi, me laissant avec mes questions. Manger, dormir, se reproduire… Voilà de quoi était constitué la vie d’une vache.

Sur les conseils d’un ami, à qui je racontais mes rêveries champêtres, je me suis précipité sur l’œuvre de Richard Dawkins et, plus particulièrement, sur « Le Gêne Égoïste ». J’y trouverai, m’avait-il dit, les réponses que j’attendais. Et en effet… Malgré la poussière (l’édition datait de 1976), le livre fut pour moi une révélation. Richard Dawkins, généticien de profession, y présentait une vision tout à fait originale des organismes vivants, loin de ce que l’on entend habituellement. Nous ne serions (ma vache y compris) que des machines à reproduire des molécules, en l’occurrence l’ADN.

« Nous sommes des machines dont la seule mission est de garantir la survie de nos gènes, des robots programmés de façon aveugle . »

Toutes les balivernes du type : « le but de la vie, c’est d’avoir du plaisir, de voyager, de manger un bon steak, de mériter le paradis, de faire le bien autour de soi… » étaient jetées aux orties philosophiques.

Car nous ne serions pas une fin mais un moyen. Tout a commencé il y a plusieurs milliards d’années, lorsque les premiers organismes vivants sont apparus. Je conseille d’ailleurs la lecture de « L’aventure du vivant » de Joël de ROSNAY. Dans ce livre, sont définies les trois fonctions qui caractérisent le vivant :

  1. l’auto-conservation ou la possibilité de se maintenir en vie par la nutrition, l’assimilation et des réactions énergétiques ;
  2. l’auto-reproduction ou la possibilité de propager la vie grâce à la reproduction ;
  3. l’auto-régulation ou la possibilité de se gérer soi-même par la coordination de l’ensemble des réactions.

Joël de ROSNAY n’explique pas comment sous sommes passés des molécules inertes (du méthane, de l’eau, du gaz carbonique, de l’ammoniac…) à la matière vivante. On sait toutefois que les premières briques du vivant (acides aminés) ont pu apparaître à partir d’une « soupe primitive » comprenant ces éléments de bases des acides aminés. Il montre seulement que le mécanisme de reproduction s’est enclenché naturellement par « affinité chimique ». Tout a été inconscient, bien entendu. Certaines molécules, plus stables chimiquement que d’autres, se sont reproduites plus vite. Inconsciemment, sans y réfléchir, sans projet pré-établi, elles ont colonisé les milieux. Si un observateur avait regardé ce qui se passait dans l’œil de son microscope, il aurait vu un combat sans pitié et l’expansion inéluctable d’une espèce de molécules sur une autre. Il aurait peut-être déduit une volonté consciente de conquête du milieu environnant. Il se serait trompé.

Les molécules se sont transformées, au hasard des erreurs de duplication :

  • se sont perfectionnées (en formant par exemple une barrière chimique, qui les a protégées du milieu extérieur ;
  • ou au contraire se sont affaiblies avant de disparaître.La première barrière chimique a évolué pour devenir la membrane plasmique, qui a permis ensuite l’ébauche des premières cellules, véritables usines (dans les ribosomes) à dupliquer les protéines.

D’après Richard DAWKINS, nous ne serions donc que les héritiers, les lointains descendants de ces réplicateurs inconscients. Ce modèle colle en effet parfaitement avec ma vache. Toute sa vie semble organisée autour d’un objectif : assurer sa meilleure reproduction ; un veau en pleine santé. Son code génétique, sa chaîne d’acides aminés, passe ainsi d’un respectable au suivant.

Richard DAWKINS propose la métaphore d’un jeu d’échecs électronique : l’ordinateur semble viser un objectif : le mat. Un martien qui débarquerait jurerait voir jouer un être conscient et libre, car capable de s’adapter aux situations imprévues. Pourtant, les coups successifs sont déduits du logiciel, écrit une fois pour toutes par un programmateur. Une fois la partie commencée, le programmateur n’intervient plus. Mais l’ordinateur n’est pas pour autant libre et encore moins conscient.

Le modèle DAWKINS est-il valable pour l’homme ? Ne sommes nous que des réceptacles à gènes, préprogrammés pour leur reproduction ? Sommes-nous les héritiers du logiciel de l’homo sapiens (celui qui pense). Et, allons plus-loin, les héritiers de ses ancêtres, les premiers organismes vivants, les premières molécules ? Sommes-nous libres ? Libres de nous écarter du logiciel ? Rousseau avait déjà montré comment le chat ou le pigeon en était incapable, se laissant mourir de faim près d’un bol de victuailles que leur logiciel refusait d’essayer (les grains pour le chat et la viande pour le pigeon).

Cela nous plaît de nous croire « libres ». Cela nous plaît, car nous avons une haute idée de l’homme. Comment pourrions-nous accepter d’être de simples outils, au même titre qu’un marteau accepte d’exister dans l’unique objectif de planter un clou ou un coupe-papier dans l’objectif de couper du papier ? Sartre, dans « l’existence précède l’essence » ne l’a pas accepté.

J’irai pourtant dans ce sens. J’explique ainsi l’appétit inconscient des hommes pour les femmes belles et voluptueuses, promesses de bonne santé, et donc de descendants performants. Réciproquement j’explique la manie du maquillage chez la femme, de l’apparence, miroir aux alouettes pour attirer le plus beau mâle, promesse d’une vigoureuse descendance. J’explique, chez l’homme, le culte du corps (pas pour couper du bois), car l’image de la force physique envoie chez la femme une impression de sécurité, sécurité vitale dans le contexte de la maternité.

L’amour ne dure que trois ans. Ce n’est pas par hasard. Remontons encore le temps, à l’époque de notre ancêtre Homo Habilis. Trois ans était la durée nécessaire à l’enfant pour marcher et pour commencer à se débrouiller seul, un instant au moins. Avant ces trois ans, la mère ne pouvait quitter le foyer. Sa survie dépendait entièrement de son conjoint parti chasser. Après ces trois ans, le conjoint, qui a l’assurance de la survie de sa descendance, a donc intérêt (Voir l’article sur Jérémy BENTHAM) à convoler vers d’autres noces pour multiplier les possibilités de reproduction de ses gènes. L’amour (artifice del nature) cesse donc naturellement. Vous comprenez maintenant mieux la fréquence des divorces, des affaires extra-conjugales. Les époux ne font que subir la nature. Rien de plus. L’amour n’est qu’un truc de l’espèce.

Le plaisir, l’orgasme sont d’autres petits trucs de la nature pour nous rapprocher les uns-des-autres. Nous avons l’impression d’être libres. Nous sommes persuadés que nous cherchons volontairement le désir, alors que tout est subi, que nous sommes tirés par le bout du nez par une force inconsciente qui nous manipule.

Mais alors, me direz-vous, pourquoi l’homosexualité ? Pourquoi le suicide ? Pourquoi l’abus d’alcool qui sont autant de gestes qui vont à l’encontre de la volonté de perdurer ? Je vois deux types de réponse : la réponse de Darwin fondée sur l’erreur dans la copie qui perturbe le programme original. Et puis la réponse sartrienne qui veut que nous gardons, malgré tout, une parcelle de liberté.

Il n’y a donc aucun sens à la vie. Nous ne sommes que des véhicules, des machines à accueillir et reproduire des gènes.

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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. Concernant le sens de la vie nous pouvons également écouter Hubert REEVES qui écrit en conclusion de son livre "la première seconde", mélangeant avec bonheur, poésie et lucidité : "Ce repas convivial prenait sa place comme un moment béni de l’histoire de l’univers. Il allait bientôt se terminer comme la vie de chacun d’entre nous, comme le soleil, comme les étoiles, comme peut-être l’univers lui même. Pourtant, de tels instants ne suffisent-ils pas à justifier l’aventure du cosmos ? La sagesse ne serait-il pas de nous en convaincre ?" A bientôt Joël

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  2. Effectivement.On voit bien que les religions sont faites (et ont été construites) pour proposer une réponse aux angoisses existentielles ! C’est trop beau. elles promettent de résoudre tout ce qui nous fait peur, la mort, la perte des êtres chers…

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