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Trois heures ! Je me suis d’abord dit que ça allait être très long. Trop long. Un film de fille, en quelque sorte. J’en avais tellement entendu parler que je me sentais à l’abri des surprises. Et puis la lumière s’est éteinte autour de mes amis curistes aux cheveux grisonnant et aux genoux en plastique (j’ai vu ce film au VICTORIA d’Aix-les-Bains)…

Trois heures plus tard, je regrettai que le générique de fin défilât déjà sur l’écran. La salle se vidait dans un silence de mort. Il était évident que ce film-là ne laissait pas indifférent. Les premiers superlatifs commencèrent à arriver jusqu’à mes oreilles. On oscillait dans les travées encombrées de boites de pop-corn entre « chef-d’œuvre » et « navet ».

Je classai ce film sans hésiter dans la première catégorie. Merci Abdellatif.

« Une histoire d’amour universelle », a-t-il dit à Cannes. En effet, j’avais presque oublié qu’il s’agissait d’amours homosexuels. Les quelques scènes militantes (l’incompréhension des copines lycéennes ou le défilé de la gay-pride par exemple) semblent anecdotiques.

La jeune actrice qui joue Adèle, souvent filmée en très gros plan, est à pleurer de vérité. C’est une fille comme on en connaît tous, loin du cliché homosexuel, une adolescente un peu timide plongée dans ses années lycées peintes sans caricature. Du « parler-jeune », mais (si j’en crois ma fille) du « parler-vrai »… Adèle, semble-t-il, ne se connaît pas encore. Tiraillée entre la norme hétérosexuelle et des pulsions nouvelles, déstabilisantes, elle erre, malheureuse, entre des copines sans complaisance, intrusives, et des petits copains sans effet sur son conflit intérieur. Car il y a conflit. Conflit, refoulement, intériorisation des pulsions et, bien évidemment, douleur (on dirait du FREUD !). Le baiser furtif d’une amie ambiguë lui révélera la vérité enfermée dans son être.

Et puis, il y aura la rencontre avec Emma (jouée par Léa SEYDOUX). Lesbienne assumée, expérimentée, elle deviendra vite son amie, puis son amante. Adèle défait son chignon, probablement l’image du conflit résolu. Elle s’assume, commence enfin à vivre. À vivre vraiment. Emma est une artiste. Elle cite de grands auteurs, comme Sartre, dont elle fait son maître à penser (j’ai à ce sujet une difficulté : dans le livre cité par Emma – l’existentialisme est-il un humanisme ? – Sartre précise que l’on vient au monde le cerveau vierge, sans prédestination, et que l’on construit ensuite librement son être… Or Emma et Adèle semblent être l’illustration inverse : les pulsions, notamment chez Adèle, sont là, et bien là, dans leur être intime ; elles ne les ont pas construites. Mais passons.)

En choisissant deux milieux sociaux très différents, Abdellatif a-t-il voulu montrer comment la lutte des classes (sociales) pouvait perturber la vie d’un couple ? Adèle vient d’un milieu simple du vieux Lille. On y mange des spaghettis à la Bolognaise en écoutant les interminables interrogatoires de Julien LEPERSE. La tomate coule sur les serviettes et la bouche reste ouverte en mangeant. On échange peu. On considère que l’art n’est pas vraiment un métier. Chez Emma, c’est tout le contraire. On mange des huitres et on boit du bon vin. on est raffiné. On parle de culture, d’avenir. On glorifie les peintres et la tolérance. Ce sera plus ce choc entre les deux milieux sociaux (Adèle se sentant à l’écart du milieu artistique de sa compagne) qui sera a l’origine de la rupture entre les deux femmes, plutôt que des questions portant sur l’homosexualité.

Et puis, il y a les scènes d’amour. Tellement réalistes, que je fus au début un peu gêné. J’étais dans la chambre des amantes, sous les draps. J’entendais les mains glisser sur les chairs, les soupirs, les orgasmes. Je me disais que ces deux-là s’aimaient vraiment, qu’elles formaient, dans la vie un couple, un vrai. Abdellatif filme de manière très crue, sans musique, sans doute pour immerger le spectateur dans le spectacle des chairs en fusion. Et toujours ces gros-plans qui captent la moindre émotion, le moindre rictus du visage, avec une caméra qui semble se complaire à s’attarder sur les formes… J’ai trouvé ça tellement beau.

À tel point que lorsque la rupture survint, j’en fus malade. Cela ne pouvait se terminer ainsi. Adèle ne pouvait vivre sans Emma, même avec la promesse faite, quelques mois après la rupture, dans un bar branché, d’une tendresse éternelle. Jusqu’au bout, Adèle fera « comme-si », continuera à vire sans espoir d’effacer Emma de sa mémoire, avec sa déchirure à nouveau ouverte.

Je conseille ce film à tous (à l’exception toutefois de plus jeunes). Je le conseille notamment aux opposants au mariage gay. Ils comprendront enfin (si c’est possible) à quel point ils se sont trompés.

Dernière minute : je conseille aussi de retourner à l’œuvre originale : Le bleu est une couleur chaude !

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  1. beau film en effet

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cinéma, Société

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