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Arendt

Cette œuvre semble répondre à Mein Kampf, tant les thèmes abordés (colonialismes, pangermanisme, État-nation, capitalisme, racisme,…) se rejoignent. Hannah Arendt les utilise pour expliquer comment le totalitarisme a naître en Europe.


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Et aussi le crépuscule des idéaux : la référence sur l’origine du nazisme.


1. L’antisémitisme moderne

Pour Arendt, l’antisémitisme moderne, né au XIXème siècle, ne s’explique pas par des considérations d’ordre religieux. Il se distingue donc de l’antisémitisme historique. Il coïncide avec l’effondrement des États-nations : dès le XVIIème siècle, en effet, les Juifs avaient intégré les cours européennes, en tant que financiers des princes (les bourgeois préférant l’investissement privé plus lucratif). Ils avaient acquis une grande influence politique. Avec la révolution française et la naissance du capitalisme, la bourgeoise, nouvelle détentrice du pouvoir politique, se lance, pour des motifs économiques, dans le colonialisme. Les Juifs, perdant progressivement tout pouvoir politique mais conservant leurs richesses, vont devenir alors l’objet d’une haine grandissante (Tocqueville avait mis en évidence un mécanisme identique dans l’Ancien Régime et la Révolution à propos de la haine des aristocrates par la bourgeoise).

2. Le totalitarisme (stalinisme et nazisme)

L’origine du totalitarisme s’explique, pour l’auteure, par la désintégration de « l’État-Nation ».

Comme le fait Hitler dans Mein Kampf, Hannah Arendt retrace l’histoire du colonialisme, qu’elle explique par des intérêts purement économiques (recherche de matières premières, de mains-d’œuvre et de nouveaux débouchés). L’État-nation a débordé de ses frontières naturelles et s’est mis en danger en repoussant au second plan la défense des intérêts vitaux de l’État-Nation. Hitler a fait la même analyse en invitant la nation allemande à se recentrer sur la mère-Patrie. L’administration des colonies a nécessité la création de nouveaux corps d’État, dotés de fonctionnaires aux missions très particulières, dont l’objectif fut d’asseoir le pouvoir, le cas échéant ,en utilisant la force. Les droits de l’homme devinrent sélectifs.

Les discours de Jules FERRY à l’assemblée nationale en 1885 illustrent parfaitement cet état d’esprit :

  1. justification du colonialisme : « Sur le terrain économique, je me suis permis de placer devant vous, en les appuyant de quelques chiffres, les considérations qui justifient la politique d’expansion coloniale au point de vue de ce besoin de plus en plus impérieusement senti par les populations industrielles de l’Europe et particulièrement de notre riche et laborieux pays de France, le besoin de débouchés ;
  2. justification du racisme : « Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures […][Remous sur plusieurs bancs à l’extrême gauche] parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont un devoir de civiliser les races inférieures.[…] »

Hannah Arendt pense que c’est la volonté d’expansion de certains États à l’intérieur des frontières de l’Europe qui est le véritable germe des totalitarismes. Elle cite notamment la slavisme et, bien sûr, le pangermanisme (tous les Allemands), né en réaction à la révolution française ; l’idée étant de regrouper sous domination allemande tous les peuples d’origine germanique (dont les Anglais, les Autrichiens, les Tchèques des Sudètes, mais aussi les Alsaciens et les Lorrains). Mélangé aux idées raciales, notamment de Gobineau et de Chamberlain, le pangermanisme évoluera en racisme. La supériorité de la race allemande ainsi théorisée pourra justifier on droit à l’expansion aux dépens des peuples inférieurs. Le pangermanisme fera également sortir l’État-Nation de ses frontières en privilégiant le peuple par rapport pays. Les minorités deviennent alors apatrides, sans droit.

La masse

Le totalitarisme va plus loin que la simple suppression des libertés. La notion de masse y est essentielle. Il s’agit d’une foule désemparée, d’individus désillusionnés par les partis traditionnels ou les syndicats, désorientés, isolés les uns des autres, sans cohérence ni culture politique. Les crises économiques sont des terreaux fertiles au développement de ces masses. Ils sont à l’affût de nouveaux repères, un chemin à suivre, le message clair d’un guide.

  • La loi

La loi émane du chef et de lui-seul. Elle ne vise plus à protéger la société, à organsiner la vie des citoyens en vue de prévenir la violence des uns envers les autres (comme dans Le contrat social de Rousseau). Elle vise à transcrire dans des textes les principes de la sélection naturelle des espèces, le droit du plus fort (des Aryens dans le cas de Hitler)

  • Un État qui se confond avec son guide

L’État reste en place. Mais il est au service du seul guide qui l’adapte à sa convenance. Le terme État d’ailleurs n’est plus adapté. Car, pour qu’il y est État, il faut qu’il y ait des frontières et des lois qui s’appliquent à l’intérieur, de manière égale pour tous. Or, dans le cas du pangermanisme, on l’a vu, la notion de frontière n’a plus de sens, ni celle de loi applicable à tous.

Personne n’est à l’abri. Pas seulement les ennemis du chef. Les purges peuvent frapper en tout lieu, n’importe qui, y compris le cercle rapproché. Il faut qu’un sentiment de peur diffuse dans les moindres rouages, que chacun se méfie de tout le monde, que le soupçon soit généralisé.

Le meurtre banalisé

La suppression des minorités nécessite une modification radicale des valeurs traditionnelles. Le « tu ne tueras point ton semblable» est remplacé par « tu dois tuer en masse l’inférieur». Il faut donc une méthode. L’auteure la voit en trois étapes : tout d’abord, on élimine la personne juridique (déchéance de la nationalité et donc déchéance des droits nationaux et des droits de l’homme), puis la personne morale en faisant de la mort un « non-événement », un acte sans signification, et enfin on efface les traces pour nier jusqu’à l’existence de ces non-êtres. Cette notion de banalisation du meurtre sera reprise dans ses comptes rendus du procès Eichmann.

 

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  1. […] curiosités dans ce parcours : d’abord, sa liaison avec Hannah Arendt, philosophe comme lui, certes, mais aussi juive […]

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  2. […] L’origine des totalitarismes de Hannah ARENDT […]

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  3. […] Hannah Arendt et l’origine des totalitarismes (1951) […]

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Histoire, Histoire du Nazisme, Les Allemands, Les modernes, Nazisme, Philosophie

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