J’ai lu pour vous La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE

252Dans le règne animal quelle est la spécificité des humains ? L’intelligence, l’âme, la conscience sont des notions floues, difficiles à définir et dont certaines pourraient être partagées par les animaux, voire des machines dotées d’intelligence artificielle.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Pourquoi nous nous imitons les uns les autres ?

Dans le règne animal quelle est la spécificité des humains ? L’intelligence, l’âme, la conscience sont des notions floues, difficiles à définir et dont certaines pourraient être partagées par les animaux, voire des machines dotées d’intelligence artificielle. En revanche, les humains ont seuls la capacité à se copier les uns les autres.
Richard Dawkins a montré que,

  • d’une part, le gène était un réplicateur égoïste, c’est-à-dire une entité dont le seul « but » est de se reproduire à l’identique et
  • d’autre part, la sélection naturelle s’applique au niveau des gènes, les êtres vivants n’étant que leurs machines à survie.

Il a aussi introduit l’idée d’un autre réplicateur : le mimème abrégé en mème : Il s’agit non-plus d’une information biologique ou chimique, mais culturelle susceptible d’être transmise : une histoire, un mot, une technique, une musique.

Susan BLACKMORE poursuit cette ébauche pour proposer une théorie des mèmes et montrer que, comme les gènes, ils sont des réplicateurs égoïstes, dont nous sommes les hôtes du fait de notre capacité à nous imiter les uns les autres. Ils peuvent ainsi être définis comme « unité d’imitation. »

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


 La théorie de Darwin

de l’évolution par la sélection naturelle peut être résumée comme suit : les êtres vivants augmentent en nombre et leurs caractéristiques varient. Les ressources n’étant pas suffisantes pour tous, seuls ceux dont les caractéristiques sont les plus adaptées survivent et les transmettent à leur descendance. Ainsi, trois éléments doivent être réunis pour que l’évolution se produise :

  1. la variation des caractéristiques entre individus ;
  2. la sélection due à un environnement dont les capacités sont limitées
  3. et la rétention ou hérédité, c’est-à-dire le fait que ces caractéristiques se transmettent des parents aux enfants.

Sur ces bases, la théorie de Darwin peut se généraliser.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


 Qu’en est-il des mèmes ?

Ils sont transmis avec des déformations. Ainsi, une histoire ne sera jamais racontée deux fois de façon identique. Tous les mèmes ne pouvant coexister, compte tenu des capacités limitées de leur hôtes, certains d’entre eux disparaitront alors que d’autres seront transmis sur de nombreuses générations. Leur fortune dépendra de leurs caractéristiques. Les trois critères : variation, sélection, hérédité étant réunis, les mèmes seront soumis aux règles de l’évolution. Comme pour les gènes, elle les conduira à s’agglomérer pour se répliquer plus efficacement dans un complexe de mèmes co-adaptés, ou mèmeplexe. Les religions sont des exemples de mèmeplexes.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


 Le langage

Si les avis sont partagés sur le statut du langage, les inventions et les techniques sont indéniablement des mèmes. Prenons l’exemple des pratiques agricoles : les analyses de squelettes des premiers agriculteurs ont montré qu’ils étaient moins bien nourris que leurs contemporains chasseurs cueilleurs. Malgré tout, ils ont continué à cultiver la terre. A qui a profité ce choix ? La seule réponse semble être aux mèmes correspondants.
D’une façon générale, il convient de concevoir l’évolution culturelle au profit des seuls mèmes. En tant que réplicateurs égoïstes, comme les gènes, ils ont pour seul but de se répandre. Ils ne le font pas au profit des individus, ni des gènes mais de façon totalement indépendante. Ce point est contesté par certains scientifiques mais les exemples dans lesquels la réplication des gènes et celle des mèmes ont des intérêts opposés peuvent nous en convaincre.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


 La pensée

Le fait est que nous ne pouvons pas nous arrêter de penser. Dans certains cas, nos pensées, constituées de mèmes, permettent de résoudre un problème ou de prendre une décision. Dans d’autres, elles sont inutiles voire nuisibles. La raison de cette activité continuelle est que le cerveau, fertile pour les pensées et disposant de capacités d’imitation, se remplit de mèmes. La place étant limitée, il est occupé par les plus efficaces, c’est-à-dire ceux qui captent le mieux l’attention de leur hôte et font en sorte qu’il se les répète sans cesse. Ces mèmes seront ainsi transmis à la première occasion, généralement par la parole.
Notons que ce processus va à l’encontre de l’intérêt des gènes qui ne peuvent employer l’énergie correspondante à leur propre transmission. Tout se passe donc comme si les mêmes s’affrontaient pour survivre et se transmettre de façon la plus large possible, au mépris des intérêts de l’individu et de ses gènes.

Par ailleurs, il ne faut pas considérer comme des mèmes tous les éléments de culture. Tout d’abord, ce qui relève de l’émotion n’est pas transmissible par l’imitation et ne donc constitue pas un même.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


L’apprentissage

Par ailleurs, l’apprentissage chez les êtres vivants se fait par divers processus. L’apprentissage individuel relève en grande partie du conditionnement classique, de type pavlovien, ou par conditionnement opératoire qui consiste à avancer par tâtonnement expérimental. Le contenu de ces apprentissages n’est pas dû à l’imitation et ne peut être considéré comme constitué de mèmes. L’apprentissage social consiste à mettre en œuvre un comportement déjà acquis, par imitation d’autres individus, en vue de s’adapter au milieu ou aux circonstances. Par exemple, certains oiseaux ont appris, par l’imitation, à ouvrir avec leur bec les bouteilles laissées devant les maisons par le laitier. Il ne s’agit pas d’un nouvel usage du bec mais d’un usage connu dans un contexte nouveau. Plus généralement, les acquis issus de l’apprentissage social ne constituent pas des mèmes à proprement parler car les compétences correspondantes n’entrent pas en compétition avec les anciennes pratiques qui n’existent pas dans le nouveau contexte. Précisons néanmoins que ce point fait encore débat.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


 Objections

Parmi les objections soulevées à l’encontre de la théorie des mèmes, les trois principales sont :

  • on ne peut définir une unité de mème ;
  • on ne connait pas leur mécanisme de stockage et de copie ;
  • il est difficile de dire si leur mode de transmission se fait en copiant le produit, comme lorsqu’on joue d’oreille une musique entendue préalablement, ou en copiant du plan, c’est à dire au moyen d’une partition.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


L’unité

La difficulté à définir l’unité du même peut s’illustrer en s’interrogeant si les quatre premières notes de la cinquième symphonie de Beethoven constituent un mème ou si ce concept englobe toute la symphonie. A l’instar du gène qui peut être défini comme « l’information héréditaire qui dure assez longtemps pour être sujette aux pressions de sélections appropriées », on peut définir un mème comme « tout ce qui est transmis par l’imitation. » Les quatre premières notes qui sont reconnaissables et mémorisables, comme l’ensemble de la symphonie, sont à ce titre des mèmes.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Le stockage

Par ailleurs, le fait que nous ignorions les mécanismes de stockage et de copie des mèmes est lié au caractère limité de nos connaissances sur le cerveau. Cela ne justifie pas pour autant que nous ne nous intéressions pas aux mèmes. L’étude de l’évolution a pris son essor avec « De l’origine des espèces par la sélection naturelle » publiée par Darwin en 1859 alors qu’elle n’a été associée à la génétique qu’en 1930 et que l’ADN n’a été découvert que dans les années 1950.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


La copie

Enfin, l’évolution des mèmes dépend de leurs modalités de copie. Si un mème se transmet par copie du produit, les modifications ou erreurs se transmettent aux copies futures et s’accumulent au fil des générations. On dit que c’est une hérédité lamarckienne, terminologie issue du fait que Lamarck pensait que les acquis d’un individu se transmettait à ses descendants. En revanche, si les mèmes se transmettent par copie du plan, une modification ne se transmettra pas puisque le produit suivant sera réalisé à partir du plan initial. Il s’agit là d’un processus analogue à celui à l’œuvre en biologie où l’on distingue le génotype, le plan, et le phénotype, le produit. Il s’avère que les mèmes se transmettent tantôt par la copie du plan, tantôt par la copie du produit. On peut ainsi imaginer une recette de cuisine transmise oralement puis écrite avant d’être transmise à nouveau en regardant quelqu’un opérer. Cette question ne pose problème que lorsqu’on recherche une analogie trop étroite entre les gènes et les mèmes.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Le coefficient d’encéphalisation

c’est-à-dire la taille du cerveau ramenée à celle du corps, est supérieur chez l’homme d’un facteur 3 à celui des autres primates dont il est le plus proche et beaucoup plus important que celui des autres animaux. Il y a 5 millions d’années, le cerveau des Australopithèques avait un volume de 500 cm3. Celui de l’Homo Erectus vivant il y a 1,8 millions d’années était de 900 cm3. Depuis 100 000 ans, le volume de notre cerveau est d’environ 1350 cm3. La formation et l’activité d’un tel organe coûtent cher en ressources et doivent être la conséquence de pressions de sélection. On constate aussi que le cerveau humain est surdimensionné pour les besoins de la chasse, de la pêche et plus généralement pour les seules activités permettant la survie des individus. D’autre animaux au cerveau plus petit s’en sortent très bien dans ces domaines. Plusieurs théories ont tenté d’expliquer cette caractéristique mais sans y parvenir de façon satisfaisante.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Une théorie plausible des mèmes

Les mèmes peuvent ici être à la base d’une théorie plausible. Lorsque les capacités d’imitation sont apparues chez nos ancêtres, un nouveau réplicateur, le mème, a vu le jour. La première manifestation de cette capacité dont nous avons des traces est la fabrication d’outils en pierres taillées, il y a 2,5 millions d’années. A partir de l’apparition de ce réplicateur, les mèmes ont pris la main. Les meilleurs imitateurs s’en sortent mieux grâce à de meilleures techniques, de meilleurs outils, de meilleurs abris. Les gènes conduisant à être de bons imitateurs sont ainsi favorisés. Suivent ensuite les gènes permettant d’imiter les meilleurs imitateurs. Il devient également utile de s’accoupler avec les meilleurs imitateurs pour faire profiter sa descendance de leurs capacités. La capacité d’imitation étant générale, les bons imitateurs exerceront leur talent dans divers domaines, tels que l’artisanat ou le chant, qui n’ont pas obligatoirement de rapport avec la survie mais ayant acquis une valeur similaire.
Il est enfin possible que soit apparue une sélection sexuelle fugitive pour l’imitation qui consiste à ce que les femelles choisissent de bons imitateurs pour qu’ils leur donnent des fils dotés de qualités identiques dans le seul but de les rendre attirants pour les femelles de la génération suivante, comme ce fut le cas pour celles de la précédente. Une fois amorcé, le processus se poursuit au fil des générations avec pour objectif d’optimiser le nombre de ses descendants et la diffusion de ses gènes.
Pour valider l’hypothèse que la pression mémétique justifie la taille du cerveau humain, il faudrait confirmer que les capacités d’imitation nécessitent un cerveau volumineux, bien au-delà des besoins de la simple survie. Des expériences dans le domaine des neurosciences seraient utiles pour mieux connaitre l’activité du cerveau lors des processus d’imitation.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Les origines du langage

La mémétique peut également apporter un éclairage sur les origines du langage et sur le fait que nous parlions beaucoup. Peu de conversations sont nécessaires à notre survie ou à la transmission de nos gènes alors que le fait de parler consomme une énergie importante. La parole, que notre cerveau est capable d’imiter, permet aux mèmes de se propager facilement et rapidement. Les mèmes qui incitent à parler se transmettent donc particulièrement bien et affectent un grand nombre d’individus qui les transmettront à leur tour par la parole. Ils constituent ainsi les sujets de conversation les plus courants. Les mèmes invitant au silence sont pénalisés puisqu’ils ne se transmettent pas par la parole. Notre inclinaison à parler beaucoup est donc la conséquence de la capacité de notre cerveau à imiter la parole et du caractère réplicateur des mèmes.
Concernant l’apparition du langage, il existe plusieurs hypothèses.

  1. Certaines la font coïncider avec la révolution paléolithique supérieure, il y a 100 000 ans, caractérisée par la diversification des activités des hominidés, l’apparition des premiers outils en matériaux différents, l’enterrement des morts et les débuts de l’ornementation corporelle.
  2. D’autres la relie à l’augmentation du volume du cerveau et à l’apparition de dissymétries dans la boîte crânienne remontant à 500 000 ans. La position de la base du crâne ou la physionomie de la moelle épinière peuvent également soutenir des hypothèses.
  3. A ces théories sur les conditions de l’apparition du langage s’ajoute, dans une optique darwinienne, la question de l’avantage sélectif qu’il confère.

Là encore plusieurs hypothèses ont été avancées, notamment concernant son utilité dans la vie sociale et pour trouver de la nourriture, mais aucune n’explique réellement pourquoi une solution si coûteuse en ressources a émergé chez l’homme pour répondre à un problème que les autres animaux résolvent autrement.

En outre le langage sert a bien d’autre chose qu’à se nourrir, se reproduire et combattre. Pour expliquer l’apparition du langage et sortir de l’impasse, le gène ne suffit pas et la théorie darwinienne doit prendre en compte un second réplicateur : le mème.

Richard Dawkins avait montré dans « Le gène Egoïste » que le succès d’un réplicateur dépend de trois critères :

  1. la fidélité avec laquelle il se copie ;
  2. sa fécondité, c’est-à-dire la vitesse de copie ;
  3. et la longévité des copies.

Les gènes répondent à ces trois critères. On constate que le langage, grâce aux mots qui sont identifiables, quels que soient la tonalité de la voix ou l’accent, « numérise » en quelque sorte les mèmes. Cette opération permet leur transmission de façon fidèle. Le fait de s’adresser à de nombreuses personnes assure une large diffusion et donc leur fécondité. Leur longévité est favorisée par la mémorisation que rend possible leur codage sous forme de mots ainsi que leur écriture. La grammaire permet enfin d’augmenter les possibilités d’utiliser les mots pour traduire encore plus de mèmes.

La propension à s’accoupler avec les personnes disposant des meilleurs mèmes, en l’occurrence les beaux parleurs, a conduit à la sélection des gènes pilotée par mes mèmes conférant aux individus des qualités d’éloquence. Ainsi, on peut affirmer de façon synthétique que l’apparition de l’imitation chez l’homme a conduit au langage et au cerveau géant.
En dotant les hommes de capacités d’imitation, les gènes on permis l’apparition de nouveaux réplicateurs, les mèmes. Trois types d’interactions ont alors été possibles : entre gènes, entre gènes et mèmes et entre mèmes.
Les interactions entre gènes peuvent se traduire de différentes façons et notamment par une course aux armements, arbitrée par la sélection naturelle ou par des associations permettant une coopération efficace. Ce phénomène peut-être illustré par l’association des gènes de l’appareil digestif carnivore avec ceux du comportement de chasseur. La théorie du phénotype étendu permet même d’identifier les conséquences de gènes à l’extérieur du corps de leur porteur. Les barrages de castors sont un exemple d’effet phénotypique étendu. Cette idée est développée dans « Le gène égoïste » de Richard Dawkins.
Les interactions entre les mèmes et les gènes peuvent tourner à l’avantage des uns ou des autres. Dans les comportements liés à l’attirance sexuelle les gènes sont aux commandes, alors que l’augmentation du volume du cerveau chez l’homme est consécutive à la prise de pouvoir des mèmes.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Le modèle standard des sciences sociales (MSSS)

qui a eu cours au début du XXe siècle a rompu avec les anciennes théories en affirmant que l’être humain n’était doté d’aucun instinct et que son esprit était capable d’apprendre n’importe quelle culture indépendamment des gènes et de la biologie. Il ouvrait la porte à un relativisme culturel radical que venaient soutenir certaines études. L’une d’entre elles affirmait que le découpage et la désignation des couleurs dans le spectre visible était arbitraire dans les différentes civilisations. Des expériences réalisées en 1969 ont au contraire montré que le découpage des couleurs était partout fonction des facultés visuelles humaines. Une autre étude réalisée dans les années 1920 concluait que le comportement sexuel des jeunes filles à Samoa était très libre, sans tabou ni inhibition. Une seconde étude, plus approfondie cette fois, réalisée dans les années 1980 a au contraire montré l’importance de la valeur attribuée à la virginité par ces populations.

Les connaissances actuelles démentent le relativisme radical du MSSS et montrent que l’homme est doté de l’instinct d’imitation. Le monde est en effet trop confus pour pouvoir envisager un apprentissage à partir de rien. D’après Steven Pinker, « La complexité dans l’esprit n’est pas créée par l’apprentissage ; l’apprentissage est créé par la complexité dans l’esprit. » Toutefois, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse affirmant le tout biologique et ne voyant dans la culture et dans toutes les productions humaines un effet phénotypique étendu. Pour décrire au mieux la réalité, il convient de constater et d’accepter que deux réplicateurs indépendants sont bien à l’œuvre. Le cerveau humain est une preuve que les mèmes ne sont pas au service des gènes : ces deux réplicateurs avaient des intérêts divergents et les mèmes ont contraint les gènes à fabriquer un cerveau conçu pour leur réplication.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


La sociobiologie

apparue dans les années 1970, explique nos comportements par un bénéfice pour les gènes. La raison pour laquelle nous n’agissons pas toujours en ce sens est que les circonstances changent plus rapidement que l’adaptation des gènes. Par exemple, nous aimons manger sucré et gras. Ce gout qui date de l’époque où les hommes cherchaient une nourriture énergétique n’est plus adapté notre vie moderne. La lenteur de l’évolution des gènes peut notamment causer la disparition d’espèces du fait de la modification rapide de leur milieu de vie.

La sociobiologie explique les règles déterminant le choix des partenaires sexuels en vue d’optimiser la transmission des gènes. La sexualité de la femelle est rythmée par la production d’œufs à intervalles réguliers, couteux en ressources, ce qui limite ses capacités de reproduction. Elle cherchera pour ses enfants, dont le nombre sera limité, le père qui aura les meilleurs gènes, qualité que traduit souvent le statut social dans l’espèce, et qui paraîtra prêt à s’investir dans leur éducation. En revanche, le mâle, dont les capacités de procréer sont presque illimitées cherchera, pour transmettre ses gènes, une femelle en bonne santé, jeune, dont la constitution parait propice à l’enfantement mais qui n’est pas enceinte d’un autre mâle. Ainsi s’explique, pour l’espèce humaine, le goût masculin pour les hanches pleines et la taille mince.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


La mémétique

La mémétique apporte des critères de choix supplémentaires. Depuis l’apparition des mèmes, il existe un bénéfice pour les individus, hommes ou femmes, à s’accoupler avec ceux qui sont les plus capables de les diffuser, c’est-à-dire les meilleurs imitateurs. Ces qualités sont reconnaissables notamment au travers de l’apparence ou de la profession. Or on constate que les musiciens, les écrivains, les acteurs, les personnes qui ont en accès aux médias et qui ont montré leurs capacités à copier, utiliser et répandre leurs mèmes, jouissaient d’un succès indéniable, même si leur physique ne répondait pas toujours aux critères de sélection en faveur des gènes. Ces éléments mériteraient d’être confirmés et affinés par des études approfondies.
Si les gènes ne se transmettent que verticalement, de parents à enfant, les mèmes peuvent aussi se transmettre horizontalement, entre personnes n’appartenant pas à la même famille, ou à l’oblique, d’oncle à neveu par exemple.
Dans les sociétés primitives où les évolutions sont lentes et les contacts extérieurs rares, les mèmes se transmettent verticalement. Leur intérêt commun avec celui des gènes est la reproduction de leur hôte. Les mèmes transmis de parents à enfants visent donc à optimiser la reproduction et la natalité par un système matrimonial adapté à l’environnement dans lequel est baigné la société. Ils optimisent ainsi à la fois leur propre diffusion mais aussi celle des gènes, au fil des générations. Les tabous sexuels y sont nombreux et visent à ne pas gaspiller les opportunités de se reproduire.

A titre d’exemple, la masturbation masculine est généralement proscrite. En revanche la masturbation féminine qui ne réduit pas le nombre d’enfants qu’une femme peut mettre au monde est ignorée. Les religions qui invitaient à avoir de nombreux enfants se sont ainsi développées par transmission verticale.
Dans les sociétés modernes et ouvertes, les mèmes n’ont plus besoin pour se répliquer d’utiliser les capacités de reproduction de leurs hôtes. Ils voyagent d’individus en individus par un processus rapide et indépendant des gènes. Les intérêts des gènes et des mèmes ne sont donc plus confondus. De nombreux mèmes sont mis en concurrence du fait des contacts entre les individus de cultures et d’horizons différents. Les pratiques matrimoniales et les tabous, c’est-à-dire les mèmes qui visaient l’optimisation de la reproduction, s’estompent progressivement.
Examinons plus particulièrement certaines pratiques qui ont cours dans notre société moderne et qui correspondent à des divergences d’intérêts entre gènes et mèmes :

  • Le célibat : du point de vue purement génétique, il peut être parfois momentanément plus avantageux de s’occuper de ses neveux ou de ses frères et sœurs que de se reproduire, comme l’a montré Richard Dawkins dans « Le gène égoïste », notamment pour les abeilles. Toutefois, hormis ces cas particuliers, dans une société opulente, le célibat est une impasse génétique. Concernant le cas particulier du prêtre, il lui permet de se consacrer à la transmission des mèmes religieux sans gaspiller d’énergie à transmettre des gènes et à s’occuper d’une famille ;
  • La contraception : les femmes qui ont beaucoup d’enfant sont accaparées par leur éducation. En revanche, celles qui en ont peu, voire pas du tout, peuvent envisager une réussite professionnelle. D’une façon générale, elles sont plus visibles et présentes notamment dans les médias. Elles sont donc plus efficace pour transmettre leurs mèmes et notamment ceux concernant les avantages d’une petite famille et du contrôle des naissances. Leur position sociale ou leur célébrité faciliteront encore cette transmission. La victoire des mèmes sur les gènes est patente lorsque certains couples renonce à la procréation pour ce consacrer à leur travail. S’il est vraisemblable que la natalité dans les sociétés développées ne reprendra pas, on peut néanmoins penser qu’elle se stabilisera à un état d’équilibre sous les influences opposées des gènes à l’origine du désir d’enfant et des mèmes tirant en sens opposé ;
  • L’adoption : cette pratique ne comprend de toute évidence aucune transmission de gènes. En revanche, elle permet une transmission des mèmes dans des conditions identiques à la reproduction. L’adoption volontaire ne peut apparaître que chez des espèces disposant de mèmes, les autres n’ayant rien d’autre à transmettre que leurs gènes.

Le célibat, la contraception et l’adoption sont impasses pour les gènes. Seuls les mèmes tirent parti.
Les mèmes sont toujours plus nombreux et se propagent toujours plus vite. Ils ont aujourd’hui pris l’avantage dans les sociétés modernes en limitant la transmission des gènes et en modifiant à leur profit la pression de sélection. Il est toutefois peu probable que les mèmes nous anéantissent car auparavant la densité de la population rendrait leur diffusion problématique. Il est plausible que les gènes puissent dans certaines circonstances reprendre le dessus jusqu’au basculement suivant en faveur des mèmes.
Enfin, il faut noter que les mèmes ont réussi le tour de force de manipuler concrètement les gènes dans le cadre des activités de génie génétique. Ces recherches devraient déboucher sur des résultats étonnant tel que le choix des aptitudes des enfants ou la production de « pièces de rechange » pour les corps.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


L’altruisme

Malgré les apparences, l’évolution mémétique peut déboucher sur l’altruisme, défini comme « un comportement qui bénéficie à une autre créature aux dépens de celle qui le manifeste », ce que les gènes n’auraient pas permis. L’altruisme, si répandu dans le règne animal, est longtemps resté une énigme. Jusqu’au début du XXe siècle on pensait que l’évolution allait dans le sens du bien de l’espèce. Parmi les problèmes que cette théorie a rencontrés, le fait qu’un individu égoïste au milieu d’altruistes vivrait mieux, se reproduirait mieux et diffuserait plus largement ses gènes pour l’égoïsme qui se répandraient au fil des générations jusqu’à ce que les altruistes soient devenus minoritaires.
La sociobiologie propose en remplacement deux théories de l’altruisme décrivant mieux la réalité du monde animal :

  • La théorie du gène égoïste qui consiste dans le fait que la sélection naturelle agit au niveau du gène et non au niveau du groupe. Ainsi l’altruisme vise ceux qui partagent les mêmes gènes c’est-à-dire les membres de sa famille. Le degré d’altruisme est alors corrélé avec le degré de parenté traduisant la proportion de gènes communs ;
  • L’altruisme réciproque qui consiste à rendre service à quelqu’un lorsqu’il en a besoin pour qu’il me rende la pareille lorsque j’aurai besoin de lui. L’exemple des chauves souris partageant leur repas de sang avec les individus revenus bredouilles qui risquent de mourir de faim illustre ce comportement. Le jeu du dilemme du prisonnier permet de modéliser ses différentes modalités et de constater notamment le succès de la stratégie « donnant donnant » consistant à calquer son comportement sur celui de ses partenaires.

Malgré leur succès pour décrire certaines situations, ces théories n’expliquent pas les actes d’altruisme désintéressés propres aux humains, tels que le don de sang, d’argent ou de temps à des personnes inconnues, non apparentées, dont on n’attend rien en retour. La possibilité d’une « erreur » consistant à élargir le champ d’un comportement réservé à la famille ou l’hypothèse d’une morale spécifique à l’homme ne paraissent pas satisfaisantes non plus.
L’explication mémétique a pour point de départ les formes d’altruisme classiques proposées par la sociobiologie. Lorsqu’apparaît la capacité d’imitation propre à l’homme, la compagnie de ceux qui rendent de plus grands services est plus prisée. Ils sont donc mieux aimés et plus copiés. Leurs mèmes, dont ceux pour l’altruisme, se répandent dans la population et sortent des cadres initiaux liés à la parenté et à l’attente de réciprocité. Un individu qui possède les mèmes pour l’altruisme a ainsi plus d’amis, de relations et de contacts qu’un individu égoïste. Ses mèmes, et notamment ceux pour l’altruisme, sont donc diffusés plus facilement et plus largement. Précisons que l’altruisme d’origine mémétique est liée à la capacité d’imitation. Elle n’existe que chez l’homme.
Suivant ce principe, l’altruisme se diffuse dans la société. Toutefois, le coût pour l’individu d’un tel comportement suscite une pression inverse des gènes qui limite ses manifestations à un point d’équilibre. Des excès existent toutefois tels que le gâchis du potlatch, pratiqué en Amérique latine, consistant en des offrandes démesurées ou des destructions gratuites et ostensibles de biens précieux auxquels se livrent des tribus antagonistes pour s’impressionner mutuellement.
Un pilotage mémétique des gènes est possible dans l’hypothèse où l’altruisme a également une origine génétique : un individu disposant des mèmes pour l’altruisme se reproduit plus facilement ce qui permet la diffusion de ses gènes, et notamment ceux pour l’altruisme.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Transmission des mèmes

Un certain nombre de constats ont été faits concernant les mécanismes de transmission des mèmes :

  • Les mèmes qui nous sont transmis le plus efficacement proviennent de personnes que nous considérons comme puissantes, célèbres, réputées expertes ou qui nous ressemblent. Nous pouvons également supposer que nous imitons plus facilement les personnes nous apparaissant sympathiques et aimables ;
  • Comme évoqué précédemment, le comportement altruiste permet de diffuser l’ensemble des mèmes des individus qui le pratiquent et pas seulement ceux pour l’altruisme. Certains mèmes sont alors susceptibles de s’y associer afin de bénéficier d’un moyen plus efficace de se transmettre. Ce processus, appelé « astuce de l’altruisme », peut être illustré par le fait que les mèmes correspondant aux sigles ou aux insignes des organisations caritatives sont connus et se transmettent simultanément aux idées altruistes des structures auxquelles ils sont associés ;
  • Un individu essaie d’éviter que ses idées soient incompatibles entre elles ce qui constituerait des « dissonances cognitives. » L’adoption d’un nouveau mème dépendra ainsi de sa compatibilité avec ceux déjà intégrés. Ce souci de cohérence peut être illustré par plusieurs exemples. Le tri des déchets sera pratiqué par des personnes disposant déjà de mèmes favorables à l’écologie. En outre, les mèmes visant le bien-être animal, se traduisant parfois par le végétarisme, s’intègreront dans un contexte de mèmes pour l’altruisme en général dont ils sont un cas particulier. Notons que contrairement à la mémétique, la sociobiologie n’explique pas l’altruisme envers les animaux : il ne procure en effet aucun avantage génétique ni de perspective d’altruisme réciproque.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Les religions et les partis politiques

ont bien compris ces mécanismes ainsi que l’astuce de l’altruisme : en diffusant l’idée que leurs adeptes accomplissent des actions altruistes, ceux-ci deviennent plus aimables. Leurs mèmes sont donc copiés plus largement, ceux de l’altruisme comme ceux de la doctrine. Enfin, celui qui bénéficie de l’altruisme exprimera sa reconnaissance envers son bienfaiteur en adoptant ses mèmes.
Le raisonnement précédent s’appuie sur deux hypothèses fondamentales qui pourraient faire l’objet d’études approfondies :

  1. d’une part, on copie ceux qu’on apprécie ;
  2. d’autre part, les gens ayant adopté un comportement altruiste paraissent plus aimables.

Mais les résultats de ces études devront en outre tenir compte des effets de la « règle de réciprocité » qui prévoit que lorsqu’une personne A imite une personne B, celle-ci se sent redevable et aura tendance à être bienveillante envers A. Inversement, si C fait un cadeau à D, ce dernier pourra le remercier en adoptant ses mèmes.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Des exemples

Il existe de nombreux exemples de trocs impliquant des mèmes contre des biens. Ainsi les invités se sentent souvent obligés d’être d’accord avec leurs hôtes. En revanche, s’ils offrent un beau cadeau, l’obligation est moins forte. La vente de livres est un autre exemple de ce troc. A l’inverse, la publicité illustre une situation où quelqu’un paye pour imposer ses mèmes. Une autre prévision qui mériterait d’être vérifiée expérimentalement s’énonce comme suit : si A est bienveillant envers B et que B le remercie en adoptant ses mèmes, ce dernier aura encore plus de sympathie pour A du fait d’avoir pu payer sa dette.
Les mèmes concernant le paranormal ou le New Age constituent pour la plupart des mèmeplexes dont l’efficacité de la diffusion tient aux interprétations plausibles qu’ils proposent d’expériences traumatisantes, par le soulagement que produit le discours de quelqu’un qui se présente comme un expert et bien souvent par l’astuce de l’altruisme.
Par exemple, de nombreuses personnes sont convaincues d’avoir été enlevées par des extraterrestres. Ce sentiment est consécutif à un phénomène de persistance anormale durant quelques minutes de la paralysie liée au sommeil alors que le sujet est réveillé. L’ignorance de ce phénomène, l’interprétation simple de cette expérience angoissante par des soi-disants experts, l’exposition dans les médias de gens ayant vécu de tels instants conduisent à créer un mèmeplexe qui sera adopté facilement. Toutefois, il pourra disparaitre du fait de l’absence de preuves et de la diffusion de l’explication scientifique du phénomène.
Les expériences de morts rapprochées (EMR) dans différentes civilisations font l’objet de témoignages concordants : le sujet avance dans un couloir vers une lumière et voit parfois certains personnages de sa religion. Son altruisme s’est en outre développé à son retour. Bien que ces visions puissent être expliquées d’un point de vue neurologique, beaucoup considèrent qu’il s’agit de preuves de vie après la mort et de la vérité de leurs croyances religieuses. Il convient de souligner que personne ne voit quelque chose se rapportant à une religion autre que la sienne. Néanmoins, grâce à l’astuce de l’altruisme, les témoins d’une EMR diffusent facilement leur mèmes constitués en mèmeplexe relatifs à une interprétation religieuse de leur expérience. Le caractère rassurant de ces interprétations associé à leur validation par des soi-disants experts de la question favorisent encore l’efficacité de leur diffusion.
La prévision de l’avenir constitue un autre mèmeplexe infectant de nombreuses personnes, grâce à l’astuce de l’altruisme liée à la compassion, sincère ou prétendue, du voyant, à l’effet Barnum consistant à affirmer des généralités que chaque client pense lui être propres et au fait que les vérités dites par hasard ont plus d’impact que les erreurs.
Les religions utilisent pour assurer leur succès des moyens produits par l’évolution mémétique. Dans certains cas les gènes peuvent avoir eu un rôle initial ou avoir été pilotés par les mèmes.
En voici quelques exemples :

  • Les religions exploitent nos peurs et apportent des réponses à nos questions existentielles en créant des mythes invérifiables qui ne relèvent que de la foi. Ils sont ainsi protégés de toute réfutation rationnelle contrairement aux théories scientifiques ;
  • Des mèmes comportementaux du type « sois bon envers tes parents culturels proches » c’est-à-dire ceux qui agissent comme toi, se sont agglomérés au mèmeplexes religieux. Ces règles permettent de favoriser le groupe dans lequel elles s’appliquent. Ce groupe sera imité du fait de sa réussite et diffusera donc ses mèmes largement ;
  • Les religions exploitent abondamment l’astuce de l’altruisme complétée par celles de la beauté et de la vérité. L’astuce de l’altruisme se manifeste notamment en associant, d’une part, l’aide matérielle apportée à des populations trop nombreuses au regard des ressources disponibles avec, d’autre part, le refus catégorique du contrôle des naissances. L’astuce de la beauté se manifeste dans l’association de chefs-d’œuvre artistiques et des émotions qu’ils suscitent avec la doctrine religieuse qu’ils illustrent. Enfin, l’astuce de la vérité consiste à poser des questions universelles puis à proclamer que l’enseignement de la religion est la Vérité ;
  • Les religions peuvent provoquer un pilotage des gènes par les mèmes : les prêtres et les dirigeants politiques, dont les destins sont souvent liés, sont plus recherchés des femmes du fait de leur statut social élevé. Leurs gènes et notamment ceux favorables au comportement religieux se diffusent mieux dans la population ce qui provoque une augmentation du tropisme religieux voire une sélection des gènes favorables au comportement particulier exigé par une religion ;
  • Des pratiques telles que l’enterrement des morts ont pu émerger de prédispositions génétiques et conduire au culte des ancêtres et à des croyances de vie après la mort. Les tribus possédant ces croyances ont combattu plus courageusement, augmenté leur emprise et diffusé leurs gènes. Il s’agit encore d’un phénomène de pilotage de gènes par les mèmes ;
  • Une sélection mémétique de groupe peut se produire. Précisons tout d’abord que sur le plan strictement génétique, une sélection de groupe existe au sein de populations sédentaires de tailles réduites. Dans de telles communautés, les gènes s’homogénéisent, les différences génétiques entre les individus du groupe diminuent et celles avec les individus d’autres groupes augmentent. Suivant le même principe mais sans nécessiter un nombre limité d’individus, une sélection mémétique de groupe est possible lorsque des mèmes conduisent à des comportements homogènes présentant des spécificités marquées. Les mèmes religieux ont cette propriété. Lorsque ces spécificités sont d’ordre alimentaire par exemple, elles peuvent conduire à la disparition du groupe ou permettre sa survie en fonction de circonstances telles que l’empoisonnement de certaines nourritures ou l’abondance des récoltes de denrées constituant l’essentiel de l’alimentation de la communauté.

Dans le monde actuel, les possibilités de transmission horizontale impliquent une influence contradictoire sur les mèmes religieux : l’impact de la formation spirituelle inculquée au plus jeune âge s’estompe au contact de valeurs d’autres cultures qui peuvent paraître séduisantes. En revanche les mèmes religieux peuvent se diffuser plus vite et plus largement, hors de leur sphère d’influence initiale.
Les mèmes sont aujourd’hui dans une soupe originelle comparable à celle dans laquelle se trouvaient les réplicateurs chimiques, ancêtres des gènes, avant d’acquérir leur degré actuel de fiabilité, de fécondité et de longévité. Les mèmes devraient suivre un chemin identique.
Les moyens modernes de communication ont permis d’assurer une meilleure diffusion horizontale des mèmes augmentant ainsi leur fécondité. Toutefois, contrairement aux prévisions, les personnes qui ont la chance de pouvoir choisir leur lieu de résidence optent souvent pour les villes et non pour des endroits magnifiques mais faiblement peuplés. L’explication mémétique tient dans le fait qu’il y a plus de mèmes dans les villes tels qu’aller au restaurant, au cinéma ou visiter des expositions, qu’à la campagne où les contacts sont plus rares.
L’écriture a permis l’augmentation de la longévité du langage. Elle apparut de façon indépendante à différentes époques et dans différentes cultures. Elle est le résultat d’un processus évolutionniste ayant d’abord produit le cerveau et l’esprit humains, sous l’action des gènes et des mèmes. Les systèmes d’écriture sont eux-mêmes soumis à une compétition sélective dont les vainqueurs sont les plus simples et les plus souples, donnant naissance aux produits les plus fidèles, les plus féconds et le plus durables. Dans ce mouvement vers l’uniformisation, les écritures les plus difficiles à maîtriser devraient disparaitre à plus ou moins long terme
Depuis les manuscrits recopiés par des moines jusqu’aux supports dématérialisés en passant par les documents imprimés, les mèmes écrits ont évolué vers plus de fidélité, de fécondité et de longévité. Ce processus débouchera peut-être sur un type de reproduction optimisant ses trois caractéristiques. On constate aujourd’hui que certains moyens de transmission de mèmes, tels que les email, sont dotés d’une forte fécondité mais d’une fidélité et d’une durabilité très limitées. D’autres, tels que les livres ou les lettres, possèdent une fidélité et une durabilité importantes au détriment de la fécondité. Leur coexistence parait toutefois stable malgré les prévisions de disparition des livres.
Deux principes ont permis d’augmenter la fidélité de copie des mèmes. Le premier est l’adoption de systèmes de codage numérique tels que la parole qui divise le discours en mots reconnaissables malgré les accents ou l’écriture qui reproduit des signes identifiables malgré les façons de les dessiner. Le second principe est le passage de la copie du produit à la copie de l’instruction. Cette évolution a été favorisée par les avancées technologiques permettant de coder les informations sous forme numérique.

Internet est aujourd’hui une banque de données internationale. On peut s’étonner qu’ils soit gratuit si on le conçoit comme élaboré par les humains et pour leur propre bénéfice. Toutefois, cela devient explicable si on le conçoit comme créé par les mèmes pour leur propre diffusion. Par ailleurs, Internet est en train de proliférer en échappant à tout contrôle du fait de sa complexité. Il est envisageable que les évolutions technologiques permettent aux robots d’acquérir des capacités d’imitation, éventuellement supérieures à celles des humains, en faisant de nouveaux supports de mèmes, répondant à un codage et à des modalités de transmission spécifiques.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


Du dualisme cartésien

Différentiant substance étendue et substance pensante à la vision réductionniste la plus radicale l’associant à un paquet de neurones, aucune théorie n’a jamais vraiment pu expliquer la nature de ce que nous considérons être notre moi. Notion émanant d’un corps, persuadée d’en être affranchie et d’avoir pris seule les commandes, le moi est façonné à la fois par le cerveau et par les expériences, sans toutefois se réduire à eux. La structure et le fonctionnement de notre cerveau ne fait apparaitre aucun centre vers lequel convergeraient toutes les informations et d’où sortiraient tous les ordres, mais un fonctionnement parallèle de plusieurs zones dédiées à différentes fonctions. Le moi en tant que centre décisionnel persistant est ce que Daniel Dennett appelle « l’illusion bénigne de l’utilisateur. »
Des expériences ont été réalisées concernant le processus mis en œuvre pour effectuer un mouvement du corps : une onde cérébrale dénommée « potentiel de préparation » précède le mouvement de 0,5 seconde, alors que celle correspondant à la prise de décision ne le précède que de 0,2 seconde. Or d’autres expériences montrent qu’un phénomène doit durer au moins une demi-seconde pour que la conscience s’en empare. Les réactions plus rapides ne sont donc pas déclenchées par la conscience. Ce n’est qu’a posteriori qu’un processus d’anti datation subjective remet les événements dans un ordre qui fait croire que la prise de conscience est une étape préalable à l’action.
Par ailleurs, nos croyances ne sont pas les possessions d’un moi centralisé mais des mèmes copiés par opposition à d’autres qui ne l’ont pas été. Nos souvenirs sont des constructions mentales mouvantes et imprécises que nous parvenons à organiser sous forme de récit. D’après le psychologue Guy Claxton, la conscience « est un mécanisme pour construire des récits douteux dont la finalité est de défendre un sentiment du moi superflu et inexact ».

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


La conception d’un moi réel et persistant

s’oppose à celle d’un moi illusoire. Parmi les partisans de la seconde, certains ont expliqué l’émergence de cette notion par la pratique introspective destinée à prévoir les réactions des autres individus dans les sociétés animales complexes. Cette hypothèse se limite toutefois au seul aspect du comportement. D’autres psychologues évoquent le moi comme une nécessité pratique de la vie. Si elles en soulignent l’aspect positif, ces théories n’expliquent pas pourquoi le moi constitue une croyance et non une simple vision pratique. A l’opposé, le bouddhisme associe l’illusion du moi à l’origine de toutes nos souffrances.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


La mémétique

apporte un éclairage différent et considère le moi comme un mèmeplexe quasi indétectable du fait de son omniprésence dans nos vies. Les mèmes qui s’associent au moi ne son plus isolés mais défendus par leurs porteurs qui les expriment en disant « Je pense que … », « j’aime… » ou même « je déteste… ». Les mèmes qui suscitent l’indifférence sont désavantagés. L’augmentation du nombre de mèmes dans notre société conduit à la survie des plus marqués et des plus provocants. Les oppositions pour leur survie sont donc d’autant plus fortes et renforcent encore l’illusion du moi censé posséder, en tant que convictions personnelles, les mèmes qu’il défend. Dans cette perspective, le moi est un mèmeplexe créé par les mèmes pour optimiser leur réplication.
Nous sommes le résultat des évolutions génétique et mémétique. Le « je » contient des mèmes qui ont pu intégrer le mèmeplexe du moi du fait de leur compatibilité avec la structure du cerveau, déterminée par les gènes, et avec les mèmes déjà présents, leur conférant un avantage sélectif. Ainsi, par le seul pouvoir des réplicateurs, nous constituons un ensemble de mèmeplexes habitant un système biologique. Cela conduit à réfuter plusieurs notions habituellement considérées comme certaines :

  • Le libre arbitre comme faculté du moi à choisir est erroné. Nos décisions sont issues de notre corps et en particulier de notre cerveau contenant des mèmes mais pas d’un moi qui n’existe pas ;
  • La conscience humaine est un mèmeplexe qui donne l’illusion d’être à l’origine de nos actions alors qu’elle n’en est tout au plus que le témoin. Les animaux n’ayant pas de mèmes sont étrangers à ce type de conscience ce qui n’exclut pas qu’ils puissent avoir la sensation d’être ce qu’ils sont ;
  • La créativité est le résultat de la seule compétition entre les réplicateurs, les gènes ayant créé un corps propice à la création et les mèmes adéquats s’y étant logés ;
  • La prévoyance spécifique à l’espèce humaine est également le résultat des sélections génétique et mémétique.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE – un résumé


La rébellion

n’est pas de mise car il n’y a personne pour se rebeller. L’illusion de l’exercer s’inscrit dans le même processus. Tous nos actes et nos choix sont des conséquences de nos histoires génétique et mémétique et non les décisions d’un moi séparé. Des techniques de méditation permettent d’approcher expérimentalement cette idée.
La seule alternative est de démanteler le mèmeplexe du moi par une prise de conscience et d’accepter que les décisions se prennent toutes seules comme conséquences des actions de nos gènes, de nos mèmes et de leurs interactions, entre eux et avec l’environnement. Contrairement aux idées reçues, cette attitude ne conduit pas à un comportement égoïste mais à un soulagement lié à la perte des sentiments de culpabilité et d’angoisse de l’échec. L’abandon de l’idée du moi qu’il conviendrait à tout prix de satisfaire, l’acceptation du fait qu’il n’y a qu’un corps, un cerveau et des mèmes permet un plus grand souci de l’autre.

La théorie des mèmes de Susan BLACKMORE


ANNEXES

Idée fondamentale de la sélection des mèmes : « imaginez un monde remplis de mèmes, et bien plus de mèmes que de foyer pour les accueillir. Quels mèmes auront plus de chances de trouver un foyer sûr et d’être transmis de nouveau ? »

Citations :

  • « L’esprit humain est le sanctuaire que tous les mêmes doivent atteindre pour survivre, mais l’esprit humain est lui-même un artefact créé lorsque des mèmes restructurent un cerveau humain pour en faire une meilleure habitation pour les mèmes. » Daniel Dennett
  • « Tout comme la structure de nos corps ne peut pas être comprise autrement qu’en terme de sélection naturelle, la structure de nos esprits ne peut être comprise qu’en terme de sélection mémétique. » Susan Blackmore

Définitions :
Les mèmeplexes sont des ensembles de mèmes dont l’association augmentent les chances de se répliquer en tant que partie d’un groupe, tout comme certains gènes lorsqu’ils sont associés augmentent leurs chances d’être conservés par la sélection naturelle.

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :