DSC_0013.JPG  La thèse défendue par les BOGDANOV dans LA FIN DU HASARD est à la fois cohérente et contradictoire avec le dogme chrétien. Elle est aussi dangereuse…

Elle est cohérente avec le récit de la création du monde décrit dans LA GENÈSE, nous l’avons déjà vu (voir l’article sur LA FIN DU HASARD).

Mais elle est contradictoire avec la notion de « libre-arbitre » introduite dans le dogme chrétien par Saint-Augustin et ses héritiers (Thomas d’Aquin notamment). En effet, si, comme le prétende les BOGDANOV, tout est déterminé, que rien n’échappe aux lois implacables et prévisibles de la physique, pas même notre jugement, notre raison, alors nous ne sommes pas libres. Nos choix sont conditionnés par ces mêmes lois de la physique, par les mouvements prédéterminés des électrons dans nos neurones, par les réactions chimiques inéluctables qui se déroulent à chaque instant dans notre cerveau et dans tout notre être.

Si les BOGDANOV disent vrai, nous ne sommes donc pas responsables de nos actes et donc non-justiciables ! Le criminel n’agirait qu’en fonction de pulsions internes que lui a léguées la génétique, et qu’il ne fait que subir. Exit donc un pan entier du dogme chrétien, à commencer par la responsabilité devant Dieu de nos actes ! Plus de bien, plus de mal, que du nécessaire ! Terminé le jugement dernier, plus besoin d’enfer et ni de paradis…

On le voit donc, l’hypothèse BOGDANOV du déterminisme nous conduit très loin.

Pourquoi les chrétiens ont-ils toujours défendu l’hypothèse du libre-arbitre ?

Rappelons rapidement la définition admise : Le libre arbitre est la faculté d’agir par nous-mêmes. Il exclut donc l’existence d’un « destin » ou d’une « prédétermination ». Il a pour conséquence notre liberté d’agir, de choisir le bien ou le mal et nous rend, en conséquence, donc responsable de nos actes (par opposition au déterminisme qui induit notre totale irresponsabilité).

On voit tout de suite l’intérêt qu’a le clergé à défendre l’hypothèse du libre-arbitre : si nous sommes responsables, nous sommes justiciables devant Dieu (jugement, il faut quand même le rappeler, délivré par un membre du Clergé et non par Dieu jusqu’à preuve du contraire). Le clergé a donc un pouvoir d’ordre divin, qu’il a su très bien exploité jusqu’aux Lumières. Car ne nous y trompons pas, ce n’est que depuis qu’il n’a plus le choix, que le clergé est devenu tolérant (Michel ONFRAY).

Qui a introduit l’hypothèse du libre-arbitre ?

Les religieux, bien entendu. Saint-Augustin (d’Hippone), dans son traité De libero arbitrio. Il a mis en lumière le premier le paradoxe d’un DIEU bon, mais aussi créateur de l’homme (à son image) qui (on le constate) choisit parfois le mal. Dieu a-t-il ainsi créé le mal ? Il y a ici un paradoxe. Pour sortir de l’impasse, Augustin sort de son chapeau d’ecclésiaste la notion de libre-arbitre (mais aussi, nous le verrons de péché originel) . Il responsabilise ainsi l’homme et dédouane Dieu du mal. Il donne aussi à l’homme sa dignité, son supplément par rapport au monde animal.

À noter également que Saint-Augustin s’est emmêlé les pieds en introduisant également la notion de péché originel ! C’est-à-dire la transmission, générations après générations, d’une faute (celle d’Eve) qu’il appartient à chaque homme de racheter ! On est donc prédestiné. Il faudrait savoir !

Thomas d’Aquin, dans sa somme théologique, confirmera l’hypothèse du libre-arbitre, à partir d’un raisonnement très proche de celui d’Augustin : pour être responsable (de ses actes) l’homme doit être libre. En d’autres termes, pour qu’il y ait « une morale » il faut du libre-arbitre. Il s’agit plus d’une affirmation que d’une démonstration.

Une autre piste semble plus solide : Thomas d’Aquin compare « l’instinct animal » aux attitudes humaines. Lorsque le lion mange la gazelle, il ne la fait pas par cruauté, mais parce que son instinct (de survie) le guide vers sa proie. Il n’y a pas de morale, car il n’y a pas de choix possible pour le lion. On retrouvera chez Rousseau (De l’origine de l’inégalité parmi les hommes) une description similaire du déterminisme chez l’animal (en l’occurrence le chat et le pigeon). En revanche, à l’homme, est offerte cette possibilité de choisir. Il est d’ailleurs tellement libre (c’est encore du Rousseau), qu’il peut choisir, en toute connaissance de cause, des attitudes qui mettent sa vie en péril (boire de l’alcool, fumer, manger gras, salé sucré…).

Qui (outre les BOGDANOV) n’est pas d’accord avec l’hypothèse du libre-arbitre ?

Les philosophes

Pour Spinoza (puis plus tard Nietzsche) : Dieu est partout (panthéisme). L’homme fait partie de ce tout de la nature ou de Dieu) qui le détermine. Il n’est donc pas libre. Il se croit libre, car il n’a pas conscience des prédispositions (Dieu ou sa nature) qui déterminent ses choix.

Les pères de la mécanique quantique

Toutes les équations qui régissent la mécanique quantique, sont fondées sur les probabilités. On ne sait pas dire où est un électron, mais seulement qu’il est plus ou moins probable qu’il soit quelque part. Est-ce la limite de notre connaissance (la mesure de notre ignorance pour Poincaré) ou existe-t-il vraiment un « flou quantique » (TRIHN XUAN TUAHN) ? Einstein penchait pour la première hypothèse. Il semble aujourd’hui (voir l’expérience l’Alain ASPECT) qu’il avait tort.

Les psys

Depuis FREUD, on pense que nos actes sont pilotés par notre inconscient, c’est-à-dire, d’une partie de nous- mêmes qui ne nous est pas accessible. Alors ? Est-ce à dire que personne ne peut être jugé responsable de ses actes ? Le pédophile ne ferait-il que répondre à des pulsions internes, à l’anarchie de ces hormones, à des choses qu’il ne maîtrise pas et dont il ignore jusqu’à l’existence ? Et, pour aller plus loin, est-il donc justiciable ?

En conclusion

Nous allons, une fois de plus, conclure, que nous ne pouvons pas conclure. Les tenants du libre-arbitre ont clairement un intérêt dans leur posture. Mais les autres également. Existe-t-il « des variables cachées » à jamais inaccessibles à l’homme ? Existe-t-il des univers parallèles (hypothèse dite d’Everett ») où tous les choix possibles se réalisent ? En tout état de cause, il convient, je le pense, de rester dans l’incertitude et de ne pas prendre, comme le font les deux fantastiques, des positions trop tranchées, cars construites sur du flanc. Rappelons (je l’ai déjà fait plusieurs fois) que Gödel a déjà démontré qu’à l’intérieur d’un système logique (et notre monde répond à cette définition), il existe des hypothèses qui sont manifestement vraies, mais que nous ne pouvons pas démontrer.


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Joindre la conversation 1 commentaire

  1. […] une lecture  attentive de La fin du hasard, ouvrage certes discutable mais néanmoins très intéressant, je me suis (encore) laissé  tenter […]

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