Étienne Klein l’annonce dès le titre : il s’agit d’un discours. Il ne s’agit pas, et pour cause, de donner une réponse définitive à la sempiternelle question de l’origine de l’Univers.

Scientifique de haut-niveau, mais également très belle plume, Étienne KLEIN livre une description vulgarisée des dernières théories scientifiques sur le sujet, et, lorsque la science est à bout de souffle, propose les réponses métaphysiques ou théologiques.

Étienne Klein donne sa version de la cause première, énoncée par Aristote quelques siècles avant lui :

 » Si l’univers est compréhensible, alors tout a une cause, la cause a elle-même une cause et ainsi de suite. Si cette régression dans le passé est infinie, alors l’univers est incompréhensible. Si cette régression a un point de départ, alors il existe une cause ultime (première) qui n’est causée par rien et que l’on peut appeler Dieu.  »

Cette preuve de l’existence de Dieu sera reprise plus tard par Thomas-d’Aquin.

Définir l’origine

Étienne Klein commence par faire voler en éclat la réponse habituelle sur la question de l’origine de l’univers, donnée par la vulgate scientifique : à savoir le big-bang, une sorte d’explosion originelle d’où seraient sortis le temps et l’espace. Pour Étienne Klein le Big-bang n’est qu’un instant parmi d’autres dans l’histoire de l’Univers ; un instant situé à 10E-43 seconde après le vrai instant zéro, l’instant insaisissable.

Le détail n’est pas anodin, car entre 0 et 10E-43 secondes personne ne sait ce qui s’est passé. Et encore moins ce qui l’a déclenché. Cette barrière, qui fait exploser toutes les équations de la physique, porte un nom : le mur de Planck. Derrière ce mur, ou plutôt avant ce mur, règne un chaos mystérieux ou ni le temps, ni l’espace ne semblent avoir de sens ou toutes les grandeurs de l’Univers, la température, la densité, divergent vers l’infini.

En d’autres termes, pour Étienne KLEIN, définir l’origine de l’Univers ne revient pas à décrire ses phases les plus anciennes (le big-bang), mais à s’interroger sur le passage du néant à la présence d’au moins quelque chose.

Les Cosmogonies

Étienne Klein montre que les mythes anciens (qui traitent tous de la création de l’Univers) ne font pas mieux que la science :  » pas de cosmogonie qui tienne, semble-t-il, sans mise en place, implicite de starting-blocks. » Ainsi, la version grecque est donnée par Hésiode, dans sa théogonie : « Au commencement du monde était Chaos, le désordre. Il fracassait l’Univers au hasard de sa course folle et de cette confusion naquirent Gaïa (la Terre-Mère), le Tartare (les Enfers), Eros (le Désir), Erebos (les ténèbres des Enfers) et la Nuit (les ténèbres de la Terre). » On le voit, au commencement, il y avait déjà quelque chose. On est donc pas au commencement proprement dit. même chose du côté de l’ancien testament :  » Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre… « 

Définir l’Univers

Selon Étienne Klein, l’univers se définit par des lois physiques :

  • constantes dans l’espace et dans le temps ;
  • exprimables en termes mathématiques.

Si des extra-terrestres vivent à l’autre bout de l’Univers, ils éprouvent la même gravité. Et s’ils sont suffisamment intelligents, ils utilisent la même expression mathématique pour la décrire.

Étienne Klein se réjouit de constater que l’univers, au fil des avancées scientifiques, soit devenu un objet de science à part entière.

Pourquoi le big-bang n’est en rien l’origine de l’Univers ?

Étienne Klein déplore, on l’a vu, la célébrité du big-bang. Il est en effet devenu difficile, voire impossible, de détacher le concept  » d’instant zéro » du big-bang.

Étienne Klein montre que les premiers modèles du big-bang, établis notamment par Georges LEMAÎTRE, n’intégraient que l’une des quatre forces de l’univers : la gravitation. Pourtant, lorsqu’on remonte le temps (de 13,4 milliards d’années), l’univers est une purée de particules très chaude et très dense, où les quatre forces sont mêlées. Bref, la vieille théorie du big-bang, qui oublie trois des quatre forces, ne tient plus la route. « L’instant zéro est un instant fictif inventé par l’extrapolation abusive d’une théorie incapable de décrire de façon adéquate un univers très chaud et très dense. »

Comment franchir le mur de Planck ?

Pour avoir une idée de ce qui se passait avant le mur, il faudrait donc établir une théorie qui intègre les quatre forces dans le même jeu d’équations. On en est très loin. La gravitation refuse obstinément de s’assembler avec ses trois collègues.

Une autre idée : on sait que « regarder loin », c’est « regarder dans le passé ». On pourrait, en conséquence, utiliser nos plus puissants télescopes. L’idée est heureuse, mais là encore, il semble que Dieu jette un voile sur nos lentilles : lorsque l’Univers avait 380 000 ans, sa densité était si élevée que la lumière ne pouvait pas s’échapper ! On ne peut donc voir à quoi ressemble l’univers avant ses 380 000 ans !

La physique n’est gère plus heureuse : en s’approchant du mur, les calculs s’affolent, les infinis surgissent dans les résultats, rien ne va plus…

Un espoir : la théorie des cordes

Dans cette théorie développée dans les années 70, les particules ne sont plus des objets, mais des filaments à une seule dimension, des petites cordes vibrantes à des vitesses proches de celle de la lumière. La gravitation apparait comme par magie au détour des calculs. Mais l’espoir est vite déçu : les calculs fonctionnent aux basses énergies, mais, de nouveau, au pied du mur, lorsque l’énergie explose, ils s’affolent.

Pourtant, un résultat capital semble atteint : les grandeurs qui caractérisent l’univers, la température, la densité, ont, dans la théorie des cordes, des valeurs finies. Et qui dit valeurs finies, dit impossibilité, d’une singularité initiale, d’un point infiniment dense et infiniment chaud d’où serait sorti le big-bang.

En d’autres termes, si la théorie des cordes est exacte, exit la singularité initiale de LEMAÎTRE, pas de « commencement », pas de big-bang.

D’autres hypothèses

D’autres théories imaginent un Univers en perpétuel rebond, une succession d’expansions et de contractions sans fin, ni dans le futur, ni dans le passé. D’autres voient une sorte de drapeau à quatre dimensions, flottant dans un espace encore plus grand ou bien un volume fini sans limite (théorie de Stephen HAWKING).

En tout état de cause, ces théories ont une chose en commun : elles font disparaître l’idée d’un instant zéro.

Une idée séduisante

Le vide, on le sait n’est pas vide. Il contient des particules endormies, potentielles, recroquevillées dans une sorte d’arrière-monde. Elles ont besoin d’énergie pour bondir dans le monde réel et devenir de vraies particules. Alors, pourquoi ne pas imaginer un univers tout entier engendrer par un tel vide (quantique) ? L’idée est séduisante. Mais elle nécessite de l’énergie ! Et on se mort la queue. D’où vient cette énergie ?

Les multivers

Apparue dans les années 80, cette idée suppose la création permanente d’univers. Cette idée a l’intérêt de régler une fois pour toute la question du réglage des constantes : on sait que les constantes de notre Univers sont parfaitement réglées. Une petite variation et l’Univers devient une fournaise ou un vide glacé. Si on suppose une infinité d’univers, on peut imaginer que toutes les combinaisons de constates ont été testées. Nous vivons dans l’Univers qui a les bonnes constantes ! Mais là encore, la théorie ne nous dit pas comment tout a commencé.

Première tristes conclusions

Personne n’est donc en mesure de démontrer la réalité d’une origine. Mais personne ne peut non-plus démontrer le contraire. La philosophie est-elle alors à même de prendre le relai, par exemple en paraphrasant Heidegger :  » Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? «  la philosophie permet d’imaginer des origines possibles mais ne peut rein démontrer. On en reste encore à l’état de conjecture irréfutable (au sens de Karl POPPER).

Étienne Klein précise aussi qu’une « théorie du tout » ne permettra sans doute pas de tout expliquer : elle nous apprendra peut-être comment l’univers est apparu mais la question du pourquoi restera entière.

Immanence ou transcendance ?

L’univers contient-il, en son sein, tous les éléments nécessaires à sa création ou a t-il eu besoin d’une intervention extérieure ?

Stephen HAWKING affirmait dans « Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? » que l’univers n’avait pas besoin de causes externes. Il démontrait qu’à partir de la seule gravité, la création de l’univers pouvait s’expliquer. Mais la gravité n’est pas précisément « rien ». De nouveau, on se trompe de débat.

Étienne Klein se rend compte que les modèles des scientifiques expliquent la création des objets de l’univers (les atomes, la masse, le temps) par la transformation d’autres objets qui leurs étaient antérieurs. D’où la réflexion d’Étienne Klein : la physique aurait-elle un faible pour l’immanence ? Ainsi, pour faire un atome, le physicien explique que la nature a besoin de trois quarks (déjà présents dans l’univers). Il ne va pas plus loin et notamment évite de s’interroger sur l’origine des quarks.

Un exception toutefois ! Les lois de la physique (comme par exemple celle de la gravité, que Newton « constatait », mais n’expliquait pas, et que l’on n’explique toujours pas d’ailleurs) … Ces lois étaient-elles présentes avant l’Univers, hors du temps, tapis dans un recoin sombre ? Ou sont-elles apparues en même temps que lui ? Étienne Klein donne l’exemple amusant de deux électrons qui se repoussent, conformément aux lois de l’électromagnétisme. Mais qui diable donne des directives aux électrons ? Comment savent-ils qu’il ne faut pas se rapprocher ?

Mais dans l’hypothèse de lois préexistantes à l’univers, que faisaient-elles en attendant que l’univers ne se décide à surgir du néant pour qu’elles s’expriment enfin ? Où se cachaient-elles ? Qui les a fixées ? Y a-t-il une super-loi qui organise tout ça ? Et une super-super loi qui guide la super loi ? Encore une régression vers l’infini…

Et si elles sont apparues en même temps que l’univers, pourquoi n’évoluent-elles pas avec lui ?

La question du néant

Le néant est impossible à concevoir. Il est différent du vide, car le vide, on l’a déjà vu, c’est du quelque chose en puissance. Le néant ne saurait être sujet, car il perdrait son statut de néant. Il ne peut donc, par définition, changer, car pour changer il faut déjà être quelque chose. La question du passage du néant à l’être reste entière.

Conclusion

Étienne Klein semble pessimiste quant à la perspective de répondre à la question de l’origine de l’Univers en des termes scientifiques. Il semble rejoindre Jean-Paul II demandant à Stephen HAWKING de s’occuper de « l’après-mur-de-Planck », le « avant » étant le terrain réservé à la théologie…


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Astrophysique, Etienne KLEIN, Science

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