L'intérêt général

Les benêts rouges, pardon, les bonnets rouges, les chauffeurs de taxi, les éleveurs de chevaux, les infirmières, les profs de prépa, c’est à qui saura le mieux tirer à soi la couverture financière de l’État, le mieux drainer les derniers subsides de la Nation pour protéger son « avantage acquis », son "régime spécial", sa retraite à 55 ans, ses semaines de huit heures, ses exonérations de taxes, sa retraite-chapeau, ses stocks options,…

Vous direz que, dans les manifestions, sur les banderoles et les tracts syndicaux, sont couchés des slogans politiquement incontestable, qui laisse supposer que la volonté générale reste la priorité de ces groupes de pression. Ils semblent en effet se battre, pêle-mêle, pour :

  • prévenir la casse du service public ;

  • l’adéquation missions-moyens ;

  • les générations futures…

    Trêve d’hypocrisie, leur combat se termine souvent par le cruel : «Le compte n’y est pas ! » Ce qui veut dire ce que ça veut dire !

Derrière ce discours lénifiant, convenu, se cachent des considérations moins présentables et bassement financières. Ces considérations sont souvent justifiées et légitimes. Ce que je condamne, c’est l'hypocrisie ! Pourquoi tant de masques et de paraboles ? Si on veut des sous, réclamons des sous ! Ne faisons pas, à chaque fois, le coup du « service public en danger ».

Bien loin des idéaux de la révolution française, construits à l’origine sur le principe de l’intérêt général, la république française est devenue un champ de batailles où s’affrontent, chaque jour un peu plus, les intérêts particuliers.

Or, l’intérêt général n’est pas la somme des intérêts particuliers (au moins chez nous, si j’en crois le rapport du Conseil d’État de 1999 sur le sujet). Lorsqu’une corporation, un groupe, une classe défend « un avantage acquis », elle le fait payer à une autre. Lorsqu’en 1981, François MITTERRAND donnait la retraite à 60 ans à ses électeurs, il se faisait élire, mais il organisait aussi leur financement par les générations futures. Une société saucissonnée, en classes, en générations, qui ne s’exprime qu’à travers des revendications de corporation n’est plus une société mais un groupe individus (au sens premier du terme) en guerre perpétuelle contre son voisin.

Lorsque j’entends une profession réclamer (souvent à juste titre) plus de moyens, je ne peux m’empêcher de me demander où peut-on bien les prendre, dans un contexte où le budget de l’État n’est pas extensible à l’infini. Faut-il, pour augmenter le nombre d’enseignants, supprimer des infirmières, des pompiers, augmenter encore les impôts ?

Qu’est-ce que l’intérêt général ?

Rousseau, dans son « Contrat social » nous aide une première définition :

« L’intérêt général est compris comme l’intérêt de tous, intérêt civique transcendant les intérêts particuliers : le citoyen, rationnel, fait abstraction de ses intérêts particuliers dans l’exercice de ses fonctions politiques. » On voit que nous n’y sommes pas…

Rousseau poursuit en précisant que :

« dans l’exercice de ses tâches politiques, le citoyen doit se défaire de ses intérêts particuliers, et ne se préoccuper que de l’intérêt collectif… » Décidément, nous avons oublié les fondamentaux.

Rousseau pensait que seule la prise en compte de « valeurs collectives » faisait du citoyen un membre d’une communauté. Sans cette prise en compte l’individu reste une monade détachée de ses semblables.

Nos amis d’Outre-Manche (et Atlantique) ont une définition, héritée de BENTHAM (l’utilitarisme), différente de l’intérêt général, la considérant comme la somme des intérêts particuliers, qui donnera naissance au libéralisme (liberté pour les intérêts privés de se développer sans entrave de l’État), théorisé par Adam SMITH. Ce dernier pensait qu’en « laissant faire » (grâce à sa fameuse "main invisible"), le marché se régulerait et donnerait le plus grand bonheur au plus grand nombre.

Marx pensait, quant à lui, que l’intérêt général n’était qu’une illusion. Il était seulement l’expression de l’intérêt des classes sociales dominantes, qui organisaient les lois de telle sorte qu’elles leur soient favorables.

Pourquoi est-ce si difficile rendre l’intérêt général prioritaire dans ses choix ?

La défense de l’intérêt général ne va pas de soi. Naturellement, on va

  • privilégier une bonne école pour son gamin (qui peut ainsi prendre la place d’un autre) ;

  • pistonner, si on le peut son petit-dernier ;

  • défendre (dans le discours) la planète, mais rouler dans une grosse voiture, et consommer, consommer et consommer encore ;

  • réclamer une augmentation de salaire ou une promotion (au détriment du collègue) ;

  • réserver « sa période de congés » ;

  • réclamer plus de moyens pour "son service" (sans regarder ceux des autres) ;

  • défendre « sa poste » dans son village ;

  • être pour le tri des déchets, mais pas chez-soi (syndrome dit "PUMA" : projet utile mais pas chez moi ;

  • être pour le train, mais contre le TGV qui passe dans son jardin ;

  • être pour l’emploi, mais contre l’usine d’à côté ;

  • être contre « tous ces p….. de camions », mais pour les produits frais dans les super-marchés ;

  • tricher (un peu) avec les impôts (qui est finalement le pot commun qui nourrit l’intérêt général ;

  • payer un artisan au noir (les autres le font bien !!!) et donc priver le pot commun d’un peu de subsides…

Parlons aussi des élus locaux (car tout est dit dans « locaux ») qui défendent « leur » territoire , veulent « leur » autoroute (A65 de Bayrou et Emmanuelli par exemple) qui coûte une fortune, n’est utilisée que par de rares véhicules et dont le coût est supporté par les autres.

Le petit-père COMBES ne condamne pas ces attitudes pendables, car il n’est pas irréprochable. Il est victime de son « cher moi » décrit par Freud. Il aura tendance à aider en priorité les gens qui lui son proche. Parfois, il donnera un sou au resto du cœur pour faire du Rousseau et soulager sa conscience, mais enfin…

Comment y arriver ?

Rousseau pensait que la prise en compte de l’intérêt général relevait de l’éducation pour que chacun puisse réaliser :

« un acte pur de l’entendement qui raisonne dans le silence des passions ».

Seule la loi permet de contraindre l’individu non-éduqué à prendre compte de l’intérêt général (la loi est l’expression de la volonté générale selon les termes de l’article n°6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 26 août 1789).

Aussi, est-il agaçant de constater que nos parlementaires passent leur temps à être les porte-paroles d’associations, de groupes de pression en cherchant à obtenir « une dérogation » pour leurs électeurs. C’est insupportable.

Ou alors, affichons que nous privilégions BENTHAM à ROUSSEAU pour plus de cohérence.

le port de San Fransico

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