montesquieu« Une chose n’est pas juste parce qu’elle est loi, mais elle est loi parce qu’elle est juste ».

1748 – De l’esprit des lois de MONTESQUIEU est publié à Genève sans nom d’auteur


Nous sommes dans la France de Louis XV, une France centralisée autour d’un pouvoir monarchique qui a laissé, depuis longtemps, la gestion du pays aux grands bourgeois. La noblesse a conservé ses privilèges, mais a été dépossédée de ses armes par le Roi Soleil. Louis IV avait en effet été échaudé par la Fronde des grands Seigneurs vécue par son père. Il avait alors fait venir ces grands seigneurs à Versailles, pour mieux les surveiller. La Noblesse d’épées était devenue une noblesse de robes.

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La cours de Versailles

[A partir de maintenant] L’État, c’est le moi ! Louis XIV

Tocqueville dressera un tableau magnifique de la France dans l’Ancien régime et la révolution.

Il montrera comment les bourgeois ont soudain eu accès à la culture, puis ont pris les responsabilités abandonnées par les Nobles dans les campagnes. Ils ont obtenu des postes  ministériel, mais obtenir les privilèges de ces mêmes nobles. Les germes de la révolution étaient, en 1748, déjà semés en terre de France.

C’est dans ce contexte pré-révolutionnaire, où le droit émane exclusivement du Roi de droit divin, que Montesquieu s’interroge sur l’essence de la loi.

L’évidence de la loi

Il constate, dans un premier temps, que tout système organisé, animal ou humain, est régi par des lois. Ces lois permettent à ces systèmes de durer. Réciproquement, la persistance de ces systèmes est la preuve de l’existence des lois, des lois naturelles qui existaient avant l’apparition des systèmes.

L’homme (supposé libre par Rousseau) est le seul à pouvoir violer ces lois naturelles. Rousseau  montrera que l’homme est tellement libre qu’il peut agir à l’encontre de sa nature jusqu’à mettre sa vie en danger (fumer par exemple).

D’où vient la loi ?

Puisque la loi préexiste, Montesquieu s’interroge sur l’état de nature. Pour Montesquieu, l’état de nature est un état de paix (il s’oppose ainsi à Hobbes et Rousseau qui voyaient l’homme comme un loup pour l’homme).

L’état de nature

Quels sont les fondement de l’homme avant qu’ils ne soient influencés par la vie en société ?

L’homme a :

  • l’idée de Dieu (comme le pensait également Descartes) ;
  • un instinct naturel de conservation. A ce titre, il cherche naturellement à se nourrir et à se reproduire ;
  • il recherche le rapprochement avec autrui (c’est l’animal politique d’Aristote) dans le cadre d’une société.

L‘état de société est un état de guerre

Dans le contrat social, Rousseau dira que la vie en société est un état où chacun renonce à la violence pour bénéficier de la protection du groupe. Pour Montesquieu, la société c’est la guerre où chacun essaye de tirer la couverture à soi !

Les trois types de loi

Avant de s’interroger sur l’essence des lois, Montesquieu cherche à les définir. Il en distingue trois grands types :

  1. les lois entre les nations ;
  2. les lois verticales entre les gouvernants et les gouvernés ;
  3. les lois horizontales entre les citoyens.

Quel est le gouvernement le plus compatible avec la nature de l’homme ?

La monarchie ?

Montesquieu rejette l’idée (très répandue au XVème siècle ) selon laquelle la Monarchie reproduirait les relations père-enfants et serait ainsi très proche de la nature de l’homme. Montesquieu argumente en expliquant que la mort du père n’est pas la mort de la vie de famille.

La démocratie ?

Pas forcément ! A chaque peuple son régime qui lui convient ! Il n’existe pas, pour Montesquieu, de forme politique universelle, valable à Paris comme à Tombouctou. La démocratie peut être inefficace pour certaines sociétés qui n’y sont pas préparées par :

  • leur histoire ;
  • leur géographie ;
  • leurs mœurs.

Les types de gouvernements

Montesquieu en distingue trois grands types :

1. Le Régime républicain (la chose publique)

Le peuple fait une loi valable pour tous et s’y soumet.

Le gouvernement républicain est subdivisé en :

1.1 Démocratie (si l’ensemble des individus gouverne)

Le peuple gouverne à travers des élections où il exprime son opinion. Dans la démocratie, une importance toute particulière doit donc être réservée aux lois qui organisent ces élections (quorum notamment pour assurer la légitimité d’une loi). Montesquieu a une (trop) grande confiance en la sagesse du peuple, suffisamment avisé pour choisir correctement ses représentants.

La vertu comme ciment de la démocratie

L’individu vote des lois susceptibles d’impacter sa vie quotidienne ; il doit donc faire preuve de vertu en les respectant.

Son point faible

La démocratie se perd lorsque :

  • la volonté d’égalité s’amenuise ;
  • et, à l’inverse, lorsque l’on veut l’égalité absolue, y compris avec ceux qui commandent.

Dans ces deux cas, les citoyens ne supportent plus de confier leur pouvoir à « des représentants ». Ils veulent tout faire par eux-mêmes. Les représentants du peuple, l’autorité des vieillards ne sont plus respectés.

La liberté cède alors la place à la licence.

Bientôt, la situation devient insupportable et le citoyen fuit tout ce qui ressemble à la liberté, en confiant le pouvoir à un despote qui rétablit l’ordre.

1.2 Aristocratie (si une partie des individus seulement gouverne).

On est toujours dans un régime républicain. Seule une fraction du peuple a le pouvoir (les meilleurs (aristos en grec). L’aristocrate, comme le démocrate, doit être vertueux, car il n’est pas exempt du respect de la Loi. Toutefois, s’il y a des degrés dans la vertu, celle de l’aristocrate est moindre.

Son point faible

L’aristocratie peut évoluer en despotisme, lorsque la classe dirigeante, les aristocrates, s’assoient sur les lois. Un danger extérieur (une invasion par exemple) est alors le meilleur remède.

Le remède : l’éducation

Puisque la vertu est l’ingrédient essentiel du ciment démocratique, elle doit être enseignée avec force.

L’esprit de commerce

Il doit être encouragé, car il invite à la modération, le travail et l’ordre. Mais sans excès, car l’accumulation de richesse n’est pas bonne (Montesquieu rejoint ici Rousseau) : elle suscite la jalousie et conduit à l’oisiveté. Aussi, une loi doit-elle veiller à la répartition pérenne et équilibrée des richesses.

L’esprit des lois

La loi doit réguler les écarts de fortune.

La justice

Le juge ne fait pas la loi. Il se contente de la lire et de vérifier son application « à la lettre ».

La peine est inscrite dans la loi. Le travail du juge se limite donc

  • à vérifier que le cas qu’on lui présente entre dans le cadre de la loi
  • à lire la peine correspondante.

Montesquieu, à cet égard, n’encourage pas les peines trop lourdes qui encouragent, en retour, la cruauté des sujets.

La sécurité

Les républiques cherchent des alliés pour prévenir les guerres en s’organisant en fédérations.

2. Le régime monarchique

Le monarque fait seul la loi et ne s’y soumet pas

Un seul (mono) a le pouvoir. Mais il gouverne selon des lois immuables et s’appuie sur une noblesse, qui est alors essentielle. La Noblesse joue un rôle d’intermédiaire entre lui et le peuple.

Contrairement au démocrate, le monarque n’a pas besoin d’être vertueux, car il n’est pas soumis aux lois qu’il adopte. Il est au-dessus des lois.

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La cours de Versailles

De même pour la noblesse qui, on l’a vu sous l’ancien régime, n’a pas brillé par ses excès de vertu. Elle s’est vautrée dans le stupre, l’oisiveté, l’égoïsme, la cupidité… Elle a excellé dans l’art de la flatterie intéressée du Prince. Ces mauvais exemples de comportements de la classe dirigeante sont très dommageables pour la Monarchie qui se fragilise aux yeux du peuple.

L’honneur comme ciment de la monarchie

Il pousse chacun à bien se positionner vis-à-vis du Monarque ; à se dépasser et ainsi à augmenter la puissance du monarque.

L’éducation de la noblesse

Il est essentiel que l’honneur soit enseigné. Les salons où se réunissent les nobles sont là pour ça. Une « action honorable » est une action « belle » ou « grande ». Peu importe qu’elle soit juste ou pas. On apprend la franchise (envers le Monarque), l’obéissance (au Monarque), les bonnes manières pour se distinguer de la populace.

L’esprit des lois

La loi ici doit figer les écarts de fortune, l’hérédité des privilèges

La justice

Elle est inefficace, car très complexe. La justice doit s’adapter à la multiplication des conditions sociales :  la loi n’est pas la même pour tous). Le juge peut en outre l’interpréter en définissant lui-même la peine.

Son point faible

La suppression de la noblesse ou la perte de sens de « l’honneur » mettent en danger la Monarchie.

La sécurité

Les places fortes sont positionnées aux frontières.

3. Le Régime despotique

Il n’y a pas de lois

Un tyran gouverne, seul. Il exerce son pouvoir directement le peuple et sans loi. Il s’adonne souvent aux plaisir laissant les basses fonctions à un second. Le tyran n’a pas besoin de vertu, ni d’honneur.

C’est le régime le plus égalitaire, car tous (sauf un) sont dans la même condition  d’esclave. L’honneur doit être banni, car le tyran n’a nullement intérêt à voir l’un de ses esclaves prendre de la puissance par ambition.

La crainte comme ciment du despotisme

Il faut une obéissance sans faille des sujets.

L’endoctrinement plutôt que l’éducation

Source des rebellions, l’éducation est bannie par le despote. A la place, il préfère l’endoctrinement. L’endoctrinement est utile pour garder le contrôle sur les esclaves, mais aussi pour leurs chefs : ces derniers fouettent sans réfléchir. Le mal arrive lorsque l’excès des richesses détruit cet esprit de commerce.

La justice

Tout est propriété du prince. Il n’y a donc pas de lois sur la propriété, ni sur la succession. Elle est très efficace : pas besoin d’argumenter pour demander la mort de l’accusé. Puisque le ciment du despotisme est la crainte, la torture doit y être encouragée. Machiavel confirme ce point de vue dans Le Prince.
Son point faible

L’éducation des foules doit être à tout prie interdite. Voir aussi ce qu’en pense La Boétie.

La séparation des pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire est le meilleur garant des libertés politiques.

 

Extrait De l’esprit des lois – Montesquieu

De l’esclavage des Nègres (texte ironique)

Si j’avais à soutenir le droit que nous avons eu de rendre les nègres esclaves, voici ce que je dirais : Les peuples d’Europe ayant exterminé ceux de l’Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l’Afrique, pour s’en servir à défricher tant de terres.Le sucre serait trop cher, si l’on ne faisait travailler la plante qui le produit par des esclaves.Ceux dont il s’agit sont noirs depuis les pieds jusqu’à la tête ; et ils ont le nez si écrasé, qu’il est presque impossible de les plaindre.On ne peut se mettre dans l’esprit que Dieu, qui est un être très sage, ait mis une âme, surtout une âme bonne, dans un corps tout noir.Il est si naturel de penser que c’est la couleur qui constitue l’essence de l’humanité, que les peuples d’Asie, qui font des eunuques, privent toujours les noirs du rapport qu’ils ont avec nous d’une manière plus marquée.On peut juger de la couleur de la peau par celle des cheveux, qui chez les Égyptiens, les meilleurs philosophes du monde, était d’une si grande conséquence, qu’ils faisaient mourir tous les hommes roux qui leur tombaient entre les mains.Une preuve que les nègres n’ont pas le sens commun, c’est qu’ils font plus de cas d’un collier de verre que de l’or, qui chez des nations policées, est d’une si grande conséquence.Il est impossible que nous supposions que ces gens-là soient des hommes, parce que, si nous les supposions des hommes, on commencerait à croire que nous ne sommes pas nous-mêmes chrétiens.Des petits esprits exagèrent trop l’injustice que l’on fait aux Africains : car, si elle était telle qu’ils le disent, ne serait-il pas venu dans la tête des princes d’Europe, qui font entre eux tant de conventions inutiles, d’en faire une générale en faveur de la miséricorde et de la pitié.

Extrait De l’esprit des lois – Montesquieu

La séparation des pouvoirs

Il y a, dans chaque État, trois sortes de pouvoirs :

  1. la puissance législative,
  2. la puissance exécutrice des choses qui dépendent du droit des gens,
  3. et la puissance exécutrice de celles qui dépendent du droit civil.

Par la première, le prince ou le magistrat fait des lois pour un temps ou pour toujours, et corrige ou abroge celles qui sont faites.Par la seconde, il fait la paix ou la guerre, envoie ou reçoit des ambassades, établit la sûreté, prévient les invasions.Par la troisième, il punit les crimes, ou juge les différends des particuliers. On appellera cette dernière la puissance de juger ; et l’autre, simplement la puissance exécutrice de l’État.La liberté politique, dans un citoyen, est cette tranquillité d’esprit qui provient de l’opinion que chacun a de sa sûreté ; et, pour qu’on ait cette liberté :il faut que le gouvernement soit tel qu’un citoyen ne puisse pas craindre un autre citoyen.Lorsque, dans la même personne ou dans le même corps de magistrature, la puissance législative est réunie à la puissance exécutrice, il n’y a point de liberté ; parce qu’on peut craindre que le même monarque ou le même sénat ne fasse des lois tyranniques, pour les exécuter tyranniquement.Il n’y a point encore de liberté, si la puissance de juger n’est pas séparée de la puissance législative et de l’exécutrice.Si elle était jointe à la puissance législative, le pouvoir sur la vie et la liberté des citoyens serait arbitraire ; car le juge serait législateur.Si elle était jointe à la puissance exécutrice, le juge pourrait avoir la force d’un oppresseur.Tout serait perdu, si le même homme, ou le même corps des principaux, ou des nobles, ou du peuple, exerçaient ces trois pouvoirs : celui de faire des lois, celui d’exécuter les résolutions publiques, et celui de juger les crimes ou les différends des particuliers.Dans la plupart des royaumes de l’Europe, le gouvernement est modéré ; parce que le prince, qui a les deux premiers pouvoirs, laisse à ses sujets l’exercice du troisième. Chez les Turcs, où ces trois pouvoirs sont réunis sur la tête du sultan, il règne un affreux despotisme.

 

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  1. […] monarchique. Montaigne (Des cannibales) avait proposé la même satire un siècle plus tôt. Montesquieu (De l’Esprit des lois) avait plaidé pour une séparation du pouvoir législatif et exécutif, seule garantie contre la […]

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  2. […] la bombe révolutionnaire furent allumés dans les milieux bourgeois (Danton, Robespierre, Marat, Montesquieu, Rousseau,…) et que 1789 ne fut que l’expression de la volonté des bourgeois […]

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  3. […] la bombe révolutionnaire furent allumés dans les milieux bourgeois (Danton, Robespierre, Marat, Montesquieu, Rousseau,…) et que 1789 ne fut que l’expression de la volonté des bourgeois […]

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  5. […] Montesquieu (Les Lettres Persanes) avait dénoncé l’absurdité du régime monarchique. Montaigne (Des […]

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  6. […] peu avant la Révolution (1752). Il est donc contemporain des Voltaire, Diderot, d’Alembert, Montesquieu, Buffon et des autres. Toutefois, il s’en distingue, comme nous allons le voir, sur beaucoup […]

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  7. […] (The cannibals ) denounced the absurdity of monarchy, where heredity prevailed over talent.  Montesquieu (The Persian Letters), a century later, proposed a similar satire, Persians astonished to see a […]

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  8. […] ailleurs, monsieur Mélenchon devrait également relire la constitution et aussi Montequieu (De l’esprit des lois) et Rousseau (Du contrat social). Car ce n’est évidemment pas dans la rue que l’on fait […]

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Les lumières, Philosophie, Société

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