Les réserves de pétrole et de gaz accessibles se raréfient. Ce phénomène fragilise de manière significative la fourniture en énergie en Europe. Aussi, la tentation des énergies non-conventionnelles s’amplifie-t-elle chaque jour un peu plus, notamment en France.

Pour ou contre les gaz de schiste ?

Pour l’instant, l’extraction de ces nouvelles énergies était trop complexe ou trop chère, notamment celle des gaz de schiste. Par ailleurs, comme toutes les extractions (pétrole, gaz, charbon), l’extraction des gaz de schiste peut générer des risques pour l’environnement et la santé.

Une question morale

En France, une opposition très nette est constatée. Non aux gaz de Schiste ! Les questions environnementales sont souvent évoquées pour justifier cette position. Pourtant, une question morale se pose. Nous sommes utilisateurs, et même de gros consommateurs d’hydrocarbures. Ne serait-il donc pas « normal » d’assumer les inconvénients liés à leur extraction ? Le célèbre syndrome YNIMBY (Yes But Not In My Back Yard : oui mais pas dans mon jardin) se dissimule souvent derrière les arguments (et les associations) écologistes. On veut bien rouler en voiture mais à condition que le pétrole soit extrait très loin… À quand le principe utilisateur-payeur ? Il convient de rappeler que le delta du Niger et le golf persique (entre autres) sont aujourd’hui complètement dévastés par l’industrie pétrolière qui déverse dans nos réservoirs le précieux carburant.

Petite géopolitique des gaz de schiste

Aux États-Unis, une croissance importante de l’exploitation des gaz de schiste est constatée (50% d’augmentation entre 2006 et 2010. Les États-Unis sont aujourd’hui auto-suffisants en hydrocarbures et bientôt exportateurs. La baisse du coût de l’énergie explique en grande partie la croissance outre-atlantique.

Cette abondance d’énergie à bon-marché est bien entendu dommageable pour le développent des énergies renouvelables. En effet, elle remet sur le marché du gaz naturel (non-consommé aux États-Unis) et fait baisser le prix du charbon. Le photovoltaïque et l’éolien, déjà hors de prix, deviennent une aberration économique qui ne peut plus se développer sans aides d’États. Le nucléaire également souffre de cette abondance. Les investissements sont d’ores et déjà arrêtés aux États-Unis.

La Russie voit d’un mauvais œil ce nouveau concurrent. La fédération fonctionne en effet sur un modèle tiers-mondiste, la principale ressource financières étant la vente de matières premières et notamment de gaz naturel. Depuis longtemps intransigeante sur le prix de son gaz (attitude facilité par un contexte tendu en termes de ressources), elle voit maintenant sa position fragilisée et ses principaux clients, notamment européens, revendicatifs. Aussi, envisage-t-elle d’aider les groupes écologistes dans leur lutte contre les gaz de schiste !

On comprend mieux maintenant pourquoi les Européens, moins liés à l’approvisionnement en gaz russe, n’hésitent plus à soutenir contre la fédération de Russie quelques mouvances pro-européennes remuantes, notamment en Ukraine ou en Géorgie.

D’autres s’inquiètent, : les monarchies pétrolières qui voient poindre une baisse de leur manne pétrolière, de leur (mauvaise influence) sur leurs voisins.

L’intérêt européen pour les gaz de schiste

Malgré des réserves importantes (18 milliards de m3), l’Europe n’est pas un producteur significatif de gaz de schiste. La récente conjonction d’un prix élevé du gaz naturel et le développement américain a toutefois provoqué un regain d’intérêt pour ces gaz en Europe.

Les questions cruciales qui se posent pour l’extraction des gaz de schiste sont les mêmes que celles rencontrées pour l’extraction des autres hydrocarbures. Toutefois, on trouve des spécificités liées à la technique particulière qui est utilisée : la fracturation hydraulique. Elle nécessite l’utilisation d’un mélange d’eau et de produits chimiques sous pression, capable d’ouvrir et de maintenir ouvertes des fissures dans la roche afin de permettre au gaz de s’échapper. Il convient également de noter que des forages supplémentaires, horizontaux, sont nécessaires. Lorsque la phase d’exploitation est similaire à celle de l’exploitation du gaz naturel.

Les avantages de gaz de schiste

Effets de serre

On le sait, en termes de CO2, le meilleur combustible fossile est le gaz naturel (CH4). En effet, la chaleur est produite par la combustion du méthane (carbone et hydrogène) CH4 + O2 → CO2 + H2O. Pour le charbon, seul la combustion du carbone produit de la chauler : C + O2 → CO2. Il faut donc plus de carbone pour produire la même quantité de chaleur (et donc plus de CO2). Il en va de même pour le pétrole qui se situe, en termes de « vertu CO2 », entre le gaz naturel et le pétrole. Le gaz de schiste, quant à lui, est proche du gaz naturel. Mais il dispose d’un avantage sur ce même gaz naturel : il ne nécessite pas de transport puisqu’il est produit sur place. On aime consommer local, notamment pour tout ce qui concerne l’alimentaire, en particulier les fromages de Savoie ! Pourquoi n’en est-il pas de même pour l’énergie ? Pourquoi préférons-nous le gaz russe au gaz bien de chez nous ?

Souplesse

Pour la production d’électricité, le gaz est imbattable en termes de souplesse. En quelques minutes, une turbine à gaz est capable de mettre sur le réseau jusqu’à 50 MW électrique. Il faut plusieurs jours pour une centrale nucléaire ou au charbon ou au pétrole. Pour les ENR, la condition d’une disponibilité rapide est bien évidemment liée à la présence de soleil ou de vent. En termes de souplesse, l’hydraulique est également très performant.

Indépendance et gros sous

Aujourd’hui nous importons la quasi-totalité de nos hydrocarbures. Développer les gaz de schiste réduirait notre dépendance (pour 50 ans au moins), notre déficit, développerait l’économie (baisse du coût de l’énergie, aménagement du territoire, compensation écologique…), augmenterait les recettes fiscales… comme ce fut les cas aux États-Unis.

Les inconvénients des gaz de schiste

Effet de serre

La combustion du gaz de schiste, même vertueuse par rapport à celle du charbon ou du pétrole, émet du CO2, contrairement au nucléaire ou aux énergies renouvelables. De plus, un forage parfaitement étanche aux fuites de méthanes est difficile (rappelons que le méthane est également un puissant gaz à effet de serre).

Par ailleurs, il est certain qu’avec une énergie bon-marché et disponible, un retard significatif du développement des énergies renouvelables est à prévoir.

Quantités d’eau nécessaires

La fracturation hydraulique nécessite 13 000 m3 d’eau par forage ! Il faut donc une source d’eau à proximité du forage. Elle est inutilisable en l’état après récupération, car elle contient des agents chimiques (les fameux additifs) et des traces de métaux récupérés dans la roche. On peut bien entendu la traiter (comme on le fait déjà pour les nombreux rejets d’eaux industrielles ou domestiques) dans des stations dédiées. Elle peut ensuite être réutilisée pour de nouveaux forages. Bref, ce problème n’en est pas un : c’est juste une question de gros sous.

La fracturation hydraulique nécessite de très haute surpression. On aura, à l’intérieur du tube, des pressions supérieures à celles constatées à l’extérieur de ce dernier. On pourrait donc avoir des fuites et, en conséquence, des pollutions des nappes. Des solutions existent néanmoins, notamment la cimentation. Mais le risque nul n’existant pas, il est évident que, même extrêmement réduit, il subsiste. On pourrait également lier la détection de la fuite (notamment par la chute de pression dans le tube) à un arrêt de l’injection ce qui permettrait délimiter la quantité d’eau polluée pénétrant dans la nappe. Ceci pourrait être encadré par la réglementation, notamment le code de l’environnement ou le code minier.

À noter que ces inconvénients existent aussi pour l’extraction du pétrole ou du charbon.

L’avis du petit-père Combes Le petit-père COMBES, en tant que consommateurs d’hydrocarbures, estime qu’il doit assumer les risques liés leur extraction au lieu de les confier à d’autres, peu scrupuleux, qui n’hésitent pas à polluer les mers et océans. Il voit tout l’intérêt géopolitique à l’exploitation en France de cette source d’énergie, notamment la baisse d’influence des monarchies pétrolières, dans lesquelles il met la Russie de Poutine. Il est soucieux des difficultés économiques de ses compatriotes et voit dans l’exploitation des gaz de schiste une porte de sortie. Il fait confiance à ses autorités pour réglementer leur exploitation pour minimiser, autant que faire se peut, les risques pour l’environnement. Mais il s’est déjà trompé…

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Joindre la conversation 1 commentaire

  1. […] la récente indépendance américaine en hydrocarbures (liée à excentration massive de gaz de schistes) et le ralentissement de l’activité chinoise ont remis en cause ce marché de dupes. Le […]

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Ecologie, Economie, Invités

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