marxL’étymologie grecque de « politique » nous donne une première idée du sujet à traiter : politikè, c’est la science de l’organisation la vie dans la Cité.

Traiter de la politique, c’est donc discuter des mille et une façons d’organiser la vie en société.

Une nécessité vitale pour l’humanité

Mais la vie en société est-elle vraiment nécessaire ? Ou, pour poser les choses autrement, l’homme peut-il se passer de politique ? Peut-il affronter seul la nature alors qu’il semble dépourvu de défense naturelle ? Cette faiblesse de l’homme naturel est illustré dans le mythe de Prométhée, dans lequel les animaux reçoivent d’Épiméthée tous les dons naturels indispensables à la survie en milieu hostile (la vue perçante pour l’aigle, la rapidité pour le lion, le flair pour le chien…). Lorsque le tour de l »homme arrive, Épiméthée (celui qui pense après) s’aperçoit qu’il ne reste rien pour l’homme : il sera donc un être moyen en tout, à la merci du premier prédateur venu. Il sera, en conséquence, condamné à s’associer à ses semblables pour devenir plus fort, plus apte à la vie.

Ainsi, pour beaucoup d’auteurs, l’homme est un animal politique (Aristote) ; un être dont l’existence, la survie ne peut se concevoir qu’en société ; la puissance que lui autorise le groupe lui permet de pallier sa faiblesse naturelle.

La société est un prérequis de la survie de l’espèce humaine ; la politique qui l’organise l’est donc tout autant.

Le contrat social

Pour Rousseau, l’humanité sans société est promise à un état de guerre permanent ou le plus fort l’emporte, avant se se faire à son tour terrasser par une coalition de faibles.

Le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître, s’il ne transforme sa force en droit et l’obéissance en devoir. Du contrat social

Pour survivre, cette humanité doit établir des règles de vie en communauté : le contrat social. Le plus fort renonce à la violence, à son « droit » sur le plus faible que lui a donné la nature et, en échange, reçoit la sécurité que lui procure le groupe. État ainsi constitué dispose du monopole de la violence légalisée, à travers ses outils que sont l’armée et la police.

Des intérêts divergents

Pourtant, il semble que communauté et individu défendent des intérêts divergents ; la première étant régie par l’intérêt général, le second par l’intérêt particulier (le cher moi de Freud).

La loi de l’Intérêt général est détruite par la loi de l’Intérêt particulier qui engendre l’égoïsme. Honoré de BALZAC

La politique (dans nos démocraties) vise à définir l’intérêt général et à mettre en œuvre les structures garantissant sa défense, face aux attaques permanentes des intérêts particuliers.

Qu’est-ce que l’intérêt général, sinon la transaction qui s’opère entre les intérêts particuliers ? Qu’est-ce que la représentation générale, sinon la représentation de tous les intérêts partiels qui doivent transiger sur les objets qui leur sont communs ? Benjamin CONSTANT

L’intérêt général

Pour définir la politique, il faut donc définir l’intérêt général. Deux réponses, bien différentes, ont été données en France et en Angleterre au début du XVIIIème siécle.

En France

L’intérêt général dépasse l’intérêt des individus. Il est l’émanation de l’expression (le parlement) de la collectivité. On retrouve ce principe à l’article 6 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, 26 août 1789. La primauté est clairement donnée à l’intérêt général.

En Angleterre

Bentham pensait que la politique devait s’attacher à prendre en compte les intérêts de chacun de ses membres. L’intérêt général (celui de la communauté) n’étant alors que la somme des intérêts particuliers. Le respect de l’intérêt particulier est ici essentiel. On voit comment dans cette vision de l’intérêt général, le libéralisme peut aisément prospérer.

La représentativité, la confiance et le conflit d’intérêt

Tout le monde ne peut être chargé de la fabrication des lois. Dans nos démocraties, comme l’ont voulu les pères de la révolution (Sieyes en particulier), cette charge est déléguée à des représentants du peuple : les députés. Comme on confit la lettre au facteur, on confit la faculté de bâtir une loi à un représentant qui a toute latitude dans l’espace que lui autorise son mandat.

La confiance est donc un pilier capital sur lequel l’ensemble du système repose.

Tout représentant qui brise le lien de confiance, par exemple en profitant de sa charge pour s’enrichir, exercer des passe-droits met, dans le même temps, en péril tout l’édifice.

Montesquieu, pour éviter tout risque d’abus de pouvoir (personnel) au sommet de l’État proposa de les séparer pour instituer le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire ; chaque pouvoir pouvant ainsi surveiller l’autre.

Condorcet proposa une méthode encore plus radicale : le tirage au sort ! Dans son système politique, chaque loi serait votée par un échantillon d’individus tiré au sort. Une fois le devoir accompli, le député d’un jour serait renvoyé dans sa chaumière. Voilà une bonne garantie pour prévenir le conflit d’intérêt, le député n’exerçant pas son mandat pour préparer les prochaines élections ! Une méthode que plébiscite le petit-père Combes et qui éviterait les baronnies locales, dont le seul but est de développer son territoire.

Différents objectifs d’État, différentes formes de politique

Les objectifs de la politique sont étroitement liés à l’objectif de l’État (ou du dictateur lorsque les deux sont fusionnés). L’objectif de l’État peut être sa simple survie, le bonheur d’une caste privilégiée, le bonheur du plus grand nombre, la liberté…

Pérennité de l’État

Machiavel, dans Le Prince, réservait la faculté de construire le droit à une élite, et ceci pour plus d’efficacité dans la complexe construction de la mécanique administrative. Platon, dans La république, donnait ce rôle majeur aux philosophes. Le seul objectif visé étant, dans ces deux cas, la pérennité de l’État, sans considération relative au respect de l’individu.

A noter que dans l’Union Soviétique de Staline, le même schéma fut reproduit, l’État pouvant avoir recours à des moyens parfaitement inhumains pour se survivre à lui-même (on rééduque, on enferme, on tue pour le bien commun). L’individu n’a plus d’intérêt, il est dissous dans une masse informe. On ne peut donc plus considérer, dans un tel État, que la politique ait encore un sens, puisque sa dimension principale, le débat, n’existe pas.

Le même triste constat peut être fait dans l’Allemagne des année 30 où l’uniforme permet de fondre les individus. La politique n’y a pas plus de sens, le guide exposant « la vérité » qu’il n’est pas permis de débattre. On ne débat pas de la vérité pas plus que du résultat de 1+1.

Exploitation de l’homme par l’homme

Marx voyait dans l’Etat l’incarnation du pouvoir de la classe dominante (possédante) : le droit y est arbitraire, au service des plus riches pour que perdure l’exploitation des masses. Cela fut manifestement le cas pendant la période médiévale où le droit émanait d’un seul personnage : le monarque.

L’État c’est moi. Louis XIX (qui n’avait manifestement pas lu Montesquieu)

La Boétie s’étonna ainsi que partout l’homme est né libre et que partout il est dans les fers. Il montra dans son discours sur la servitude volontaire que le ciment de cet État baroque prenait prise dans les coutumes et l’habitude de servir.

Cela fut encore le cas après la révolution française ; Tocqueville montrant que les prolétaires avaient changé de maîtres mais qu’ils étaient restés esclaves.

Cet état fut manifestement au service de la bourgeoisie, n’accordant aux ouvriers que le minimum pour rester en vie et donner naissance à la génération d’ouvriers suivante, tableau misérable peint à merveille par Zola dans Germinal.

La politique vient ici justifier l’existence d’une classe dominante.

La liberté

Cet objectif de la politique suppose une organisation politique spécifique, dont l’objectif est, au travers du débat parlementaire, de définir l’intérêt général, le plus grand dénominateur communs aux intérêts particuliers. Il suppose une organisation à la Montesquieu pour prévenir tout abus de pouvoir. Il suppose des objectifs clairs, une transparence absolue, une liberté d’expression, d’associations…

Les garants de l’État

Pour que l’État dure, il faut que soient pris en compte, autant que faire se peut, les desiderata de chacun. Bref, tout le monde doit pouvoir s’exprimer, être écouté. Une seule limite toutefois : le trouble à l’ordre public.

Il faut également que les politiques soient clairs sur leurs objectifs, communiquent régulièrement pour maintenir le lien de confiance. L’homme publique doit ainsi être désintéressé, intègre, honnête, à l’écoute de ses administrés, transparent sur sa politique.

Aussi une « affaire », telle que l’affaire CAHUZAC, est-elle de nature à fissurer l’édifice en fragilisant sur cette confiance accordée aux politiques.

Les fondamentaux

Le petit-père Combes revient aux fondamentaux : l’État doit garantir le débat public. Le pouvoir peut être confié à des représentants du peuple (en considérant les qualités dont son personnel doit faire preuve). L’action du pouvoir politique doit être définie, après une écoute exhaustive de toutes les opinions et un vote sur ce qui doit constituer le socle commun de la justice. La confiance dans les élites élues est un élément clé pour la solidité de l’édifice et la parole accordée à tous, pour l’adhésion de chacun aux valeurs issues du débat démocratique. Elle suppose la transparence absolue.

La méthode Condorcet lui parait pertinente pour éviter le conflit d’intérêt et la course à la carrière politique.

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Philosophie, Sujet du bac philo

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