nietzsche« Sujet » trouve son origine étymologique du côté de Rome, subjectum indiquant « ce qui est dessous ». Le sujet renvoie donc à un support, un socle sur lequel l’homme serait construit, une architecture cachée et qui, pourtant, le détermine.  Nous ne sommes donc pas très avancés ! Qu’est-ce qui se cache dans nos tréfonds et qui soit à ce point déterminant pour notre être ? Plusieurs réponses ont été donnés à cette question.

Jusqu’à Schopenhauer, nous le verrons, le sujet était totalement transparent à lui-même, dépourvu de face cachée (ou obscure chez les Jedaï). Nous étions dans le cogito cartésien, le « je » qui pense, pleinement conscient de lui-même. Arthur Schopenhauer, inaugura l’exploration de notre inconscient, la partie dissimulée de notre être et qui conditionne la majeure partie du sujet.

La réponse chrétienne

Les pères de la chrétienté, Saint-Augustin notamment, ont pris à leur compte l’héritage d’Aristote : Car l’âme est l’acte et l’essence d’un corps. Aristote.

L’âme est ce qui restera après notre mort, notre parcelle d’immortalité, notre vrai moi ! Le sujet est donc loué à son propriétaire, il appartient à son créateur.Le sujet, construit selon les plans du créateur (à son image dans le texte) reste, dans la réponse chrétienne, parfaitement libre ! Pourquoi ? Si Dieu a créé jusqu’au dernier atome et les lois de l’univers qui vont avec, alors le sujet devrait être entièrement soumis et donc dépourvu de libre-arbitre !Eh bien non. Car Saint-Augustin constate que le mal existe. Or, Dieu, infiniment bon, n’a pu engendrer la guerre, la jalousie, le meurtre… Saint-Augustin ne voit qu’une porte de sortie : l’homme dispose de cette faculté de choir entre le bien et le mal. Le sujet est libre. Et c’est très bien comme ça. Sinon, pourquoi l’enfer, la damnation éternelle… et les indulgences ? S’il n’est pas libre, il n’est pas responsable et donc non-punissable ! Bref, les théoriciens chrétiens (de Saint-Augustin à Saint-Thomas d’Aquin) défendront la théorie du libre arbitre, théorie essentielle à la solidité du dogme chrétien.

D’où vient que nous agissons mal ? Si je ne me trompe, l’argumentation a montré que nous agissons ainsi par le libre arbitre de la volonté. Mais ce libre arbitre auquel nous devons notre faculté de pécher, nous en sommes convaincus, je me demande si celui qui nous a créés a bien fait de nous le donner. Il semble, en effet, que nous n’aurions pas été exposés à pécher si nous en avions été privés ; et il est à craindre que, de cette façon, Dieu aussi passe pour l’auteur de nos mauvaises actions. Saint-Augustin.

Le sujet est libre, libre de respecter le dogme, libre de vivre dans l’unique objectif de préparer sa vie après la mort…

La réponse cartésienne

Descartes sépare l’âme (la substance pensante) et le corps (la substance étendue), le tout étant lié dans sa fameuse glande pinéale. Il offre au sujet, dans son « je pense donc je suis » une identité propre. Le sujet sait, et il sait qu’il sait (homo sapiens sapiens). Le sujet est valorisé. Il est la raison. Il peut être trompé par un mauvais démon, mais il sait, et sans aucune doute, il pense.Le sujet est une chose qui pense, consciente d’elle-même et du monde extérieure.

Et puis Schopenhauer

Le sujet ne se connaît pas. Voilà ce qu’Arthur écrit dans son livre unique !Ce qui connaît tout le reste, sans être soi-même connu, c’est le sujet. Schopenhauer. Le monde comme volonté et comme représentation.

On est loin de Descartes. Le sujet est opaque à lui-même. Il ignore ce qui motive ses actions, ses désirs, ses pulsions. Le sujet c’est le « vouloir vivre », une force indéfinie qui nous commande.La chose en soi c’est la vérité qui vit avant de se comprendre elle-même. Le monde est l’univers de la volonté, et la volonté personnelle est le battement de cœur individuel de cet univers. Nous sommes toujours ce qu’est le tout. Mais le tout, c’est la terre sauvage, le combat, l’inquiétude. Et surtout : ce tout n’a pas de sens, il n’a pas d’intention .Schopenhauer.

Ainsi, le sujet constate son existence, mais il n’en comprend pas le sens :Pourquoi je vis, pourquoi je meurs ? Daniel BALAVOINE

Le sujet n’est qu’un bout d’un tout, un morceau d’univers, un domino pris dans une série infinie de dominos, qui chute sans savoir pourquoi, poussé irrésistiblement par le désir de faire chuter le domino suivant, avant de s’effondrer et de ne plus bouger ; le suivant se posera à son tour les mêmes questions et arrivera à la même conclusion de l’absurdité de la vie.

Au suivant au suivant J`avais juste vingt ans et nous étions cent vingt A être le suivant de celui qu`on suivait Au suivant au suivant. Jacques BREL

Ce qui nous pousse à manger, à nous reproduire, c’est le « vouloir vivre », une pulsion inconsciente, déclenchée par un logiciel interne dont nous ignorons tout.Arthur est le premier à considérer l’homme comme un animal. A l’instar de l’abeille qui ne sait pas pourquoi elle butine, l’homme ne sait pas pourquoi il se lève le matin ; la terre étant de toute façon promise au grand autodafé final de l’univers (dans 5 milliards d’années), mais il se lève quand même, poussé par ce vouloir dont le sens lui échappe.Voilà qui inaugure l’inconscient freudien.

Il n’est pas l’esprit qui se réalise, c’est une poussée aveugle, végétant sans but, se déchirant elle-même… Le réel est dominé, non par la raison, mais par une telle volonté. Schopenhauer

Le sujet, c’est le vouloir

Un détour par Marx

Marx voyait dans notre conscience, notre existence, le résultat de notre histoire. Nos pensées, notamment politiques, sont conditionnées par notre classe.Ce n’est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c’est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience. Marx

Né « bourgeois », nous pensons « bourgeois ». Nés « prolétaires », nous pensons prolétaires. Voilà qui explique pour le taux de bourgeois à l’UMP est si important.Le sujet s’inscrit dans son contexte de classe. Se croyant à l’origine de ses propres idées, il se trompe : son milieu social, sa classe en sont les seuls responsables.

Nietzsche avec Schopenhauer

Nietzsche doit beaucoup à Schopenhauer. Il s’oppose nettement à Descartes, par exemple dans le texte suivant :Une pensée se présente quand « elle » veut, et non pas quand « je » veux ; de sorte que c’est falsifier la réalité que de dire : le sujet « je » est la condition du prédicat « pense ». Nietzsche

Le sujet n’est plus le maître dans son logis. Ce n’est pas moi qui pense ! Nietzsche pense que l’erreur cartésienne vient de l’habitude grammaticale : ainsi, dans « je pense que le Blog du petit-père Combes est très intéressant ! », le verbe « pense » suppose une action. La grammaire impose un sujet, et en l’occurrence, le « je » fait bien l’affaire. Comme « je », c’est moi, mon premier réflexe est de considérer que c’est moi qui « pense… » Voilà pourquoi, abusé par la routine grammaticale, Descartes c’est laissé berner !Pour Nietzsche, comme pour Schopenhauer, quelque chose pense en nous. Quelque chose dont nous n’avons pas conscience mais qui se cache dans nos entrailles. Lorsque j’ai faim, j’imagine que je choisis librement d’aller dans la cuisine. En fait, quelque chose à déclencher, en premier lieu, la sensation de faim. Et ce « quelque chose », c’est pas moi ! Même idée lorsque je suis attiré par la voisine et que je pense choisir librement de lui faire la coure. Le fameux « quelque-chose » a choisi pour moi, a déclenché les pussions nécessaires au désir pour assurer l’avenir de l’espèce. Lorsque la femme se maquille, elle pense le faire librement. Bien entendu, c’est le « quelque-chose » qui lui a donné la première impulsion, étant bien au fait que la séduction participe à la survie de l’espèce.Pour Schopenhauer, comme pour Nietzsche, le sujet n’est pas libre. Comme la plante qui pousse vers la canopée pour trouver de la lumière, le sujet subit « le vouloir », pour le premier, « la volonté de puissance », pour le second, une force invisible qui commande le sujet. Le sujet n’est plus du tout maître dans son logis.

Freud (très) inspiré par Nietzsche

Avec Schopenhauer et Nietzsche le sujet était coupé en deux. Avec Freud, nous voilà en mille morceaux. Ce qui reste au sujet lorsque ’inconscient est retranché, est une « plaisanterie ! ». L’inconscient, essentiellement construit au cours de notre histoire, mais aussi celle de l’humanité tout entière depuis le père primitif de la horde sauvage, est enfoui au plus profond de notre être et ne peut remonter à la surface (à la conscience) qu’au prix d’une coûteuse, douloureuse et toujours imparfaite psychanalyse. Le sujet ne peut donc se connaître. Mais la transparence totale est une utopie.Le sujet peut redevenir partiellement autonome au prix d’un travail important de psychanalyse.

Sartre, l’anti-Nietzsche

Mais si vraiment l’existence précède l’essence, l’homme est responsable de ce qu’il est. Sartre

Pour Nietzsche, le sujet conditionné par sa partie inconsciente n’est pas libre. Sartre écrit l’inverse dans l’existence précède l’essence : le sujet naît vierge et est libre de se construire. Il ne croit pas à la prédétermination du sujet. Il se construit, comme l’avait dit Bloch, en vue du futur, il est tourné vers l’avenir (à inverse de Freud pour qui le sujet était l’héritier du passé).Le sujet de Nietzsche était irresponsable, celui de Sartre est au contraire pleinement responsable de ses actes. Le nier est de la « mauvaise foi ».

L’avis du petit-père COMBES

Le petit-père Combes penche pour l’interprétation nietzschéenne. Le sujet se croit libre, mais ne l’est que très partiellement. Il subit le diktat de l’espèce qui n’a qu’un seul objectif se survivre. Nous ne sommes qu’un réceptacle temporaire pour les gènes (Richard DAWKINS) ; un réceptacle devenu conscient en partie et qui se pose la question de l’utilité de son être. Le sujet ne serait-il qu’un outil pour les gènes ?

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Philosophie, Sujet du bac philo

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