Tout LEIBNIZ est là : Si Dieu existe, d’où vient le mal ? La question est facile à poser. Quelques mots suffisent. Pour la réponse, nous le verrons, nous aurons besoin de plusieurs volumes !

LEIBNIZ (l’éthique selon) par Luc FERRY

Une écoute que le petit-père COMBES vous conseille vivement dans la collection Sagesses et d’hier et d’aujourd’hui.

Si deus est, unde malum ? LEIBNIZ

Tout LEIBNIZ est là : Si Dieu existe, d’où vient le mal ?

La question est facile à poser. Quelques mots suffisent. Pour la réponse, nous le verrons, nous aurons besoin de plusieurs volumes !

LEIBNIZ (l’éthique selon) par Luc FERRY

Déjà, au IVeme siècle, Saint-Augustin (lire aussi l’article sur la morale) avait mis le doigt sur le paradoxe : Dieu est bon et a créé l’homme (à son image selon la Genèse). Comment alors a-t-il pu créer la jalousie, le vice, la méchanceté qui manifestement habite l’homme ?

Ce paradoxe a priori insoluble a conduit Saint-Augustin (et les pères de l’église catholique ensuite) a postulé l’existence du libre-arbitre. Si l’homme est capable de faire le mal, c’est qu’il est libre de le faire. Dieu a donné ainsi à sa création la faculté de choisir librement (entre le bien et le mal). Il inventera aussi le concept du péché originel que l’on se passe de générations en générations. L’enfant qui nait est déjà fautif, car porteur de la faute originelle. Il est ainsi placé dès le départ en état de soumission bien pratique, devant à chaque instant racheter ce péché d’une autre.

Pourtant cette réponse n’explique pas le mal injuste, non choisi : l’enfant mort-né, le nouveau-né handicapé, aveugle à la naissance (lire le texte de DIDEROT sur ce sujet : les aveugles), les catastrophes naturelles qui emportent les innocents.

LEIBNIZ apporta un élément nouveau : Saint-Augustin en fait se trompait. Il croyait voir du mal, car il ne voyait pas le monde dans son ensemble. L’homme, enfermé dans sa finitude, ne peut appréhender la beauté de l’univers. Pour illustrer son raisonnement, LEIBNIZ propose l’image d’un tableau de maître regardé de trop près : on ne voit que des amas de couleurs informes, sans élégance. Seul le recul permet de percevoir la beauté de l’œuvre. Bref Saint-Augustin avait le nez trop près de la toile…

Les trois principes du Dieu créateur de LEIBNIZ

  1. Dieu est rationnel : il ne peut être contradictoire. Il ne peut créer par exemple un cercle carré. (n’oublions pas que LEIBNIZ était mathématicien).
  2. Rien n’advient sans raison (variation du principe de causalité de Descartes) ; une cause à un effet et un effet une cause.
  3. Dieu ne peut faire que le meilleur des mondes possibles. Le monde ainsi créé est élégant : il peut être décrit avec un minimum de principes, mais contient un maximum d’informations, de créatures. On retrouve ici le mathématicien. VOLTAIRE, dans son CANDIDE, se moquera de LEIBNIZ en mettant en scène un philosophe (PANGLOSS) qui, malgré les morts du tremblement de terre de Lisbonne, les viols des Bulgares,… s’entêtera, au titre de ce troisième principe, à voir le le meilleur des mondes possibles.

Le meilleur de mondes possibles

Dans le monde de LEIBNIZ, (unique et meilleur), tous les êtres sont nécessaires. Il n’y a pas de nuisibles mais seulement les éléments indispensables d’une chaîne qui constitue le vivant. Ainsi, les guêpes, les moustiques, les bactéries ou les virus sont, en termes de valeur, l’égal de l’homme. LEIBNIZ serait-il le premier écologiste ? De même, le monde tel qu’il est, avec ses génies et ses idiots, ses gentils et ses méchants, est meilleur des mondes possibles. HITLER, STALINE et les autres y ont aussi leur place. Le mal, que l’on a cru voir jadis à Auschwitz ou en Sibérie , fut nécessaire, sans doute pour un avenir radieux… Je laisse à LEIBNIZ son analyse.

L’éthique

Le fait que Dieu ne puisse se contredire, et ainsi ne puisse créer que le meilleur des mondes possibles, conduit à ranger le philosophe dans la catégorie des tenants du déterminisme (comme les BOGDANOV). Nous n’avons pas le choix. Il n’y a pas pour LEIBNIZ de libre-arbitre. Nos décisions (que nous pensons prendre librement) ne sont qu’une illusion. Elles étaient depuis toujours nécessaires.

Il n’y a donc chez LEIBNIZ ni bien ni de mal, mais que du nécessaire…

A vous de juger.

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Joindre la conversation 20 commentaires

  1. […] Candide, VOLTAIRE tacle la vision béate et naïve de LEIBNIZ qui affirmait que DIEU avait créé le meilleur (et aussi le seul) monde possible. […]

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  2. […] « pourquoi « , ce qui conduit le grand mathématicien et théologien allemand LEIBNIZ à avouer l’impuissance de ses outils mathématiques en poussant son fameux cri de désespoir […]

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  3. […] s’agit en fait d’une réponse à un autre philosophe et mathématicien (Leibniz). Ce dernier qui disputait à Newton l’invention du calcul différentiel, proposait une […]

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  4. […] il emprunte les chemins débroussaillés par LEIBNIZ, chemins qui s’ouvrent sur la terrible et célèbre question : si Dieu existe, d’où […]

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  5. […] (déterministes ou hasardeux), mais pas dans les deux. Nous l’avons vu Descartes, mais aussi Leibniz (le meilleur des mondes possibles) et d’autres étaient de la première catégorie. Nietzsche, […]

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  6. […] n’y a aucun hasard et rien n’arrive sans raison (comme, bien plus tard, chez Descartes, Leibniz (« nihil est sine ratione »), Voltaire et son Dieu-Horloger, Laplace ou […]

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  7. […] barbu), en confondant la nature et Dieu. Les scientifiques (Kepler, Galilée, Descartes, Newton, Leibniz), en montrant que la nature pouvait être enfermée dans des formules mathématiques, avaient […]

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  8. […] l’idée de l’atome de Démocrite et des Épicuriens) imperceptibles avec nos sens. Pour Leibniz, la somme de quantités infiniment petites peut donner une valeur finie ou pour reprendre sa […]

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  9. […] (Kepler, Galileo, Descartes , Newton, Leibniz ) , showing that nature could be enclosed in mathematical formulas, desecrated the world, the […]

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  10. […] est une réponse ironique à un autre philosophe et mathématicien (Leibniz). Leibniz, qui se disputait avec Newton sur la paternité du calcul différentiel, proposait une […]

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  11. […] is an ironic response to another philosopher and mathematician ( Leibniz ). Leibniz, who argued with Newton about the paternity of calculus, proposed a very particular view […]

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Leibniz, Les Allemands, Les Chrétiens, Les lumières, Philosophie, Précurseur des lumières

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