J’ai lu pour vous Absolument Dé-bor-dée de Zoé SHEPARD

Zoé SHEPARD. Voilà un auteur (je n’aime pas « une auteure ») qui n’a pas froid aux yeux.

Absolument Dé-bor-dée de Zoé SHEPARD

Zoé SHEPARD. Voilà un auteur (je n’aime pas « une auteure ») qui n’a pas froid aux yeux. Promise sans doute à une brillante carrière (si elle avait fait preuve d’un peu plus d’hypocrisie et de retenue), Zoé a cru intelligent de dire la vérité. Quelle idée !? Personne avant Zoé avait eu cette curieuse idée ! Elle doit pourtant être intelligente. Et elle devait savoir que la parole franche est synonyme de suicide professionnel dans le monde impitoyable de la fonction publique !

Du même auteur : Le crépuscule des idéaux et DOLFI aux Editions THOT

Toute petite fille, Zoé avait rêvé de servir le public, mener à bien de grands et beaux projets d’utilité publique et d’intérêt général. Sur-diplômée, elle s’était jurée que, si la cause en valait la peine, elle n’économiserait pas ses heures et elle serait soucieuse du denier du contribuable.

Mais voilà ! En plaçant habilement quelques lieux communs (groupe de travail, monitoring; benchmarking, grille d’indicateurs…) devant un parterre d’examinateurs ébahis, elle a réussi le concours d’entrée dans la fonction territoriale ! Et tout s’est effondré.

Zoé SHEPARD découvre alors le monde enchanté et endiablé d’une administration territoriale (elle place l’action dans une obscure mairie à une heure de Paris), un monde où l’on met des majuscules devant tous les mots (Monsieur Le Directeur Général Des Services) pour leur donner de l’importance, où l’on se met au travail seulement lorsque l’ombre du grand-chef (The Chef) approche, où il est urgent de confier demain aux autres, ce que l’on était censé faire aujourd’hui, où la machine à café est plus fréquentée que les bureaux, où les dossiers « casse-gueule » atterrisse immanquablement sur le bureau du dernier arrivé, où le haut de la pyramide hiérarchique, très évasée en son sommet, est squatté par les maîtresses ou les relations du grand Chef Sioux.

J’ai cru d’abord à une fiction. Alors je me suis renseigné. Eh bien non. Zoé raconte bien ce qu’elle a vu pendant ses premiers mois de fonctionnaire de catégorie A (la crème du fonctionnaire)… Comme prévu, sa carrière fut terminée (c’est d’ailleurs le titre de son second livre).

L’administration, décrite de l’intérieur par Zoé SHEPARD, ressemble bigrement à la cour de Louis XIV, le DGS (Directeur Général des Services) faisant office de monarque absolu. Zoé observe. On se courbe devant lui, on se fait mousser, on rit de ses blagues infantiles. Le DGS dispose d’une cour, d’éléments qu’il a personnellement choisi, des hommes (ou des femmes) de confiance, incompétents mais de confiance… Zoé s’indigne. Chacune de ses apparitions est orchestrée par le chef du protocole… La monarchie a été ainsi reconstituée. Les courtisans sachant leur confort directement lié à la survie du Monarque, ils sont prêts à tout pour le protéger, le servir. Le Monarque n’a ainsi aucune crainte : la révolution ne sera pas pour demain.

Et Zoé ? Elle ne fait rien. Enfin rien d’intéressant. On lui donne les dossiers dont personne ne veut. Surtout ceux où des coups sont à prendre. Des notes à rédiger pour la semaine prochaine qu’elle expédie en vingt minutes et que sa collègue s’empresse de s’en attribuer le mérite… Elle fait ses 35 heures (comme tout le monde), mais en un mois ! Elle remarque que pour survivre et surtout monter dans l’échelle hiérarchique, il faut toujours avoir l’air dé-bor-dée, comme sa collègue qui pourtant fait le siège de la machine à cafés, puis des toilettes, pour la première raison évoquée.

Ensuite, il faut en jeter un peu partout sur son bureau pour donner l’impression d’une frénétique activité. Il faut se faire mousser pendant les interminables réunions qui ne mènent à rien. Et puis flatter le chef… Et encore flatter le chef. Et pour cela, ne pas louper le DGS qui déjeune seulement le vendredi à la cantine !

Et que dire des élus ? Les voilà qui placent leurs proches dans l’organigramme, les voilà qui trafiquent les notes de frais pour se payer des p… Zoé n’en peut plus… Et pourtant, on ne sait pour quelle raison, elle va couvrir « The Chef » lors d’un audit externe.

On l’envoie en Chine pour monter un bureau de coopération avec une des provinces de l’empire du milieu. Personne ne lui a dit à quoi servira ce bureau dont le coût est évalué à 25 000 euros de deniers de contribuables par an. Tant-pis. Elle a compris comment fonctionne les cerveaux publiques : elle crée le bureau. D’autres verront bien plus tard ce qu’on pourra en faire. Simplet, son nouveau chef, lance un recrutement pour remplir cette antenne chinoise de la mairie. Sa sous-chef (je n’aime pas « cheffe »)  propose une candidature : la petite-soeur de sa meilleure amie ! Elle ne parle pas chinois, n’a jamais mis les pieds à l’est de Starsbourg, mais peu importe… Sa meilleure qualité est d’être une connaissance de sa sous-chef… On reproche à Zoé de poser trop de questions lors de l’entretien d’embauches…

Un tableau au vitriole d’un monstre administrativo-inefficace, avec ses milliers de vice-présidents grassement payés, l’argent jeté par les fenêtres, peint par Zoé SHEPARD avec beaucoup d’humour. Un livre que je conseille à tous, sauf peut-être à la territoriale.

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2 commentaires sur “J’ai lu pour vous Absolument Dé-bor-dée de Zoé SHEPARD

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  1. désolée de rester anonyme : j’ai reconnu beaucoup de situation dans les livres de Zoé et même votre résumé m’a fait sourire. Etant à la porte du placard, et ne voulant pas qu’il se referme, car moi aussi j’ai eu le malheur de dire tout haut ce qu’il ne fallait pas penser tout bas, je voulais vous dire que ce livre circule dans la territoriale, et que si peu de commentaires en sortent, beaucoup pensent que c’est bien illustré de tant d’absurdité : réduction de la commande de stylos billes (10 pour un service de 40 !) mais à côté beaucoup de choses absolument pas nécessaire qui sont validées de suite (réunion à cheval sur l’heure du repas par exemple…). Bref, beaucoup de carrières foutues quand ceux qui n’en ont pas grimpes les échelons comme les marches, deux par deux.

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