Schopenhauer est le prototype du philosophe pessimiste. La vie est pour lui une longue succession de périodes de souffrance et d’ennui. Il est aussi le premier à mettre en place l’idée d’inconscient (même s’il n’emploie pas le terme). Chez Schopenhauer, le « moi » n’est plus, comme chez Descartes (Je pense donc je suis), transparent à lui-même.

Le monde comme volonté et comme représentation de SCHOPENHAUER


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Il est étranger dans sa propre maison. « Je », comme le dira Rimbaud, est un autre. L’homme ne s’appartient plus. Il est guidé par une force qui lui échappe. Schopenhauer inaugurera ainsi la longue lignée des philosophes du soupçon, dont Nietzsche sera le digne représentant : « es denkt in mir » (quelque chose pense en moi). Freud, même s’il s’en cachera, se contentera de relire ses grands prédécesseurs.

Les deux aspects du monde

Schopenhauer s’attache à distinguer les deux aspects du monde qui nous entoure :

  • la représentation, (la plus évidente (de vidéo : voir)), qui est la projection dans notre esprit des images du monde, un arbre, une pierre, un être…
  • la volonté, qui est l’essence la plus intime du monde, celle qui anime les êtres (y compris inanimés), les pousse vers toujours plus de puissance.

I. Die Vorstellung (La représentation)

Le monde (les objets) est extérieur à notre esprit. Nous ne voyons ce monde qu’à travers l’image (une représentation) que capture puis traite notre cerveau.

II. Der wille (la volonté)

La volonté est l’énergie qui pousse toute chose vers une intensification de sa propre vie, sans but précis. Ainsi, la plante cherche (inconsciemment) à étendre son espace vital (au détriment des autres espèces), grimpe vers la lumière, sème sa descendance, sans objectif bien déterminé autre que l’augmentation de sa propre puissance.

La volonté, c’est la vie qui se veut elle-même, vers toujours plus d’intensité. Le mécanisme ainsi décrit chez la plante est valable aussi pour l’homme : on peut ainsi expliquer les raisons qui poussent un milliardaire (un patron d’Apple par exemple) à travailler toujours plus alors que sa situation financière lui permettrait de prendre une retraite bien méritée : toujours plus de puissance, sans raison particulière autre que la puissance elle-même,…

La sexualité est une autre expression de la volonté. Elle est pour l’individu la voie royale vers l’éternité.

Digression de l’auteur sur le progrès dans le monde capitalisme

Il est amusant de constater que le mécanisme de la volonté décrit par Schopenhauer fonctionne aussi dans le monde des sociétés capitalistes. Le progrès, à l’époque de la révolution, était au service de causes nobles, la liberté, le bonheur du plus grand nombre. Aujourd’hui, une société doit progresser pour conquérir des parts de marché (ou des points d’audimat ». Pourquoi ? Dans quel but ? Plus de liberté ? Plus de bonheur ? Non. Plus de puissance, simplement… Le progrès est devenu sans objectif. On progresse sans savoir pourquoi, ni vers où. Le patron ne sait qu’un chose : si sa société ne progresse pas elle est morte. Comme la plante…

On pourra se reporter aux théories de Max WEBER sur le monde de la technique.

Les conséquences tragiques de ces deux aspects du monde

La volonté de puissance (que l’on retrouvera chez Nietzsche) a deux conséquences :

  • la souffrance de l’individu, qui ne peut satisfaire tous ses désirs ;
  • l’égoïsme, qui nous fait préférer notre propre personne (le cher moi de Freud). Schopenhauer ne croit pas au libre-arbitre qui nous permettrait, par exemple, d’échapper à cet égoïsme.

Les échappatoires

Pour échapper à la tyrannie de la volonté (à l’origine de nos souffrances), Schopenhauer propose :

  • l’ascétisme (le renoncement à nos désirs). Spinoza (les passions tristes) aurait donné des conseils assez similaires. Cette voie le conduit naturellement vers le bouddhisme. Il examine également le suicide, mais il y voit, outre de la violence, une expression nouvelle de la volonté ;
  • l’art. L’individu, par l’expérience esthétique, est capable (s’il est un génie) de s’oublier et, sur un court laps de temps, peut échapper au cycle infernal des désirs insatisfaits ; il met la musique au-dessus de tout, car elle est pure sensation, et non-pas simple copie du réel comme l’est par exemple la peinture. Elle communique de l’émotion par des vibrations, de immatériel ;
  • la compassion.

La leçon de vie de Schopenhauer

La vie « tolérable » (Schopenhauer est essentiellement pessimiste) est possible, si on parvient à atténuer la tyrannie de nos désirs. Pas complètement ! car l’absence de désir conduit à l’ennui (on dirait une dépression aujourd’hui). L’idée est d’être conscient de la tyrannie, à s’en détacher autant que faire se peut, en gardant bien en tête que nous serons de toute façon des éternels frustrés.

Postérité

La notion d’inconscient se voit dans la théorie de la volonté : on peut s’interroger sur l’honnêteté de Freud lorsqu’il affirmait n’avoir lu l’auteur que très tardivement…

C’est la lecture du monde comme volonté et comme représentation qui a suscité à Nietzsche l’intérêt pour la philosophie, bien qu’il est rejeté la compassion (forme de faiblesse, subterfuge des faibles pour dominer les forts : voir l’article sur Généalogie de la morale).

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Joindre la conversation 6 commentaires

  1. […] le lézard, même la pierre,…) cherche à « persévérer dans son être ». On retrouvera chez Schopenhauer la même idée (le vouloir), ainsi que chez Nietzsche (la volonté de […]

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  2. […] (le meilleur des mondes possibles) et d’autres étaient de la première catégorie. Nietzsche, Schopenhauer de la […]

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  3. […] Le monde comme volonté et comme représentation de SCHOPENHAUER […]

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  4. […] Le monde comme volonté et comme représentation de SCHOPENHAUER […]

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Les Allemands, Philosophie

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