schopenhauerLes débuts dans la vie de Schopenhauer ont rien d’enchanté (il doit renoncer à ses études pour aider le père dans un petit commerce qu’il a en horreur, avant que ce dernier (son père) ne se suicide).… Cela explique-t-il sa philosophie du pessimisme ? Sans doute.


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Le pessimisme de Schopenhauer

Le dernier coup de fusil retentit sur le champ de batailles de Waterloo, lorsque Schopenhauer exprime cette souffrance dans ce qui restera son ouvrage majeur :  » Le monde comme volonté et comme représentation « .

Il y méprise à peu près tout le monde : les chrétiens et leur philosophie de la transcendance (l’au-delà), les démocrates, et leur esprit égalitaire, mais aussi les ouvriers et tout ce qui doit gagner sa croûte à la sueur de son front : Schopenhauer est un pur intellectuel et le revendique.

Il n’aime pas non-plus « l’homme en général » : car celui-ci a inventé les arrière-mondes, par fierté, par orgueil ; il s’est détaché du monde réel d’ici-bas en s’inventant une âme immatérielle, supérieure, éternelle.

Pourquoi le monde comme représentation ?

Il a lu Kant, et notamment le concept de chose-en-soi. Lorsque l’homme regarde un cube, il ne voit jamais que trois faces, jamais l’objet dans sa totalité, qui lui reste inaccessible, à jamais… L’homme n’a accès qu’à une représentation du monde, filtré par son esprit, mais pas au monde. Le réel lui sera toujours inaccessible (voir sur ce sujet la confirmation mathématiques de Gödel (1931) dans son théorème d’incomplétude).

Pourquoi le monde comme volonté ?

Il a aussi lu les Indiens (d’Inde). Il en a tiré le concept du « Wille », le vouloir-vivre, une sorte de force ( un peu à la manière de maître Yoda), qui pousse chaque être vers toujours plus d’intensité de vie. Nietzsche reprendra l’idée (en citant sa source) mais en changeant le nom. Le vouloir-vivre deviendra la volonté de puissance. Freud (sans le dire) plagiera les deux compères avec sa théorie de l’inconscient.

Plus fort que Kant ?

Dans la Critique de la raison pure Kant avait posé le problème ainsi : « Les jugements synthétiques a priori sont-ils possibles ? » ou, en d’autres termes, peut-on relier des phénomènes sans expérience(s) préalable(s) ?

Schopenhauer répondit par l’affirmative (la confirmation récente des théories de Higgs sur le Boson montre qu’il avait raison : Higgs avait prévue l’existence de cette particule, uniquement à partir de réflexions théoriques et beaucoup d’intuition. Einstein avait fait de même en soumettant la démonstration de sa théorie de la relativité générale au verdict de la célèbre expérience d’Eddington (1919)

Car Schopenhauer ajouta l’intuition ; La capacité de l’homme à appréhender un problème, trouver des solutions sans disposer de toutes les données nécessaires (résoudre un système de trois équations à quatre inconnues par exemple en ne retenant que les solutions plausibles et en éliminant d’autorité d’autres). C’est cette intuition qui permit à Schopenhauer (et à nous tous) de postuler l’existence du Wille.

Le Wille, c’est la force qui pousse le lierre vers la canopée, le coq vers la poule, le lion vers le plus belle femelle, la femme à se faire belle pour attraper l’homme dans ses filets parfumés, l’homme à cultiver son corps et son jardin… Schopenhauer constata sa présence, mais aussi son absence de but. Le Wille, c’est la vie qui se veut elle-même, sans objectif supplémentaire, sachant que tout ça aura une fin dans un grand feu d’artifice cosmique.

Contre les chrétiens

Depuis Saint-Augustin, nos amis chrétiens avaient postulé l’existence du libre-arbitre pour justifier la condamnation éternelle du pauvre pécheur (et aussi faire fructifier le marché des indulgences).

Aristote avait nié ce point, considérant que chaque action (y compris les actions humaines) avait une cause, et ainsi de suite jusqu’à le nuit des temps. On se croit ainsi libre de manger une pizza, mais c’est la faim qui nous envoie chez le pizzaiolo ; faim provoquée à son tour par un processus chimique dont nous n’avons pas conscience…

Saint-Augustin postula donc (pour 16 siècles) ce libre-arbitre. Schopenhauer fut l’un des premiers à le mettre en doute. Pour Schopenhauer, le libre-arbitre n’est que pure illusion (Nietzsche reprendra mot pour mot l’argumentation) ! La femme ne se maquille pas librement. Elle est poussée vers la salle-de-bains par son inconscient (formule apparue seulement à partir de Freud) pour trouver le plus beau partenaire susceptible de lui procurer la meilleure descendance. Mais elle ne le sait pas. Elle se croit libre.

À noter que le hasard quantique mis en évidence par l’interprétation de Copenhague de la physique quantique et qui démontre l’existence du hasard (auquel Einstein et les Bogdanov ne croyaient pas) donnerait plutôt raison aux Chrétiens.

Le pessimisme de Schopenhauer

Nous ne sommes pas libres ; nous sommes prisonniers d’une force dont nous n’avons pas conscience et qui ordonne le monde sans but, aveuglément (contrairement à Hegel qui donnait à cette force, qu’il appelait l’Esprit, une finalité), avec comme seule perspective, la fin.

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Joindre la conversation 10 commentaires

  1. […] Nous étions dans le cogito cartésien, le « je » qui pense, pleinement conscient de lui-même. Arthur Schopenhauer, inaugura l’exploration de notre inconscient, la partie dissimulée de notre être et qui […]

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  2. […] conquérir le monde. Sa volonté de puissance (au sens Nietzschéen) ou son vouloir vivre (au sens Schopenhauerien) ou son ego (au sens Freudien) n’ont pas de limite. Cette quête permanente du pourvoir […]

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  3. […] le lézard, même la pierre,…) cherche à « persévérer dans son être ». On retrouvera chez Schopenhauer la même idée (le vouloir), ainsi que chez Nietzsche (la volonté de […]

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  4. […] (le meilleur des mondes possibles) et d’autres étaient de la première catégorie. Nietzsche, Schopenhauer de la […]

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  5. […] even the stone …) seeks to « persevere in its being. » We find in Schopenhauer the same idea (wanting) and Nietzsche (the will of […]

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