Malgré un siècle de république, la Turquie n’en finit pas de s’interroger sur son identité. Elle est aujourd’hui confronter à un choix cornélien :

  • choisira-t-elle de conserver intacte sa fragile démocratie séculaire et laïque, voulue par son fondateur, Mustapha KEMAL, dit ATATÜRK le père des turcs ?
  • ou bien, fera-telle le choix de l’Islam politique, identité de feu l’empire Ottoman, sur les cendres desquelles elle éructa ?

La Turquie d’ATATÜRC

Atatürk, emporté par une cirrhose du foie en 1938, fit son possible pour installer, dès 1923, l’option laïque. Militaire, il acquit sa légitimité d’homme d’Etat sur les champs de bataille, notamment en 1915 lorsqu’il repousse une offensive française dans les Dardanelles. Sa victoire contre les grecs en 1921 l’inscrira définitivement dans le cœur des Turcs comme « LE VICTORIEUX ». Elle lui permettra d’imposer aux alliés le Traité de Lausanne (1923) qui dessinera, à son bénéfice, les frontières de la Turquie actuelle.

Le traité en poche, il imposera, à marche forcée, une modernisation rapide du pays, expédiant le calife dans l’Orient Express, imposant l’alphabet latin et l’abandon du fez. Grand admirateur des pères de la révolution française, il rendra l’école obligatoire, y compris pour les filles, et donnera le droit de vote aux femmes ! Après sa mort, ses successeurs renforcèrent son héritage laïque, avec brutalité souvent, méfiant toujours des masses. La Turquie sortit de l’obscurantisme.

Quatre fois en quatre décennies, les généraux kémalistes déposèrent les gouvernements pourtant élus, jugés hostiles aux fondations séculaires du père.

ERDOGAN l’anti-Kemal

En 2002, tout bascula : les Turcs confièrent le pouvoir au parti de la justice, du développement (AKP) et, en particulier, à son leader charismatique et irascible : Recep Tayip ERDOGAN.

Jadis porteur de l’Islam politique, Erdogan fit campagne sur le thème de la piété et du fair-play, en particulier sur la question de l’économie. Soutenu d’abord par le petit parti conservateur anatolien (et bien entendu haï par l’élite Kemaliste), l’AKP grandit rapidement pour devenir une véritable force politique.

Le pays se préparait pour trois scrutins en 15 mois. Pourtant, la question de la nature du régime (séculaire ou religieuse) passa au second plan. Les Turcs votèrent pour l’homme, : un chef capable de stabiliser le pays. Ils n’avaient pas alors conscience de voter aussi pour un dangereux adversaire de la laïcité.

Bas-les-masques

Démonstration de force, manifestations géantes pour défendre un des derniers espaces verts de la ville, ce fut sur un différent écologique qu’en mai dernier la vraie nature du chef apparut au grand jour. La réaction violente d’Erdogan illustra tout l’autoritarisme du premier ministre : gaz lacrymogènes et canons à eau aspergeant les banderoles peintes à la main ; protestations internationales, condamnations de l’Union européenne, outrance onusienne : les grands ce monde ne perdirent pas la face !

Le court séjour d’Erdogan à l’étranger permit d’écouter le ton plus policé du président Abdullah GUL. Un instant, l’illusion… Jusqu’au retour du boss !

Erdogan nous fit le coup de « l’ingérence étrangère », « des ombres malfaisantes venues d’occident pour exciter les foules » ; il invoqua la (fameuse) « main invisible et diabolique de Washington, comme tous les dictateurs en mal de pouvoir avant lui. . L’argument fonctionne à tous les coups.

Malgré les soupçons de corruption, l’AKP fit bloc derrière son leader. GUL signa les décrets restreignant l’usage d’Internet et autorisant la traque des internautes. D’autres décrets renforcèrent le pouvoir exécutif sur le judiciaire, curieuse coïncidence. Les juges étaient prévenus.

Retour au Kemalisme ?

Les municipales de mars donnèrent à nouveau la parole aux électeurs. Mais l’opposition fit preuve d’un manque cruel d’inspiration. Le parti républicain se réclamant d’Atatürk était depuis longtemps miné par les divisions et manquait surtout d’un leader charismatique capable de renverser l’homme fort du pays.

Avec le décrochage de l’économie et la grogne populaire, l’AKP pourrait toutefois perdre ses places fortes, comme Istanbul. L’onde de choc pourrait aussi secouer le parti, catalysant d’internes rivalités, mettant en péril son succès à la la présidentielle d’août prochain !

Mais, si l’on en croit les déclarations du porte-paroles de l’AKP, Erdogan, interdit de porte-feuille ministériel par les conventions de son parti, pourrait chercher la présidence ! Il ne trouverait alors que GUL sur sa route

AKP comme alternative à l’AKP !

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Erdogan, Histoire, Turquie

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