Afficher l'image d'origine

Louis Ferdinand Céline

Une lecture surprenante, un style novateur, VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT déconcerte le lecteur non-avisé. Soit on aime, soit on déteste, c’est tout l’un ou tout l’autre. Je suis de la première catégorie.

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.

Quelques mots sur l’auteur

Louis-Ferdinand Céline (de son vrai nom Louis-Ferdinand DESTOUCHES ; Céline était, semble-t-il, le prénom de sa grand-mère). Il fut un enfant programmé pour la guerre : il né en 1894. La défaite de 1870 (SEDAN) contre les Prussiens était alors dans tous les esprits. Les Français attendaient la revanche.  Céline fut fin prêt en 1914 pour participer à la grande boucherie. Blessé, décoré de la croix de guerre, il fut réformé en 1915.

Afficher l'image d'origine

Voyage au bout de la nuit par Tardi

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline.

Louis-Ferdinand Céline fut alors recruté par une compagnie négrière et partit pour l’Afrique. Il découvrit la traite des Nègres (terme qu’il utilise abondamment dans son VOYAGE), la cupidité des fonctionnaires coloniaux et l’enfer de la forêt équatoriale.

Afficher l'image d'origine

Voyage au bout de la nuit  par Tardi

Lassé, Louis-Ferdinand Céline revint en France et s’installa à Meudon où Il tomba amoureux. Il s’orienta vers une carrière de médecin et fut embauché au dispensaire de Bezons, le temps de (re)découvrir la misère humaine, dans ce qu’elle avait de plus sordide.

Il fit un peu de médecine libérale, qu’il décrira dans le VOYAGE. En 1926, il fit la connaissance d’une danseuse américaine (personnage mis en scène dans le VOYAGE), qui le quittera en 1933, l’année de l’accession d’Hitler au pouvoir. Il partira à sa recherche en Californie pour, comble du désespoir, constater qu’elle avait épousé un Juif. Fut-ce l’origine de son antisémitisme ?

A l’approche de la seconde guerre approche, il n’attend pas GOEBBELS, ni que la croix gammée flotte sur l’Hôtel-de-Ville de Paris pour publier quelques pamphlets anti-sémites (Bagatelle pour un massacre en 1937 – l’École des Cadavres en 1938) d’une rare violence. (voir la citation en fin d’article).

1940. Louis-Ferdinand Céline affiche clairement son penchant collaborationniste, désignant les Francs-maçons et les Juifs comme « les vrais ennemis » de la France, soutenant le principe de la LVF (Légion des Volontaires Français), qui partit se battre sur le front russe aux côtés des Allemands.

1944. Il est du dernier carré des pétainistes. Il est exfiltré par les Allemands et rejoind Sigmaringen. Il meurt à Meudon en 1961. Il racontera dans D’un Château à l’autre son escapade outre-Rhin.

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline – fiche de lecture

Le style

Découpé, haché, le style de Louis-Ferdinand Céline est fait de phrases courtes, de rythme. Son français est oral, un Français de la rue, vivant, le langage du petit-peuple. Il ne voulait pas utiliser le Français du dictionnaire, qu’il rangeait parmi les langues mortes à côté du Latin et du Grec. On trouve pourtant, au hasard des pages, du langage très soutenu, de l’imparfait du subjonctif à côté de mots d’argots, du « jean-foutre » entouré de belles formules. Un style novateur, que l’on n’avait à l’époque (1934) sans doute jamais lu.

Voyage au bout de la nuit de Louis-Ferdinand Céline – fiche de lecture

L’histoire

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est partiellement autobiographique. Écrit à la première personne, il balaye les principales étapes de la vie de Céline. Le héros (BARDAMU) part, sur un coup de tête, pour les tranchées. Il se retrouve en Afrique, puis à New-York avant d’exercer la profession de médecin à Paris. Cette histoire est l’occasion de redécouvrir l’époque, de peindre l’enfer ordinaire, dans le langage des misérables, avec les yeux des gens modestes, ceux qui pourrissent (le thème de la pourriture est omniprésent) dans les tranchées, dans les plantations africaines, dans les usines FORD, les banlieues pauvres de Rancy.

La pensée

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est un livre désabusé. Céline est conscient de l’absurdité de la vie, mais il est impuissant, sans espoir.

Être seul, c’est s’entraîner à la mort. Céline

On retrouve un peu le nihilisme de L’ÉTRANGER de CAMUS. L’absurdité est présente dans le tableau de la guerre, où les soldats errent, sans plan de bataille, sans idée sur le sens du conflit.

Pourquoi on tire sur les Boches ? Ils ne m’ont rien fait moi les Boches ! Céline.

La troupe se perd dans le noir, à la recherche d’un village et les obus prélèvent au hasard des vies, dont celle de l’officier qui, quelques secondes auparavant, haranguait ses troupes.

Afficher l'image d'origine

Tardy

Le monde est absurde et misérable. Les petites-gens souffrent. Ils sont prisonniers des chaînes des usines. Ils suffoquent dans l’enfer équatorial, meurent dans les banlieues pauvres de typhoïde, de cancer, d’avortements clandestins.

Chez Céline, le corps soufre, pourrit, se couvre de sang et de merde. Le monde est aussi injuste et plein de polissons : le héros découvre les fonctionnaires coloniaux, abêtis par la cupidité, les officiers prêts à sacrifier les hommes.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est une ouvre antimilitariste, une critique du patriotisme, cette invention bourgeoise conçue pour trouver des volontaires au massacre.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est aussi un pamphlet anti-colonial. Céline cherche à démonter les préjugés positifs du colonialisme (lire aussi l’article sur CLEMENCEAU conte Jules FERRY). Jules FERRY avait tenté de justifier devant l’assemblée nationale le droit des « peuples supérieurs » à civiliser les peuples « primitifs ». Céline montre des fonctionnaires coloniaux brutaux, racistes, voire alcooliques, traitant « les nègres » comme du bétail dont ils seraient propriétaires.

VOYAGE AU BOUT DE NUIT donne également dans l’anti-capitalisme. Notamment dans son passage sur Détroit, où il décrit le Taylorisme en ces termes : Il (le Taylorisme) broie les individus, les réduit à la misère, et nie même leur humanité.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT dénonce partout l’injustice, mais semble résigné.

TROTSKI y verra une vue passive du monde avec une sensibilité à fleur de peau, sans aspiration pour l’avenir, une sorte d’indignation résignée. Le héros verra l’enfance battue, la jeune fille dégoulinant de sang après un avortement forcé, le crime raté de la vieille, les hommes de sciences impuissants face à la maladie infantile, mais ne dénoncera jamais ces crimes, les fuira, au mieux les regrettera.

VOYAGE AU BOUT DE LA NUIT est une vision désenchantée d’un monde pourri, sans but, ni espoir.

 Je me sens très ami d’Hitler, très ami de tous les Allemands, je trouve que ce sont des frères, qu’ils ont bien raison d’être racistes. Ça me ferait énormément de peine si jamais ils étaient battus. Je trouve que nos vrais ennemis c’est les Juifs et les francs-maçons. Que la guerre c’est la guerre des Juifs et des francs-maçons, que c’est pas du tout la nôtre. Que c’est un crime qu’on nous oblige à porter les armes contre des personnes de notre race, qui nous demandent rien, que c’est juste pour faire plaisir aux détrousseurs du ghetto. Que c’est la dégringolade au dernier cran de la dégueulasserie. Céline.

L’École des cadavres, Louis-Ferdinand Céline , 1938

Louis-Ferdinand Céline est entré dans la grande littérature comme d’autres pénètrent dans leur propre maison. Homme mûr, muni de la vaste provision d’observations du médecin et de l’artiste, avec une souveraine indifférence à l’égard de l’académisme, avec un sens exceptionnel de la vie et de la langue, Céline a écrit un livre qui demeurera, même s’il en écrit d’autres et qui soient au niveau de celui-ci. Voyage au bout de la Nuit, roman du pessimisme, a été dicté par l’effroi devant la vie et par la lassitude qu’elle occasionne plus que par la révolte. Une révolte active est liée à l’espoir. Dans le livre de Céline, il n’y a pas d’espoir. Léon TROTSKI 1933.

Extrait de son escapade africaine

Les crépuscules dans cet enfer africain se révélaient fameux. On n’y coupait pas. Tragiques chaque fois comme d’énormes assassinats du soleil. Une immense chique. Seulement c’était beaucoup d’admiration pour un seul homme. Le ciel pendant une heure paradait tout giclé d’un bout à l’autre d’écarlate en délire, et puis le vert éclatait au milieu des arbres et montait du sol en traînées tremblantes jusqu’aux premières étoiles. Après ça, le gris reprenait tout l’horizon et puis le rouge encore, mais alors fatigué le rouge et pas pour longtemps. Ça se terminait ainsi. Toutes les couleurs retombaient en lambeaux, avachies sur la forêt comme des oripeaux après la centième. Chaque jour sur les six heures exactement que ça se passait.
Louis-Ferdinand Céline – Voyage au bout de la nuit

 

Publicités

Joindre la conversation 6 commentaires

  1. […] Voyage au bout de la nuit de Ferdinand Celine […]

    J'aime

    Réponse

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

CATÉGORIE

Littérature, Philosophie, Société

Mots-clés

, ,