Lors du débat sur Maastricht (1992), Emmanuel TODD, démographe de formation, portait son attention sur la divergence des sociétés industrielles européennes en matière d’immigration et constatait des taux de mariages mixtes très différents. Il n’imaginait pas alors une monnaie unique. Il proposa de voter contre le traité.

  Emmanuel TODD et l’Euro

Minoritaire face au rouleau compresseur des politiques alors aux responsabilités (en 1992 « euro-sceptique » était synonyme d’inconscient, d’inculte, de réfractaire au progrès, de va-t-en-guerre), Emmanuel TODD chercha à comprendre le fonctionnement du monstre et, le cas échant, en citoyen responsable et démocrate, à identifier les moyens susceptibles de sortir l’Euro de l’ornière dans lequel il s’était embourbé.

Il constata alors l’attitude ambigüe de l’Allemagne, restée nationaliste, commençant à drainer l’épargne européenne par une politique (celle de SHRÖDER) de compétitivité extrême, dont le succès n’était envisageable que dans un marché débarrassé de l’instrument de la dévaluation compétitive). Petit-à-petit, il se forgea une conviction : l’Allemagne utilisait l’Euro comme instrument économique à son seul profit et aux dépends de ses partenaires. Nous étions en 1996 !

Le fétichisme de l’Euro

Longtemps, l’idée que l’Euro nous protégeait a triomphé dans l’inconscient collectif. La peur fut sa meilleure alliée : quitter l’euro, c’était entrer dans l’inconnu, entrer dans une pièce sombre et inquiétante qui risquait de s’écrouler à chaque instant.

Emmanuel TODD dénonça l’attitude de nos élites, de nos Énarques notamment, incapable de se remettre en cause. Tel un Pape, un Énarque ne se trompe pas.

 » Nos benêts d’énarques n’ont jamais envisagé les conséquences concrètes du transfert de souveraineté monétaire en Allemagne. »

Emmanuel TODD ne s’en cache pas : la fin de l’Euro ne serait pas sans heurts : la désorganisation de l’économie serait, dans un premier temps, souveraine. Elle serait également temporaire… Rapidement, elle se montrerait bénéfique : elle permettrait de balayer les vieilles lunes héritées du mittérandisme, cette croyance (car il s’agit bien d’une croyance au sens religieux du terme) selon laquelle la vérité résiderait dans la seule monnaie unique ! Ailleurs, l’enfer nous est promis…

L’échec flagrant de l’Euro

Pour Emmanuel TODD, l’Euro ne peut pas fonctionner ! Il affirme que le dogme de l’Euro n’existe qu’en France. A Washington, à Tokyo ou à Berne, la zone euro est considéré comme  » the black hole  » : le trou noir (de l’économie mondiale) ; un gouffre fissuré, dans lequel on met beaucoup d’argent dans l’espoir fou de boucher des brèches géantes d’où s’écoule, sans fin, l’épargne européenne.

Emmanuel TODD a observé l’évolution (post LEHMANS BROTHERS) des économies similaires situées hors de la zone euro : tout le monde (EU, Japon, Suisse, GB…) relance l’économie par une politique monétaire accommodante (celle de la planche à billets qui permette d’alléger instantanément le fardeau de la dette et de mettre de l’argent frais sur le marché). La terre entière se porte mieux et regarde, interloquée, la zone Euro, dominée par l’Allemagne triomphante, enferrée dans un dogme monétaire, qui lui interdit de faire même !

Les conséquences de l’échec de l’euro

Outre l’absence de croissance, le chômage de masse, Emmanuel TODD voit dans la perte de l’influence européenne une des conséquences majeures de cet échec. POUTINE n’a pas peur de l’Europe : il sait que l’UE, minée par sa crise monétaire, ses luttes d’influence, est paralysée par sa dette, tellement dépendante de ses créanciers qu’elle ne peut rester qu’immobile.

L’inconscient HOLLANDAIS

HOLLANDE, c’est inattendu, appelle à la fois au patriotisme et à la collaboration avec l’Allemagne ! je laisse à Emmanuel TODD la comparaison historique. Il voit aussi dans son acharnement thérapeutique à fustiger les anti-EUROs les premiers signes de rébellion de son inconscient : il compare cette hystérie à celle d’un prêtre saisi des premiers doutes sur l’existence de DIEU. Son surmoi, véritable police interne, y voyant un danger majeur pour l’équilibre de notre pauvre ecclésiaste, mettrait alors en place des garde-fous, des blocages surdimensionnés pour éviter que le doute ne se transforme en certitude.

 » L’ébranlement d’une croyance religieuse s’accompagne toujours d’une résistance intérieure qui engendre des fondamentalismes de transition : jansénisme, islamisme, intégrisme monétaire hollandiste. « 

Emmanuel TODD voit donc, chez HOLLANDE, une première évolution rassurante.

L’EURO comme rempart contre la guerre ?

Emmanuel TODD condamne les manipulateurs qui nous vantent l’Euro comme un bouclier, un antidote contre la guerre. C’est tout le contraire. En interdisant la dévaluation compétitive, Maastricht a fait de la zone euro un lieu d’affrontement maximal. La tension avec nos « amis » germaniques n’a jamais été aussi forte.

Emmanuel TODD voit dans le verrouillage de la question monétaire le catalyseur du sentiment d’impuissance. Le citoyen est persuadé que nos politiques (français) ne peuvent plus rien et il est vrai que le ciment dans lequel sont coulées les règles de fonctionnement de l’Euro interdit toute marge de manœuvre. HOLLANDE, tel un écolier qui n’a pas fait ses devoirs, est ainsi attendu à Bruxelles pour « s’expliquer » ! Le FRONT NATIONAL n’a plus grand chose à faire pour démontrer notre perte des souveraineté, notre asservissement à l’Allemagne et sa politique monétaire désastreuse (sauf pour elle).

Emmanuel TODD dénonce cette « institution bidon », qu’est le Parlement européen. Il n’est que la caution démocratique proposée, comme un leurre, aux citoyens. Emmanuel TODD voit émerger en Europe une sorte de domination des puissants États du nord sur les petits États du sud.

 » Les députés européens ne servent à rien, même s’ils sont eux-mêmes très motivés pour être élus : une mandature de cinq ans à ne rien faire, rémunérée 10 000 € par mois (impôts déduits, primes intégrées) leur permettra d’acheter un appartement ou une maison de campagne. « 

Emmanuel TODD p;laide donc pour une abstention aux élections européennes pour décrédibiliser institution et « tuer » l’idéologie.

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Economie

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