Contemporain de Kant et donc des Lumières, HEGEL est autant son compatriote que son alter-ego dans l’art de rendre compliquer ce qui est simple. Force est de constater qu’il amie le jargon et les périphrases !


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Phénoménologie de l’esprit de HEGEL

Aussi en profite-je pour une nouvelle fois remercier Luc FERRY pour sa collection SAGESSES d’HIER et d’AUJOURD’HUI qui ramène la philosophie à la portée de tous.

HEGEL est, dans ses premières années, plus porté sur la philosophie des religions que sur la philosophie proprement dite. Ce qui l’intéresse est de trouver une religion qui conviendrait à un peuple émancipé des dogmes, débarrassé de l’obscurantisme moyenâgeux, protégé des rituels, des postulats…

Si deus est, unde malum ?

Puis il emprunte les chemins débroussaillés par LEIBNIZ, chemins qui s’ouvrent sur la terrible et célèbre question : si Dieu existe, d’où vient le mal ?

En effet, dans le dogme chrétien, Dieu est à la fois tout-puissant et juste. D’où la question légitime : d’où vient le mal ? Elle rejoint celle de Diderot, posée dans La lettre sur les aveugles : Diderot s’interroge sur la signification de l’infirmité.(en l’occurrence la cécité) qui frappe les nouveaux-nés. Ils n’ont guère eu le temps de pécher et les voilà déjà dans le malheur ! Que s’est il passé dans la tête du tout-puisant ? Qu’a t-il voulu ainsi signifier ? L’infirmité fait-elle sens ? Dieu est-il, comme les Chrétiens le disent, omnipotent ? Si tel est le cas, il a voulu, en toute connaissance de cause, cette cécité du nouveau-né et dans ce cas il n’est pas juste, voire méchant…. Ou alors, Dieu est bon et juste, mais das ce cas, il ne peut-être tout-puissant, car le mal a frappé à son insu.

Quelle est donc la signification de ce mal injuste, qui semble frapper au hasard ?

La solution de LEIBNITZ

LEIBNITZ s’en sort (et enlève une épine des pieds chrétiens) en affirmant que le mal n’est qu’une illusion : il propose la célèbre métaphore du tableau de maître. Si l’on s’en approche de trop près, si on colle notre nez sur la toile, on ne voit qu’un amalgame informe de couleurs, des pâtés de gouache, rien qui ne laisse entrevoir la beauté de l’œuvre. Un peu de recul, en revanche, change tout ! Les pâtés se rassemblent, se coordonnent, se répondent pour donner naissance au beau. Ce que l’on avait pris pour du mal (l’amalgame de gouache) était en fait nécessaire à la beauté du tableau. Sans ce pseudo-mal, la beauté d’ensemble aurait été impossible. De même, la cécité du nouveau-né est nécessaire à la beauté de l’humanité et, au-delà, à la beauté du monde.

« Le vrai est le tout » HEGEL

HEGEL, héritier de LEIBNIZ

Le principe d’identité

HEGEL reprend l’idée des « possibles » de LEIBNIZ. Dieu peut tout ce qui n’est n’est pas contradictoire en soi. Il peut, par exemple, créer une banane salée, mais pas un triangle à quatre côtés. Alors pourquoi ne trouve-t-on pas de bananes salées ?

Le principe de raison

A la suite d’Aristote, mais aussi de Descartes, HEGEL avance que tout à une cause ou, (mais c’est la même chose) que rien n’arrive sans raison. Si la banane doit être sucrée, c’est qu’il y a une bonne raison à cela : par exemple, elle doit pouvoir être alléchante pour être mangée et permettre la diffusion de ses graines.

FREUD dira la même chose en réfutant l’irrationnel. Il cherchera à expliquer le lapsus, le rêve, la folie par des causes rationnelles, des traumatismes anciens enfouis dans l’inconscient.Il n’y a plus d’irrationnel, rien que des objets que nous n’avons pas encore expliquées.

Le réel est rationnel et le rationnel est réel. HEGEL

Le principe du meilleur

On retrouve LEIBNIZ et son « meilleur des mondes possibles ». La métaphore mathématique permet de comprendre ce principe. Une belle démonstration est celle qui va à l’essentiel, qui évite les détours, qui démontre sans dépense inutile d’énergie. Il en va de même pour le monde. Il doit être juste, élégant. LEIBNIZ disait à peu près la même chose. VOLTAIRE, caricaturant LEIBNIZ, mit dans la bouche de PANGLOSS les mêmes mots : DIEU, parmi le réservoir infini des « mondes possibles », a choisi le plus rationnel, le plus élégant, en un mot le meilleur des mondes possibles.

Le principe des indiscernables

Pour HEGEL, Dieu n’aime pas la morosité, l’ennui. Il aime la variété. C’est ainsi qu’il ne crée jamais deux cristaux de neige parfaitement identiques. Un monde fait que deux génies ne seraient donc pas complet et encore moins parfait. C’est pour cela que le monde a aussi besoin de crétins.

Le principe de continuité

La nature a horreur du vide, Dieu aussi. Le vide c’est la perte d’espace, un gaspillage d’énergie qui entre en contradiction avec le principe du meilleur. Encore une fois, pour qu’un monde soit riche, il doit donc être divers, comprendre des génies, mais aussi des idiots du village et de nouveaux-nés aveugles ! Voilà au passage pour Diderot.

La vérité

HEGEL part du constat de la multiplicité des points de vue. Si la vérité est une, pourquoi tant d’opinions irréconciliables ? Dans un premier temps, HEGEL pense avoir trouvé le coupable : l’esprit du temps. Ils (les philosophes) disent tous la même chose, mais de manière différente, en utilisant les matériaux du moment. Ainsi les philosophes occidentaux, disent la même chose que les Chrétiens, mais avec leur mots. Chacun essaie de réconcilier l’ici-bas et l’au-delà, Platon invente le mondes idées et les Chrétiens le monde de l’esprit. Seul l’outil est différent, les premiers utilisent la raison, lorsque les seconds se contentent de la foi.

L’évolution du concept de Vérité chez HEGEL

Bon. En y réfléchissant, l’excuse du temps ne résiste pas. Après tout, Stoïciens et Épicuriens vivaient à la même époque, fréquentaient la même agora et, manifestement, n’étaient guère réconciliables.

En outre, HEGEL ne comprenait pas l’obstination des Kantiens, leur résistance leur imperméabilité à ses théories, ses certitudes ?

Ce constat amena HEGEL vers une autre piste : et si tout le monde avait raison ? La vérité pourrait ne pas être enfermée dans un dogme particulier, une théorie singulière. La vérité, serait l’ensemble des opinions qui s’enchaînent dans le temps et l’espace, sans laisser de vide, se regroupant, s’affrontant pour donner naissance à d’autres opinions.

Les trois étapes de la dialectique

1. L’en-soi

C’est de la potentialité, ce qui n’est pas encore défini, mais dispose de tous les plans nécessaires. HEGEL donne l’image de la graine, indifférenciée, qu’il s’agisse de blé ou d’orge, mais qui contient tout le patrimoine génétique permettant sa pleine expression en tant que plante bien distincte.

L’en-soi est l’équivalent du dynamis d’Aristote, le chaos d’Hesiode, ou des « possibles » de LEIBNIZ.

2. L’être-là

C’est la plante, qui s’est déployée, qui a exprimé toute sa potentialité.

C’est la création du monde, le passage des « possibles » au monde réel. C’est extrait du chaos ce qui répond le mieux aux principes de raison, de non-contradiction, de meilleur. Tout se déploie, occupe l’espace, s’entrechoque, explore le monde. Les théories philosophiques jaillissent, bonnes ou mauvaises, justes ou fausses, comblent les vides, se remplacent mutuellement, se succèdent dans une parfaite continuité. De même que l’arbre ne nie pas la graine, une théorie ne nie pas la précédente, mais la complète et la dépasse (principe de l’Aufhebung).

3. Le pour-soi

C’est le fruit, qui est la synthèse des étapes précédentes et qui donnera de nouveau naissance à des graines.

C’est le monde arrivé à son terme, c’est la raison qui saisit l’ensemble, compacte toutes les représentations de la vérité, qui rassemble tous les chemins parcourus aux étapes précédentes et qui donnera l’essor à une nouvelle dialectique, un nouvel en-soi.

Toutes les philosophies qui semblaient se réfuter les unes les autres sont en réalité toutes vraies en tant que moment de la totalité, le vrai et le tout étant synonymes.

HEGEL. Phénoménologie de l’esprit.

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Joindre la conversation 9 commentaires

  1. […] rationaliste porte en lui l’anarchie. Le deuxième courant est l’idéalisme allemand. Hegel considère que la réalité objective n’est qu’une création de l’Esprit ou que sujet et […]

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  2. […] Phénoménologie de l’Esprit de HEIDEGER […]

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Les Allemands, Les lumières, Philosophie

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