cropped-20130801-usa-2013-1921.jpgHeidegger, on le sait, à virer nazi (voir la seconde partie de l’article) dès les premiers bruits de bottes. Mais faut-il pour autant arrêter de le lire et notamment jeter aux orties son analyse du monde de la technique ? Le lecteur est seul juge.


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L’introduction à la métaphysique de HEIDEGGER

Le refus des traditions

Heidegger présente la révolution française comme l’épisode de l’histoire illustrant parfaitement la volonté « d’en finir avec les traditions », de faire « table rase » du passé pour bâtir un ordre nouveau. La démarche est similaire à celle de Descartes lorsque, dans sa quête de vérité absolue, il avait souhaité faire sauter les préjugés (le fameux doute méthodique) ; il s’agit alors pour lui de se débarrasser des acquis de l’éducation, des religions, des certitudes des anciens pour repartir de zéro, en utilisant la seule raison et ceci dans tous les domaines, politiques, scientifiques, religieux.

Luc FERRY a montré que la révolution française s’est construite sur ce principe : il s’agit de tout détruire (jusqu’aux statues des églises), pour tout reconstruire sur des bases neuves, en utilisant la seule raison des citoyens, seule légitime pour écrire la loi (une loi qui ne descend plus du ciel, comme sous l’ancien Régime, mais une loi écrite par l’Assemblée Nationale, par l’homme et pour l’homme). Tocqueville dira que les Jacobins n’étaient que des Cartésiens descendus dans les rues (De la démocratie en Amérique).

Un monde soustrait de ses superstitions

Jusqu’au moyen-âge, le monde était considéré comme « vivant » ; une sorte d’animal, mais un animal un peu particulier, doté de pouvoirs magiques. La pierre était philosophale, la montagne sacrée, la forêt ensorcelée, le ciel peuplé de de créatures… Les Grecs (et les Écologistes aujourd’hui) conféraient à la terre (Gaïa) une personnalité capable de se venger si elle était offensée. (L’attitude des Écologistes aujourd’hui est proche, ces derniers n’hésitant pas à parler de crime contre la planète, comme si cette dernière était capable de ressentir).

Descartes le premier chercha à « désenchanter le monde ». Le monde devint mécanique, mathématique. Le monde commença à « subir » les lois de la physique (comme la gravité par exemple à partir de Newton). Tout événement eut enfin une cause rationnelle. La pierre cessa de réfléchir, la montagne cessa d’être sacrée, la forêt ensorcelée…

S’il restait des phénomènes inexpliqués (comme les feu-follets, par exemple), ils n’étaient plus reliés à des forces surnaturelles. Une cause était bien là. Seule les limites de notre connaissance nous empêchaient encore d’en déterminer la cause.

La raison a ses limites

La connaissance absolue est une chimère : seul Dieu est omniscient. L’homme, par sa raison, par son activité scientifique, se rapproche de cet idéal, mais ne peut pas l’atteindre. Il fonctionne comme une fonction qui tend vers asymptote, une courbe qui augmente perpétuellement vers un maximum sans jamais l’atteindre.

Car, l’homme est un être qui ne peut s’empêcher de penser. Il progresse donc. Mais l’homme n’est pas Dieu. Il n’atteindra donc pas sa perfection.

Où tout ça nous conduit-il ?

Ces principes (Tout jeter du passé, détruire les superstitions, construire sur des bases neuves en utilisant la raison) conduisent Heidegger au principe de volonté : il s’agit de soumettre le monde à la volonté de l’homme, par sa seule raison et vers un objectif défini par lui et pour lui : le bonheur et la liberté.

Le monde n’est plus magique, encore moins sacré. La montagne, anciennement peuplée d’esprits, peut être maintenant transformée en carrière (nous voyons ici que nos amis Écologistes font, de leur côté, le chemin inverse).

L’objectif de la science ne se limite pas à l’explication les mystères, mais également dans l’amélioration de la vie.

Le bonheur est une chose nouvelle en Europe » dit Saint-Just en 1791. Nous verrons que tout ça n’aura qu’un temps…

Le monde de la technique

Luc FERRY fait un détour par Nietzsche avant de revenir à Heidegger. Pour Nietzsche, en effet, le monde est mû par une « volonté de puissance » , une force aveugle, qui nous pousse vers l’avant, mais sans but précis, une force qui ne cherche qu’à acquérir plus de puissance plus de champ pour s’exprimer davantage, se déployer encore plus loin dans l’univers.

Ainsi, le lierre monte vers la canopée, se débarrasse (s’il le peut) des autres plantes susceptibles de lui barrer la lumière. Pourquoi ? Bien entendu, il ne le sait pas. La volonté de puissance est son moteur. Tout le monde (y compris l’homme) fonctionne ainsi (cette idée était déjà présente chez Schopenhauer (le vouloir vivre)).

Dans l’univers de Nietzsche, la force qui meut les êtres est froide. Elle n’a pas d’objectif, aussi louable soit-il. Elle ne veut que sa propre intensité.

Heidegger transpose cette structure au monde de la technique

Le monde libéral, qui en est son achèvement le plus ultime, agit sans objectif. Une entreprise cherche à conquérir des parts de marché pour… acquérir des parts de marché. Dans la tête du dirigeant d’entreprise, nulle volonté de liberté, pas de recherche de liberté, ni de bonheur, seulement la volonté de développer l’entreprise (la volonté qui se veut elle-même), sans projet humaniste, le développement pour le développent.

Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qui poussait un Steeve Jobs à travailler jusqu’à la mort ? La liberté ? Le bonheur ? Une vie meilleure ? Non. Il était simplement soumis à cette règle mécanique, cette volonté de puissance souveraine, aveugle qui veut sa propre intensité.

La finalité (ou plutôt l’absence de) du progrès

La question suivante :alors s’impose : le progrès (scientifique) est-il vraiment un progrès ? Libère-t-il l’homme, comme l’a fait (par exemple)p la charrue au XVI ème siècle ? Est-on meilleur si nous possédons un ordinateur plus puissant ? Est-on plus libre parce que notre téléphone va plus vite ? Est-on plus heureux avec la 4 G ? Est- on arrivé au stade ultime où le progrès avancerait (et il n’y a aucun doute là-dessus), sans savoir vers quoi, sans projet, sans finalité (on retrouve ici du Max WEBER) ? Certes oui.

Par ailleurs, le nombre d’acteurs étant infini, personne ne maîtrise plus le processus nous dit Luc FERRY.

En termes politiques

Pour Heidegger, la démocratie est à la politique ce que le libéralisme et le communisme sont à l’économie (voir la citation ci-dessous) : pas de fin, pas d’objectif, aucun projet.

Heidegger vit ainsi dans l’Allemagne hitlérienne un rempart contre ces deux extrêmes, « une possibilité », pour l’homme, d’établir une relation satisfaisante avec la technique (1966).

Cette conclusion le poussa à prendre sa carte au parti nazi dès 1933 et à expulser les Juifs de son université.

Une fin bien malheureuse pour cette pensée arrivée dans une impasse monstrueuse. La guerre finie, Heidegger opta pour un retrait (tactique ?) de la politique.

Remerciements

Merci encore à Luc FERRY de m’avoir (comme Kant avec Hume) sorti de mon (long) sommeil dogmatique.

Cette Europe qui, dans un incurable aveuglement, se trouve toujours sur le point de se poignarder elle-même, est prise aujourd’hui dans un étau entre la Russie et l’Amérique. Ces deux nations, du point de vue métaphysique, sont identiques : la même frénésie sinistre de la technique déchaînée et de l’organisation sans racines de l’homme normalisé.

HEIDEGGER et les NAZIS

Heidegger fut très tôt adhérent du parti nazi, alors NSDAP (National Socialist Deutsche Arberbeiter parti). Le parti était alors déjà clairement antisémite (voir le lecture de Mein Kampf écrit en 1921-22). Heidegger ne pouvait l’ignorer. A noter aussi que l’antisémitisme, à cette époque, était monnaie courante, et pas seulement en Allemagne. Signalons que la moitié de la France était alors anti-Dreyffusarde et que la Russie était le siège de Pogroms (terme russe pour désigner le harcèlement des Juifs par la communauté chrétienne de Russie) dès la fin du XIXème siècle.

Lors de l’accession de Hitler au pouvoir, Heiddeger fut élu recteur de l’université de Fribourg-en-Brisgau. Fort de ses nouvelles fonctions, il aurait alors cherché à « adoucir » le nazisme. Son échec manifeste expliquerait-il sa démission dès 1934 ? En tout état de cause, il conserva sa carte d’adhérent… Jusqu’en 1945 !

Sa fidélité ne fut guère récompensée puisque le parti, suspicieux, l’interdit d’enseigner en 1944 : ne comprenaient-ils pas tout simplement ses écrits ?

Deux curiosités dans ce parcours : d’abord, sa liaison avec Hannah Arendt, philosophe comme lui, certes, mais aussi juive !

Quelques remords (sincères ?)

Voir, au sujet du remord, la citation ci-dessous qui ne laisse aucune place au  doute sur son engagement en 1933.

Bien plus tard, Heidegger sembla faire un mea culpa :  » le Nazisme était une barbarerie. J’ai commis la plus grande erreur (die größte Dummheit seines Lebensde sa vie en prenant ma carte d’adhérent ) en s’inscrivant au parti nazi.

Les étudiants qui, ces dernières années, sont entrés dans la SA, la SS ou dans les ligues de défense en lutte pour l’insurrection nationale sont prioritaires, sur présentation d’un certificat de leur supérieur, dans l’attribution d’aides (remises de droits d’inscription, bourses, etc.).
En revanche, les étudiants juifs ou marxistes ne devront plus jamais recevoir aucune aide.
Les étudiants juifs mentionnés ci-dessus sont des étudiants de souche non-aryenne au sens e l’alinéa 3 de la Loi pour la restauration de la fonction publique et de la sous-section 2 de l’alinéa 3 du premier décret d’application de la Loi pour la restauration de la fonction publique du 11 avril 1933.
Cette interdiction d’accorder des aides s’applique également aux étudiants de souche non-aryenne dont l’un des parents et deux grands-parents sont aryens, et dont le père a combattu pendant la Grande guerre sur le front pour l’Empire allemand et ses alliés. Les seules exceptions à cette interdiction sont les étudiants de souche non-aryenne, qui ont eux-mêmes combattu sur le front ou dont le père est mort durant la Grande guerre en combattant du côté allemand.

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