Photo 083On entend souvent « L’Europe c’est la paix », comme s’il s’agissait d’une évidence qui ne devait souffrir d’aucune contestation. Nos élites avancent cet argument comme étant un fait indiscutable

L’Europe c’est la paix ?

Alors le petit-père COMBES, en incorrigible sceptique, a décidé de se poser la question.

Certes 70 années de paix, c’est inédit en Europe. Notre histoire française nous a plutôt habitués à une période de retour des conflits entre nations européennes de 40 à 50 ans (1792 à 1815 (de Valmy à Waterloo) – 1870 (Sedan, sans parler de la guerre de Crimée) – 1914 à 1918 – 1939 à 1945), soit deux fois par siècle en moyenne ; la France étant particulièrement concernée.

Certes ces 70 années correspondent à la création de l’Europe. Mais y a-t-il une relation de cause à effet ? Aime-ton plus notre voisin européen depuis 1945 ?

Churchill fut le premier a avancé l’idée européenne, y voyant le garant de la paix. Dès 1946, il avança même, au cours d’un discours américain, le principe de la réconciliation franco-allemand ! L’idée mit du temps à se concrétiser.

L’Europe que nous avons aujourd’hui est-elle l’Europe rêvée par Churchill ?

Les causes des conflits entre nations européennes

Au cours de l’ancien régime, les guerres furent des guerres de conquête, des luttes d’influence. L’Angleterre fut longtemps l’antidote à l’hégémonie française (notamment sous le règne de Louis XIV ou pendant les guerres napoléoniennes). 1870 fut provoquée par Guillaume Ier de Prusse pour catalyser l’unité allemande au détriment de la France. 1914 s’explique par un jeu d’alliances européennes, l’Angleterre redoutant la montée de l’influence allemande sur le continent. 1939 fut la conséquence du Traité de Versailles (1919) qui fit la part belle à la France, lui octroyant l’Alsace et la Lorraine. Le traité portait en lui les germes de la revanche d’une Allemagne humiliée par le « diktat » (ce qu’avait vu Churchill, mais pas Clemenceau).

Il est évident que ce type de conflit « classique », pour récupérer des terres, gagner de l’influence sur le continent est aujourd’hui impensable. Premièrement, la dissuasion nucléaire est là pour empêcher quiconque de réclamer l’Alsace et la Lorraine. Deuxièmement, c’est sur le plan économique qu’aujourd’hui l’influence se gagne.

Les causes des conflits ont-elle disparu avec l’Europe ?

L’Europe que nous avons n’est pas celle rêvée par Churchill. Il ne s’agit nullement d’une Europe politique, destinée à privilégier l’intérêt général des européens. C’est une Europe économique, construite autour d’une monnaie unique.

Ainsi, et ce fut marquant dans lé débat post-européennes, chaque pays envoie ces députés à Strasbourg pour « défendre les intérêts », de son pays : le député UMP de service, ce soir-là, fut sans ambiguïté (et contradictoire dans les termes) :  » je suis un européen convaincu. Il faut donc que les partis proeuropéens soient forts, pour que la voix de la France soit entendue et que ses intérêts soient bien défendus ! ». Alors le petit-père COMBES se demande en quoi « défendre les intérêts de la France » est-elle une démarche européenne ?

On le voit donc dans le discours, puis dans les actes (à gauche et à droite), nos euro-députés ont pour mission de défendre la maison France. Ils doivent veiller à ce qu’une directive européenne ne nous pénalise pas. Ils doivent plaider pour la PAC favorable à nos agriculteurs, nos quotas de pêches,… Churchill se retournerait dans sa tombe. On le voit, l’antagonisme entre Nations n’a pas disparu. Elle s’est déplacée sur le plan économique. Le projet européen se résume à une bataille d’experts nationaux.

Il n’y a pas de sentiment européen

Tocqueville l’avait déjà constaté dans « De la démocratie en Amérique ». Il y a moins de différence entre deux Américains vivant à plus de 2000 km de distance qu’entre un Breton et un Normand. S’il revenait parmi nous, il constaterait l’énorme fossé qui sépare un Français, d’un Allemand, ou d’un Polonais. Il n’y a pas de sentiment appartenance à une communauté. Et c’est là qu’est la problème. On a peur du plombier polonais, du transporteur roumain ou de l’électricien grecque. On n’a jamais vu un New-yorkais effrayé par l’installation d’un médecin californien. Ce qui marche aux États-Unis est insupportable en Europe. On le voit tous les jours : à gauche comme à droite, c’est banco pour l’Europe mais la France, d’abord ! Et si, au passage, on peut récupérer un peu plus d’aides que notre voisin…

Cette absence de sentiment d’appartenance, l’opacité du fonctionnement de la nébuleuse européenne, explique le retour au désir de Nation, une entité visible, une entité homogène, construite par 1000 ans d’histoire.

La crise a aggravé ce diagnostic

Jacques SAPIR l’a montré : l’Euro a favorisé l’Allemagne. L’Europe du « moyen de gamme », c’est-à-dire l’Europe du sud plus la France, a été contrainte, en raison de l’intransigeance allemande, de mettre sur le marché international des produits chers, invendables. On peut vendre une BMW cher, grâce à l’image du produit et aux possibilités de financement des particuliers offertes par l’endettement garanti par l’Euro. Pour une Peugeot, c’est impossible. Bref, l’Allemagne, dont la formidable épargne est en Euros, et dont l’économie est adaptée à un Euro fort, est et reste intransigeante quant aux éventuelles dévaluations de l’Euro (voir les arrêts de la cour de Karlsruhe). Elle tue l’Europe du sud à petit feu qui s’endette pour se maintenir à flot.Cette Europe du sud est contrainte à l’équilibre budgétaire en réduisant ses importations. Et après ?

Le sentiment d’une Europe incapable de nous protéger s’installe. Le sentiment d’une Allemagne toute puissante gagne du terrain. La zone euro fut la plus touchée par la crise. C’est la région du monde présentant le plus fort taux de chômage, le plus fort endettement, la plus faible croissance. L’Euro nous protège ? Mais de quoi ? partout en Europe les directives venues d’en haut, par du personnel nommé et non-élu, deviennent de plus en plus insupportables.

L’Europe, telle qu’elle a été construite par Millerand et Kohl, est donc l’Europe du ressentiment. Elle conduit aujourd’hui à l’exacerbation des sentiments nationaux. elle nourrit les extrêmes. Et pourrait un jour conduire à la guerre !

L’avis du petit-père Combes

Mitterrand aurait du lire un peu plus Churchill et écouter un peu moins Kohl.

Les États-Unis d’Europe ne sont malheureusement pas pour demain.

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