Cet essai exprime la désillusion d’un homme qui ne veut plus faire semblant de croire dans l’avenir de l’espèce humaine.

L’humanité disparaîtra. Bon débarras ! de Yves Paccalet

Après des années de militantisme en faveur de l’écologie, le constat est amer : l’humanité ne s’en sortira pas. L'humanité disparaîtra. Bon débarras ! de Yves Paccalet

I – L’humanité Alzheimer

Les cultures ancestrales des tribus primitives se sont effacées devant ce que le mode de vie occidental a de pire : Coca-Cola, bières, séries télévisées, alcool, armes à feu. Les vêtements traditionnels ne sont plus réservés qu’aux fêtes et aux touristes. Les peuples dépositaires des mémoires autochtones s’éteignent sur tous les continents sous l’action conjuguée de l’épuration ethnique dont ils ont été les victimes, des maladies apportées par les envahisseurs, de l’économie marchande et de la destruction des écosystèmes.

Partout la forêt primaire recule. L’exploitation des ressources n’apporte que le malheur aux populations autochtones, qu’elles soient humaines, animales ou végétales. En de nombreux endroits comme Haïti ou en Nouvelle-Guinée, le scénario est le même : l’homme déboise pour cultiver la terre, vendre le bois exotique ou exploiter les ressources minérales. Privé de la couverture végétale qui assurait son maintien, l’humus devient une boue instable charriée par les fleuves jusqu’à la mer ou il asphyxie les espèces côtières et les coraux. Puis les terres défrichées, privées de substrat, deviennent stériles. Les paysages pelés apparaissent là où existait jadis la diversité multicolore.
Le drame que connait la Nouvelle-Guinée ne s’arrête pas à sa forêt. Les papous en sont réduit à saccager la mer : ils pêchent au cyanure pour capturer des poissons destinés aux l’aquariophiles, à l’explosif pour l’alimentation des pays occidentaux ou condamnent à une mort lente les requins dont ils prélèvent l’aileron pour le marché chinois. Quand à eux, ils souffrent de malnutrition. Sur le plan culturel, la longue maison mélanésienne traditionnelle qui servait jadis de centre au village a été remplacée par la juxtaposition du temple, de la mosquée et de l’église.
Mais l’homme qui saccage ainsi la nature est passé très près de la disparition. Il y a environ 73000 ans, le volcan Toba en Indonésie connut la plus forte irruption de ces dernières 25 millions d’années. L’hiver qui lui fut consécutif provoqua l’extinction massive d’espèces animales et végétales. L’Homo Sapiens ne dut son maintien qu’à la survie de 10 000 individus dont nous sommes tous les descendants.

II – Dévorons nos bébés

La surpopulation est un problème majeur. Dans le règne animal, la démographie s’autorégule : une phase d’expansion rapide est suivie par une forte baisse du nombre d’individus. Pas chez l’homme. Il a su augmenter les surfaces exploitées et les rendements pour pouvoir continuer à se multiplier : de 1,5 milliards en 1900, nous sommes passés à 2 milliards en 1930, 2,5 milliards en 1945, 3 milliards en 1960, 4 milliards en 1975, 5 milliards en 1987, 6 milliards en 1999, 7 milliards 2011 dont près de 6 milliards dans les pays pauvres. Comment arrêter cette irrépressible instinct de procréer sur une planète dont les ressources ne peuvent subvenir aux besoins de tous ? Si l’augmentation se poursuit avec la tendance actuelle, nous serons 9 à 10 milliards en 2050 puis 40 milliards en 2300. Ce chiffre ne pourra pas être atteint. Notre espèce connaîtra à court terme une crise radicale voire sa disparition complète.

III – Quelque chose en nous d’un peu nazi...

L’homme est méchant. Il est animé de pulsions violentes envers les autres espèces mais également envers la sienne. Contrairement au loup, à qui il est injustement comparé, l’homme nourrit des haines qui le conduisent au meurtre, à l’exécution, à la guerre, à l’anéantissement de l’ennemi. Notre Histoire, dont nous sommes si fier, est imbibée de sang. Nombre de nos œuvres d’arts les plus illustres traitent de faits violents, de martyrs ou de héros. De toute évidence, nous ne serons pas capables de maitriser cette violence et de nous sauver nous-même du néant.
Nous sommes tous un peu nazi, de différentes envergures et à différents niveaux, de celui qui invente la solution finale à celui qui se livre à des bassesses ordinaires s’il a l’assurance de l’impunité en passant par celui qui dénonce les juifs ou qui participe à son échelle à une dictature. Nous sommes tous susceptibles d’asservir, d’exploiter, de tuer, d’humilier, de façon directe ou indirecte. Hitler, Staline, Mao, Pol Pot comme tous les autres criminels et tortionnaires ne sont pas des fous. Ils montrent le pire dont l’humanité est capable. Leurs actions ont été rendues possibles par des personnes banales.
Par ailleurs, nous agissons tous dans notre propre intérêt, sans scrupule et quelles qu’en soient les conséquences. Un comportement altruiste n’est souvent qu’apparent. Il vise une reconnaissance sociale ou simplement un intérêt commun. Le bien d’autrui à titre désintéressé nous est étranger.
L’association de la capacité de détruire l’autre combinée à l’incapacité de renoncer à nos intérêts caractérise l’espèce humaine et nous sera fatale. Le conflit nucléaire est le scénario le plus probable.
L’éthologie nous apprend que les êtres vivants obéissent à trois pulsions principales : la reproduction, le territoire, la domination. L’être humain ne fait pas exception. La surpopulation illustre la première de ces pulsions. Mais c’est dans les deux dernières que le coté nazi de l’être humain se manifeste le mieux : conquête territoriale, massacre, oppression… Son cerveau lui permet de se justifier et d’augmenter l’efficacité de ses moyens.

Méfions nous de nous-même comme des donneurs de leçons : personne ne peut exclure d’être un jour lié à un massacre.

IV – Ah ! Dieu que la guerre est jolie…

La surpopulation atteindra un niveau critique et débouchera, compte tenu des caractéristiques d’intelligence et de violence de notre espèce, sur un XXIe siècle belliqueux. Les hommes se détruiront avec des armes de plus en plus efficaces et encore moins de scrupules.
Nos pulsions de territoire et de domination sont inextinguibles : nous défendons à tout prix notre maison, les limites de notre propriété, mais aussi notre point de vue et notre position sociale, notre corporation, notre communauté. Nous éprouvons de la satisfaction lorsque nous nous élevons individuellement ou avec ceux qui partagent les même intérêts. Ces pulsions expliquent le racisme, le dénigrement de l’autre, le terrorisme et les guerres qui visent l’extension de l’espace vital ou l’accès aux ressources naturelles, souvent l’eau ou le pétrole. L’eau est consubstantielle à la vie. Alors on fait des barrages, on détourne des rivières, privant les populations en aval. Le pétrole est la drogue dure de l’homme moderne. On exploite sans mesure des ressources qui s’épuisent.
L’énergie, bradée au XXe siècle, sera l’enjeu de guerres au XXIe. Jusqu’à aujourd’hui, environ 1000 milliards de barils de 159 litres ont été extraits. Les réserves connues sont évaluées à 700 milliards de barils supplémentaires, les ressources à découvrir à 200 milliards. Nous sommes au pic de Hubbert, c’est à dire que nous avons consommé la moitié de l’existant. A cette pénurie annoncée, pas d’alternative crédible :
Du coté des énergies non-fossiles :

  • l’uranium n’est pas présent en quantité suffisante pour se substituer au pétrole,
  • la maitrise de la fusion nucléaire reste trop hypothétique et lointaine pour répondre aux problèmes qui s’annoncent ;
  • les énergies renouvelables (solaire, marémotrice, éolienne, géothermique) n’ont pas fait l’objet de développements suffisants pour constituer une réponse ;
  • du côté des énergie fossiles, les spécialistes qui promettent des ressources colossales ne sont pas crédibles :
    • les quantités de gaz naturel sont limitées : environ quarante ans de réserves ;
    • les hydrocarbures non-conventionnels, tels que les naphtes du Venezuela (1200 milliards de barils espérés), les sables asphaltiques du Canada (1800 milliards de barils espérés) et les schistes bitumineux du Colorado, du Wyoming et de l’Utah provoquent des catastrophes sur l’environnement et les populations locales ;
    • les gaz et huiles de schistes présents entre 2000 et 3000 mètres sous la surface terrestre sont condamnés à être récupérés par la technique de la fracturation hydraulique qui provoque notamment des pollutions majeurs des nappes. Il n’existe pas d’autre procédé, la seule alternative étant de lui donner un autre nom pour calmer les esprits ;
  • du côté des biocarburants, ou «agrocarburants» ou même «nécro-carburants», deux filières existent : les huiles (colza, palmes, tournesols…) et les alcools issus de la fermentation de la cellulose et de l’amidon des betteraves, du blé ou de la canne à sucre. Eux non plus ne sont pas des solutions : leur rendement est très faible compte tenu de l’énergie exigée par la culture des végétaux. De plus, leur production est un non sens notamment dans les pays pauvres où leur culture accélère la déforestation et prend la place des cultures vivrières ;

Les besoins en énergie, portés par la politique de croissance et la volonté des pays en développement de rejoindre le standard américain, conduiront, dans les vingt ans qui viennent, à une crise majeure et à la guerre. Cette guerre sera chimique, bactériologique et nucléaire, car jamais dans l’histoire un instrument de domination n’est resté inutilisé. Chacun pourra ainsi profiter de l’équivalent de deux tonnes de TNT qui lui est personnellement réservé, réparti dans les différents arsenaux. L’évolution recommencera alors son travail pour donner naissance à des organismes complexes.

V – Treize bonnes raisons pour une extinctionUne espèce existe en moyenne pendant 10 millions d’années.

Homo Erectus est apparu il y a 2,5 millions d’années ; l’Homo Sapiens 200 000 ans. Il disparaitra prématurément, condamné par une nature inadaptée à son environnement. Voici treize scénarios possibles. Il n’a aucune prise sur certains d’entre eux. Pour d’autres, sa responsabilité est entière.

  • La météorite tueuse : une météorite du type de celle qui s’est abattue dans le Yucatan il y a 65 millions d’années, faisant disparaitre des dinosaures, frappe la terre : les poussières mises en suspension la prive de lumière et de chaleur. Les pluies deviennent acides, les tempêtes se généralisent, la photosynthèse s’arrête, des gaz à effet de serre, notamment du gaz carbonique et de l’ammoniac, sont libérés du sous sol. La probabilité d’un tel événement est faible mais non nulle. Un tel objet doit passer en 2029 puis en 2036 à moins de 100 000 km ;
  • Le nuage de poussière : le système solaire entre dans un nuage de poussières stellaires privant la terre d’une grande partie de la lumière et de la chaleur de son étoile. Progressive une période de glaciation s’installe, la réduisant les productions alimentaires végétales, animales. La pénurie provoque des guerres et la disparition de notre espèce ;
  • Les volcans en furie : une irruption de grande envergure produit des conséquences comparables à celles de la chute d’une grosse météorite ;
  • Le destin de l’Ile de Pâques : la folie s’empare des hommes qui épuisent les ressources. Sur l’Ile des Pâques, il s’agissait de réaliser des statues pour s’attirer la bienveillance des dieux sur fond de guerre tribales. Pour disposer des rondins et des cordes nécessaires, la forêt fut rasée, les équilibres biologiques rompus, les terres rendues stériles. Il ne resta rien de l’ancienne civilisation que quelques insulaires amnésiques. Notre planète est une Ile de Pâques ;
  • Les armes de destruction massive : une guerre nucléaire survient. Les modélisations montrent qu’une guerre de moyenne importance scellerait le sort de l’humanité : nuit de trois mois due à la poussière déplacée, mort des plantes, pluies acides, sources imbuvables, températures glaciales, mers et rivières gelées, destruction de la couche d’ozone, mort des hommes et des animaux à l’exception des scorpions, araignées, crustacés et un grand nombre de bactéries supportant ces conditions. Les alternatives : mourir dans les premiers ou subir une longue agonie ;
  • Comment nous déplaçons les montagnes : les déséquilibres occasionnés par notre orgueilleuse activité de remodelage et de défiguration de ce que la nature avait mis des millions d’années à réaliser condamne la biosphère et nous avec ;
  • La Mer d’Aral asséchée : l’assèchement de la mer d’Aral à l’époque soviétique par le détournement des fleuves qui l’alimentaient est, parmi les outrages que l’homme a infligé à la nature, emblématique de l’irresponsabilité de notre espèce. Il s’agissait d’irriguer des cultures de coton dont la création avait été décidée en Ouzbékistan et au Kazakhstan. Des étangs putrides chargés de métaux lourds remplacent désormais une mer qui abritait jadis une grande diversité biologique et faisait vivre des dizaines de milliers de personnes. La terre pourrait subir un sort identique ;
  • Le sida des dauphins : les dauphins s’échouent en masse, victimes de maladies infectieuse. Après avoir supposé une forme se sida, ces dérèglements sont aujourd’hui attribués à la pollution humaine qui s’est accumulées à tous les niveaux de la chaîne alimentaire dont ces grands prédateurs sont le dernier maillon. Une telle agonie nous guette ;
  • L’effondrement de la biodiversité : les services inestimables que nous rendent les organismes vivants, tels que la pollinisation des fleurs, le recyclage du carbone et du phosphore, sont à la mesure du préjudice que causerait leur disparition. Sur le plan culturel, quel désastre serait la disparition de l’ours, de l’éléphant, du crocodile ou du lion ;
  • Nouvelles épidémies : de nouvelles épidémies sont possibles. Leur apparition pourrait être due au réveil de maladies que l’on croyait disparues, à des recombinaisons élargissant à l’homme la liste des victimes de pathologies initialement limitées aux animaux, ou à une remontée de bactéries présentes en très grand nombre à plus de 3000 mètres sous terre ;
  • Des moissons amères d’OGM : la création de plantes OGM a été réalisée sans contrôle sérieux. Certains végétaux modifiés produisent par exemple leurs propres pesticides. Mais les parasites sont devenus résistants et il faut à nouveau les traiter ce qui conduit à consommer deux fois plus de pesticides. Malgré des discours rassurants, nous paierons un jour ces déséquilibres volontaires ;
  • Les trous dans l’ozone : nous détruisons la couche d’ozone de la haute atmosphère par des émissions de gaz chlorés. Privées en partie de cette protection contre les rayons ultraviolets, les populations vivants non loin du pôle sud connaissent une recrudescence des maladies de peau comme le mélanome malin. La tendance devrait suivre la disparition progressive de la couche d’ozone ;
  • Les climats en folie : malgré l’urgence à limiter nos émissions de gaz à effet de serre, les sommets internationaux successifs sont impuissants à prendre des décisions efficaces, faute de pouvoir renoncer à l’appel du «toujours plus». Le climat change à une vitesse qui ne permet pas à l’évolution de sélectionner les individus les plus aptes. En conséquence, de nombreuses espèces vont disparaitre. Ce changement provoque des pluies diluviennes et des sécheresses inconnues jusqu’alors. Le phénomène s’emballera : le réchauffement produit de la vapeur d’eau, gaz à effet de serre. Le permafrost disparait en libérant des quantités de gaz carbonique et de méthane qui, non seulement accélèrent le réchauffement, mais acidifie les mers ce qui décime le plancton qui traite de gaz carbonique de l’air. La montée des eaux peut atteindre 70 mètres rayant de la carte des régions entières. Les réfugiés climatiques chercheront une terre d’accueil, les guerres pour le territoire sont inévitables.

Des catastrophes de ce type sont à attendre à court terme, au XXIe siècle. Il n’y aura ni miracle, ni possibilité d’échapper aux conséquences de la dilapidation des ressources limitées de notre planète et des préjudices qui lui ont été causés.

Commentaires du lecteur

Yves Paccalet nous livre un point de vue qui intègre l’ensemble des problèmes auxquels l’espèce humaine est confrontée. Il ne s’agit pas d’un discours convenu d’écologie punitive ou technocratique mais d’un état des lieux et d’une analyse sur l’ensemble des causes qui nous ont conduit dans l’impasse où nous nous trouvons. Le conclusion s’impose : nous sommes condamnés à court terme.

Le monde contient bien assez pour les besoins de chacun, mais pas assez pour la cupidité de tous.

Gandhi

Notre société devient une société de consommation effrénée. C’est un cercle vicieux que je compare au cancer… Devrions-nous éliminer la souffrance, les maladies? L’idée est belle, mais peut-être pas profitable à long terme. Notre peur des maladies ne doit pas mettre en danger le futur de notre espèce.
C’est une chose terrible à dire. Mais pour stabiliser la population mondiale, nous devons éliminer 350.000 personnes par jour. C’est une chose horrible à dire, mais ne rien dire l’est encore plus.

Jacques-Yves Cousteau (dit le commandant COUSTEAU) courrier de l’UNESECO 1991

 

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