Hubert Reeves nous raconte tout d’abord ce qu’il nomme « la belle histoire », celle de l’émergence de la complexité dans l’univers jusqu’à l’apparition de l’homme.

Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve – Hubert Reeves

Puis, commence le récit de « la moins belle histoire », celle des dégâts causés par l’homme sur l’équilibre dans lequel il était apparu et qui était le fruit d’incroyables hasards et de milliards d’années de maturation. Enfin, il conclut par l’espoir qu’il place dans la prise de conscience par l’humanité, de la nécessité éthique mais aussi pratique de conserver ce qui reste de l’équilibre qu’elle met en péril depuis son apparition, il n’y a que deux cent mille ans. On a lu pour vous Là où croît le péril... croît aussi ce qui sauve d'Hubert Reeves

Là où croît le péril… croît aussi ce qui sauve – Hubert Reeves

Première partie – La belle histoire

Chapitre 1 : « Sans ça, nous ne serions pas là pour en parler »

Les modèles numériques montrent que l’ajustement fin d’un certain nombre d’éléments inhérents à l’Univers ont permis l’apparition de la vie. Si l’une de ces lois, de ces valeurs ou de ses propriétés avait été très légèrement différente, l’univers que nous connaissons, et nous avec, n’existerions pas.

Il en va ainsi :

  • des quatre forces auxquelles est soumise la matière :
    • gravité,
    • force électromagnétique,
    • force nucléaire forte et
    • force nucléaire faible,
  • de la granularité du rayonnement fossile, qui a donné les germes permettant la formation des galaxies,
  • de la quantité de matière sombre, qui a permis la formation des galaxies, à un moment où l’effet répulsif, encore faible, de l’énergie sombre le permettait,
  • des propriétés du noyau de l’atome de carbone, qui ont permis son abondance dans l’Univers,
  • du noyau chaud de la Terre, qui produit un champ magnétique qui nous protège des rayons cosmiques. La chaleur provient en partie de celle présente lors de la formation de notre planète et en partie de la désintégration des atomes radioactifs qui s’y trouvent,
  • de l’orbite circulaire de la terre, permettant de garantir à sa surface une température constante et modérée,
  • des propriétés du dioxyde de carbone et de sa présence sur la Terre, qui est responsable, des températures modérées de l’atmosphère grâce à l’effet de serre, de la photosynthèse des plantes et du développement de la vie qui en découle,
  • de la propriété de l’eau à se dilater en gelant. Lorsque les températures sont négatives, la glace flotte à la surface des lacs, n’y supprimant pas toute vie,
  • des propriétés des neutrinos, auxquels on attribue
    • la dispersion des atomes lors de l’explosion des super-novæ
    • ainsi que la très légère surabondance initiale de la matière par rapport à l’anti-matière.
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Chapitre 2 : « Il est vain de tirer sur les pétales d’un bouton de fleur pour accélérer son éclosion »

L’apparition de la vie intelligente sur terre a nécessité une longue maturation et de nombreux événements résultant de l’action conjuguée du hasard et de la nécessité. Il en va ainsi :

  • de la maturation du terreau galactique, c’est à dire l’accomplissement du cycle de vie des premières étoiles. Lors de leur mort, les atomes qui s’étaient créés en leur sein se sont dispersés avant de s’associer pour constituer de nouvelles structures telles que les planètes,
  • des comètes et des astéroïdes qui ont frappé la Terre, apportant de l’eau et des gaz, inclinant son axe de rotation propre et faisant apparaitre les saisons, décrochant un morceau de matière pour former la lune responsable des marées, faisant disparaître les grands dinosaures pour donner l’avantage aux mammifères,
  • de l’apparition de la savane africaine, qui conduisit à la bipédie et à la libération des mains, permettant le développement des facultés intellectuelles,
  • de la maturation du terreau aérien, c’est à dire de l’enrichissement de l’atmosphère en oxygène, émis comme déchet par les premiers micro-organismes. Bénéficiant de réactions chimiques plus énergétiques, les grands animaux pouvaient désormais apparaître. L’oxygène fut également à l’origine de la couche d’ozone qui protégea la Terre des rayons ultraviolets et permit à ses premiers habitants de sortir de l’eau,
  • de la maturation végétale et des cycles de vie, accomplis par les premiers organismes qui ont fourni la matière organique nécessaire à une couverture végétale de plus en plus dense.
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Deuxième partie – La moins belle histoire

Chapitre 3 : L’émergence de l’intelligence

Dans l’Univers, si la vie n’était pas destinée à apparaître, elle était toutefois possible. Elle est apparue lorsque les conditions ont été propices. Ensuite, plusieurs types d’humains sont apparus puis se sont éteints : l’homme de Neandertal, l’homme de Java… Seul l’Homo Sapiens, originaire d’Afrique, a poursuivi son histoire et nous en sommes les descendants. Son intelligence lui a permis de maîtriser la nature de façon de plus en plus efficace jusqu’à commencer à en épuiser les ressources et risquer sa propre extermination.

Les recherches archéologiques nous apprennent qu’alors que le niveau de la mer était de 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui et que plusieurs terres destinées à se séparer étaient encore en contact, les premiers Homo Sapiens apparus en Afrique il y a 200 000 ans entamèrent un voyage, environ 100 000 ans plus tard, qui les emmènera en Egypte et au Moyen-Orient. Certains se dirigèrent ensuite vers l’Europe il y a 40 000 ans, d’autres vers le sud-est asiatique. L’Amérique fut atteinte, par le détroit de Behring, il y a 20 000 ans. S’ensuivit une descente le long des deux océans.

Ces mêmes recherches ont montré que l’arrivée des humains sur un nouveau territoire correspondait systématiquement à la disparition de nombreuses espèces animales. Le saccage de la planète par les humains, l’animal dont l’intelligence est le seul atout, remonte à leur origine. Cette découverte est appelée « Le choc archéologique. »

Chapitre 4 : Les extinctions

Lors de la première des trois vagues, il est frappant de constater que des espèces, souvent de grande taille, qui avaient survécu à de nombreuses glaciations, disparurent quasiment au moment où les humains apparurent dans leurs zones d’habitation, il y a environ 10 000 ans. Il en fut ainsi notamment :

  • des mastodontes, ancêtres des mammouths, vivant dans le nord de l’Amérique depuis 35 millions d’années,
  • des mammouths, habitant en Europe depuis environ 3 millions d’années,
  • des smilodons, félins géants aux dents de sabres, peuplant l’Europe et l’Asie depuis 2 millions d’années.

Cette concomitance se retrouve aussi en Australie et en Amérique. Les peintures rupestres et les contes ancestraux gardent les traces de ces espèces disparues.

La deuxième vague commence il y a quelques milliers d’années avec l’apparition de l’agriculture et de l’élevage : on déforeste pour construire des navires et on accède à des territoires vierges. L’éradication d’espèces animales qui s’accompagne de celles d’ethnies autochtones a lieu à Madagascar, dans les îles du pacifique, en Nouvelle-Zélande où de nombreux oiseaux, tels que le Moa, autruche géante de 3,5 mètres, ont été totalement décimés.

La troisième vague correspond à l’ère industrielle. L’accélération du rythme des disparitions d’espèces animales est vertigineuse, sans commune mesure avec celui des extinctions naturelles. Chaque disparition a des conséquences sur la chaîne alimentaire, tendant à l’accroissement du nombre des proies et à la diminution de celui des prédateurs.

Les pesticides et la culture intensive menacent désormais les grenouilles, les libellules, les moineaux, les vers de terre, les abeilles. La fonte des glaces polaires et le changement climatique menacent les ours et les manchots mais aussi de petites crevettes, le krill, qui constitue la base de la nourriture des poissons, des phoques et des cétacés.

Le grand pingouin s’éteignit en 1834 après avoir été chassé massivement pour ses plumes puis en raison de sa rareté. Le pigeon migrateur d’Amérique fut également victime d’une chasse intensive. Son dernier représentant mourut en captivité en 1914 alors qu’il comptait plusieurs milliards d’individus cent ans plus tôt. Le puma, cougar de l’est américain, est considéré comme éteint depuis 2010, non pas victime des chasseurs mais de l’occupation de ses territoires par les hommes.

La menace s’étend à la flore qui participe à l’équilibre écologique et à la constitution des habitats. L’exemple le plus frappant est la disparition des forêts primaires en Indonésie et en Malaisie au profit de palmiers destinés à la production d’huile.

Petit bilan de cette ère industrielle : – augmentation de 30 % du gaz carbonique dans l’atmosphère, se poursuivant en direction de 100 %, – augmentation de la température de 1°C, se poursuivant en direction de 3 à 4°C supplémentaires, – réduction de la couche d’ozone, qui nous protège des rayons solaires ultraviolets, – réduction de l’épaisseur de la calotte du pôle nord et fonte rapide des glaciers, – consommation de la moitié des réserves de pétrole constituées en 100 millions d’années, – abattage de 50 % de la forêt mondiale, – réduction massive des réserves de poissons des océans.

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Troisième partie – Le réveil vert

Chapitre 5 : Naissance du réveil vert

Au-delà des prises de conscience individuelles ou des traditions religieuses en rapport avec la nature, le réveil vert peut être daté de la fin du XIXe siècle. Un des pionniers en est John Muir, qui fonda le Sierra Club pour s’opposer au saccage de la Sierra Nevada et fut à l’origine du classement des parcs de Yellowstone et de Yosemite.

Parmi les événements fondateurs récents, on peut citer le combat de Rachel Carson, engagé en 1960, qui aboutit à l’interdiction du DDT, un puissant pesticide, en 1972.

Le Commandant Cousteau s’opposa, quant à lui, en 1960 à l’immersion en méditerranée de déchets radioactifs du CEA. La campagne de presse qu’il organisa fut suivie par des sit-in qui empêchèrent le passage du train transportant ces déchets qui ne furent finalement pas immergés.

Le réveil vert consiste aujourd’hui dans la prise de conscience de la nécessité de la protection de la biodiversité pour la conservation de l’équilibre des processus naturels qui perpétuent la vie sur la Terre.

Plusieurs espèces ont ainsi été sauvées in extremis. C’est le cas notamment :

  • de la baleine à bosse, mais pas de la baleine bleue qui reste en « danger critique d’extinction »,
  • du bison, qui avait presque disparu à la fin du XIXe siècle, chassé massivement pour faire partir les amérindiens qui s’en nourrissaient,
  • du loup, dont la disparition de certains territoires avait rompu l’équilibre de la faune sauvage,
  • de la vigogne, mammifère de la famille du chameau,
  • du papillon appelé azuré du serpolet, dont la réintroduction doit se faire simultanément à celle d’une espèce de fourmis qui adopte ses larves qu’elles confondent avec de la nourriture,
  • du condor de Californie.

La préservation de la biodiversité se fait aujourd’hui grâce à des initiatives telles qui la trame verte et bleue qui permet au niveau des plans d’occupation des sols de prévoir des zones permettant le déplacement des animaux sauvages et des poissons.

Chapitre 6 : Cosmoéthique

Les observations montrent que les lois de l’univers sont constantes dans l’espace et le temps. De plus, elles sont fertiles : elles rendent possible la constitution de structures de plus en plus complexes dotées de propriétés dites émergentes, c’est à dire non-réductibles à la somme des propriétés des éléments plus simples qui les constituent.

Mais si ces lois avaient été un tant soit peu différentes, la complexité n’aurait pu émerger et l’Univers aurait été stérile. Il semble donc que Jacques Monod avait tort lorsqu’il écrivait en 1970 « la matière n’est pas grosse de la vie, la vie n’est pas grosse de l’homme. »

L’Univers, tel que nous le connaissons, est le fruit à la fois

  • du hasard
  • et de la nécessité.

Sans loi, le hasard ne produirait que le désordre. Sans hasard, la nécessité ne produirait que monotonie. La combinaison des deux ouvre un espace de liberté permettant à la créativité de la nature de s’exprimer.

L’homme apparait à ses propres yeux comme le joyau de la nature. A l’aune de l’intelligence, son critère de prédilection, cela est surement vrai. Mais cela ne l’est plus du point de vue de la capacité de l’espèce à perdurer et à s’intégrer dans son écosystème. Les tortues nous sont, sous cet angle, bien supérieures.

Il est de notre responsabilité de mettre à profit l’intelligence dont nous disposons pour protéger les équilibres écologiques nécessaires au maintien de notre espèce qui ne cesse de croître.

Face au défaitisme qui a cours, il y a lieu d’espérer de l’homme.

Des exemples le justifient :

  • si dans le règne animal, la nature semble implacable, nous connaissons la compassion. Nous ne laissons pas sans nourriture un enfant malade, contrairement aux oiseaux dont les parents n’alimentent que les oisillons qui ont une chance de survivre.
  • En outre, les mœurs évoluent de façon positive : les jeux du cirque et autres pratiques cruelles ont disparu et le XXe siècle a été, paradoxalement, moins meurtrier que les précédents au prorata de la population mondiale.
  • L’ humanisme, orienté aujourd’hui vers le respect de tous les êtres vivants, prend la forme d’une « éthique de la terre.» Il est porteur d’un espoir de réconciliation entre l’histoire de la terre et celle des hommes.

Pour aller plus loin – Bernard PIVOT reçoit Hubert REEVES, astrophysicien né à Montréal, directeur de recherche au CNRS, travaillant à Saclay et à l’Institut d’astrophysique de Paris. Il l’interroge sur son amour de la lecture, surtout de la poésie, de la musique, sur sa préférence pour les cassettes audio plutôt que pour les livres quand il s’agit d’apprécier le rythme des poètes, sur la nature. Les livres apportent des réponses à ses questions, des réponses venant de la science et des réponses venant de l’expérience des gens qui ont écrit et qui ont vu la réalité autrement.

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Astrophysique, Histoire de l'humanité, Hubert REEVE, Hubert REEVES, Invités, Science

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