J’ai lu pour vous Comprendre le Moyen-Orient (depuis 1945) de Stewart ROSS

Un livre remarquable dans la collection Teach Yourself. Concis, précis, illustré par des cartes très pédagogiques, l’ouvrage permet au lecteur une vue globale et rapide de cette région du monde où se joue depuis 1945 l’avenir du monde…

Comprendre le Moyen-Orient (depuis 1945) de Stewart ROSS

Il n’y a pas de définition définitive du Moyen-Orient, appelé autrefois Proche-Orient. C’est un carrefour, où se rencontrent trois continents, où l’ancien et le moderne se côtoient. Cette terre est trois fois sainte, chacun des trois grands monothéisme s’estimant légitime.

Comprendre le Moyen-Orient est un ouvrage qui vise à expliquer son présent en explorant son histoire depuis 1945. Il se concentre, pour l’essentiel, sur la Péninsule Arabique, l’Iran, le Koweït, l’Irak, la Syrie, le Liban, la Jordanie, Israël et la Palestine, et enfin l’Égypte.

carte du Moyen-Orient
Moyen-Orient
 

Le Moyen-Orient a largement été façonné dans les années qui ont suivi la seconde guerre mondiale. Cette période a vu des transformations rapides, parfois dramatiques, tant sur le plan démographie, politique, sociétal, qu’économique.

Rarement délaissé par les gros titres de la presse internationale, le Moyen-Orient fut depuis 1945 le siège de conflits incessants et la plupart des gouvernements ont dû faire face à de nombreux challenges. Récemment, la résurgence d’un Islam radical, passionné et militant, a encore ajouté à la complexité de la situation.

L’immédiat après-guerre, pourtant, laissait encore espérer quelques espoirs : semblait alors se dessiner des États désireux d’aller vers le modernisme, vers le modèle proposé alors par les pays européens vainqueurs : la France et l’Angleterre au premier chef. Dans les accords secrets de Sykes-Picot (1916), les Alliés avaient imaginé, puis dessiné à leur avantage, le Moyen-Orient et, ceci, dans le dos des peuples arabes, rarement consultés sur le découpage territorial. Ainsi, l’Angleterre de Lawrence d’Arabie (voir l’excellent film éponyme de David LEAN) et de Mac-Mahon avait-elle laissé entrevoir au Shérif de la Mecque (Hussein, dont un portrait est proposé ci-contre) et à son fils Faiçal, deux grands naïfs, une autonomie des États-Arabes dès que les autorités auraient cessé ; en échange, les tribus arabes s’engageaient à soutenir l’effort de guerre britannique contre l’empire Ottoman alors allié à l’Allemagne. Aucune promesse ne fut tenue.

La France, de son côté, a créé sa zone d’influence en Syrie et au Liban et l’Angleterre a fait de même avec l’Irak, la Jordanie et la Palestine.

Le modèle colonial fonctionna tant bien que mal jusqu’à la création de l’État d’Israël (1946), qui plongea la région dans un chaos sans fin, qui commença, dès 1946, par la première guerre Israélo-arabe. Imposée par les Nations Unies, sans tenir compte des populations arabes, cette décision laissa une addition salée encore payée aujourd’hui.

Au cours de la guerre froide (1947-1990), la situation se compliqua encore, le Moyen-Orient fut un lieu d’affrontement privilégié entre les deux blocs ennemis : les Américains et les États européens apportèrent sans discontinuer leur soutien à Israël, considérée comme un bastion contre l’expansion du communisme. L’URSS en fit de même avec les états arabes voisins d’Israël. Des armes modernes déferlèrent sur le Moyen-Orient.

Les vieilles cités, comme le Caire, enflèrent de manière anarchique, tandis que d’anciennes implantations, comme Riyad ou Dubaï, passèrent en quelques années du statut de simples bourgades de nomades à celui enviable de cités flamboyantes, où le voile islamique cohabite avec le n°5 de Chanel.

La ressource en eau devint une préoccupation majeure, notamment autour du lac Tiberiade, (du nom de l’empereur romain Tiber) et dans la vallée du Jourdain. Pour Israël, la question de l’eau devint vitale : aussi peut-on considérer que l’occupation israélienne des hauteurs du Golan (à la frontière Syrienne) s’explique-t-elle à la fois par des raisons politiques et par la nécessité de sécuriser les ressources en eau.

La guerre fait partie intégrante de l’histoire du Moyen-Orient depuis 1945. Comme déjà indiqué, la première guerre entre Israël et les états arabes (1948-49) suivit de peu la création de l’état d’Israël. Elle fut à l’origine de l’émergence du sentiment national palestinien. La seconde guerre (1956) vit s’affronter :

  • d’une part, Israël, associée à la France et l’Angleterre pour l’occasion, dans une coalition de type néocoloniale

  • d’autre part et l’Égypte nationaliste de Gamal Abdel Nasser et ses alliés arabes. Nasser était déjà dans le collimateur des Français qui l’accusaient d’attiser les soulèvements indépendantistes en Algérie. Sa volonté de nationaliser le canal de Suez fut la goutte qui fit déborder le vase britannique. Ce fut les pressions conjuguées des États-Unis et de l’URSS qui firent reculer les Alliés d’un jour. Israël occupa le Sinaï, mais finalement la retourna à l’Égypte, en échange d’un accord de paix, qui ne dura guère…

La guerre des six jours (1967), où s’illustra Moshe DAYAN,

Moshe DAYAN
Moshe DAYAN

fut une merveille de campagne militaire moderne. Israël détruisit simultanément les armées égyptienne, syrienne et jordanienne et prit, de nouveau, le contrôle des hauteurs du Golan , de la bande de Gaza, du Sinaï et de la Cis-Jordanie (West Bank), le long du fleuve Jourdain.

Une quatrième guerre (1973), dite guerre du Kipour, confirma la supériorité militaire d’Israël. Elle aboutit aux accords de camp David (1978), sous l’impulsion du Président américain Carter.

D’autres opérations militaires d’Israël, notamment une large incursion au Liban en 1978, 1982 et 2006 et à Gaza en 2008, 2009 et 2014 apportèrent à Israël plus de désapprobation internationale que d’avantages stratégiques : le pays était maintenant regardé comme la puissance régionale, plutôt qu’une cible de ses voisins hostiles. Israël, puissance nucléaire, attaqua également des installations nucléaires en Irak (OSIRAK avec l’appui de la France)

et en Syrie.

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Chirac et Sadam HUSSEIN

De loin, la guerre la plus sanglante du Moyen-Orient, fut celle qui vit s’affronter entre 1982 et 1988 :

  • l’Iran chiite de l’Ayatollah Khomeini, qui en 1979 avait renversé le moderne Shah d’Iran à la solde des puissances occidentales soucieuses d’exploiter les champs pétrolifères (voir sur ce sujet le film d’animation PERSEPOLIS de Marjane Satrapi)
    ;
    L’Ayatollah, une quasi-divinité dans le monde chiite, installa dans l’ancienne Perse une république islamique et se distingua par la prise d’otage de dizaines de ressortissants américains travaillant à l’ambassade (voir ici l’excellent film de Ben AFFLECK : ARGO) ;
  • et l’Irak chiite, dominée alors par la minorité sunnite de Sadam HUSSEIN ;

Une dispute territoriale autour du golfe persique est à l’origine du conflit, qui démontra encore l’influence des États-Unis dans la région. Sans l’aide américaine (et française) les armées de l’incompétent Sadam HUSSEIN auraient été défaites par les assauts fanatiques des Iraniens. La guerre fit 1 million de morts sans modifier les frontières.

L’Irak fut impliqué dans deux autres guerres. En 1990, les forces armées de Sadam envahirent le Koweït. Une coalition internationale dotée d’un mandat de l’Onu se mit en place sous l’impulsion du Président américain Georges BUSH senior, surtout inquiet de la menace irakienne sur les champs pétroliers du Golfe. (plus que par la ridicule « défense des droits de l’homme dans la monarchie koweïtienne évoquée par François MITTERAND) Les troupes de la coalition choisirent délibérément de s’arrêter aux frontières irakiennes, laissant le garde républicaine de Sadam se replier en bon ordre. Ce repli organisé permit au dictateur irakien de s’accrocher au pouvoir, écrasant dans l’œuf, sous les yeux complices des occidentaux, toute tentative de soulèvement, notamment lorsque celui-ci fut chiite ou kurde.

La seconde guerre d’Irak fut plus controversée. Elle fut décidée unilatéralement par les États-Unis de Georges Bush junior, sur la base de fausses affirmations : Sadam disposerait d’armes de destructions massives et aurait des liens avec Al-Qaïda. Ces mensonges montés de toutes pièces (voir GREEN ZONE avec Matt DAMON) par le Pentagone permit, aux yeux du monde, de légitimer l’invasion de l’Irak qui provoqua la chute de Sadam HUSSEIN. La démocratie est une plante à croissance lente qui a besoin d’un terreau particulièrement fertile pour s’épanouir. Elle ne se décrète pas, ne s’importe pas directement de Washington DC, surtout dans un pays miné par les guerres tribales, où le sentiment de revanche des minorités étouffées par Sadam HUSSEIN était exacerbé.

Les Américains l’apprirent à leurs dépens et récoltèrent le fruit de leur naïveté : des années de guerre civile, des centaines de milliers de morts, des millions de déplacés suivirent « la fin officiel des hostilités », annoncée pourtant fièrement par le Président américain en tenue militaire, sur le pont d’un porte-avions.

En 2010, le Président OBAMA décida le retrait des troupes aux sols, laissant derrière lui un embryon de démocratie. Débarrassées du carcan US, les tribus reprirent leur guerre intestine, jusqu’à l’apparition de l’État islamique.

Un autre facteur majeur d’instabilité dans la région fut la création d’Israël en 1946 et sa volonté expansionniste aux dépens des Palestiniens. Les griefs des Palestiniens trouvèrent leur expression dans la création de l’OLP (Organisation pour la Libération de la Palestine) et dans la multiplication des actes de violences contre l’État hébreu et ses alliés. Les Israéliens répondirent invariablement par la force, souvent de manière disproportionnée. Cette période vit l’entrée en scène du charismatique Yasser ARAFAT, qui prit créa FATAH, un mouvement de résistance nationaliste palestinien.

Vers 1980, cette résistance nationaliste dériva vers une tendance plus religieuse, voire fanatique. On vit apparaître

  • au Liban, le Hezbollah chiite (soutenu par l’Iran chiite et la Syrie alaouite (une branche du chiisme), de Hafez El-ASSAD, le père de Bachar ;

  • dans la bande de Gaza, le Hamas sunnite (soutenu par les frères musulmans égyptiens).

Ces deux factions affichèrent leur volonté commune de lutter contre Israël et de n’accepter aucun compromis, s’opposant ainsi au Fatah, partisan d’une solution à deux États.

La plus remarquable manifestation de la misère palestinienne fut les deux soulèvements connus sous le nom d’Intifada [(1987-1993) et (2000-2004)]. La première fut spontanée et nationaliste, la seconde mieux orchestrée, plus religieuse, et plus sanglante.

Malgré les violences, de petites pas furent accomplis sur le chemin de la paix. La Jordanie suivit l’exemple égyptien (Anwar el Saddat, vice-Président et premier ministre de NASSER, prit le pouvoir en 1970 et négocia avec Menahem BEGIN les accords de camp David en 1978 ; il fut assassiné en 1981 par un frère musulman) et accepta de traiter avec Israël en 1994. La même année, les accords d’Oslo (Ytzhak RABIN (assassiné en 1995 par un fanatique), Yasser ARAFAT et Bill CLINTON) préparèrent l’indépendance de la Palestine avec la création d’une autorité palestinienne élue. 11 ans plus tard, Israël se retira de la bande de Gaza. Elle conserva les hauteurs du Golan et la majeure partie de la Cis-Jordanie.

En conclusion, on s’aperçoit que les conflits au Moyen-Orient, à l’origine fondés sur des revendications nationalistes (FLN en Algérie, Nasser en Égypte, Assad en Syrie, Hussein en Irak…) ont évolué, suite aux échecs des premiers, vers des bases plus religieuses. L’islam est devenu l’élément fédérateur et de libération, la guerre est devenue sainte.

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