Avec notre regard d’aujourd’hui, il est en effet difficile de comprendre comment un peuple éclairé a-t-il pu, en quelques années, basculer dans l’horreur absolue, en s’abandonnant tout entier aux volontés sanguinaires d’un dictateur barbare.Comment cela fut-il possible ?C’est à cette question difficile que nous allons, dans ce court essai, tenter de répondre.

Une réponse donnée par La Boétie

L’ami de Montaigne, dans son célèbre discours sur la servitude volontaire, s’est interrogé sur les raisons qui ont fait que des centaines de milliers d’individus (constituant le Tiers-Etat) se sont soumis depuis des siècles volontairement au bon-vouloir d’un seul, le Monarque (étymologiquement : le pourvoir d’un seul), alors qu’il aurait suffi comme l’auteur le dit lui-même, « de ne plus servir pour être libre ».

En effet, le Monarque, sans le labeur du paysan, n’est rien, sans ressource, sans nourriture, sans financement. Il tombe alors tout seul de son piédestal.

Alors, pour quelle raison le paysan continue-t-il ainsi à le servir ? La Boétie y voit deux raisons : d’abord, la coutume qui veut que l’on ait toujours fait ainsi, que c’est dans l’ordre naturel des choses ; des hommes naissent pour gouverner, d’autres pour servir, pense-ton. Alors, on accepte son sort, on se résigne, comme l’on fait nos parents avant-nous, et leurs parents avant-eux. On n’imagine pas qu’il puisse exister un autre monde. La seconde raison se trouve dans l’organisation du système qui fait que chacun, à sa place, pense qu’il a tout à perdre en ne servant plus : le paysan continuerait-il demain à bénéficier de la protection du Seigneur, de sa justice ? Le Noble et l’Évêque continueraient-ils à jouir de leurs privilèges ? Chacun pense ainsi qu’il a un intérêt au maintien des choses en l’état. On pourrait ajouter une troisième explication : l’alliance entre le Clergé et la Noblesse. Le Monarque se fait, par la bonne grâce du Clergé, « de droit divin ». Il est ainsi incontestable aux yeux du manant très pieux à l’époque. Le Clergé, en retour, y trouve son compte en collectant ses taxes. Et les choses continuent ainsi. C’est l’alliance du sabre et du goupillon.

La Boétie nous aide-t-il ainsi à comprendre ce qui s’est passé en Allemagne dans les années 20 ? Pas sûr…

La soumission à Hitler

Jusqu’en 1918, l’Allemagne (alors la Prusse) était une Monarchie. Les Allemands furent donc, comme dans l’exemple donné par La Boétie, soumis à une autorité absolue. Cette Monarchie fut inaugurée par Guillaume Ier, fait empereur dans la galerie des glaces du château de Versailles, au lendemain de sa victoire, en 1870, sur Napoléon III, empereur des Français. Guillaume avait à ses côté un véritable meneur d’hommes, le Chancelier Bismarck, avec qui il formait un duo tout puissant, incontestable et incontesté.

Guillaume II (connu sous le vocable du Kaiser), le successeur sur le trône, conduisit le pays sur les chemins dangereux de la guerre. En 1918, la défaite fut fatale à son Empire. Guillaume II fut destitué et l’Allemagne se trouva orpheline, privée de chef, configuration inédite pour nos amis d’outre-Rhin. Ce fut alors une période d’anarchie complète. L’humiliation de la défaite (transcrite dans le traité de Versailles en 1919) fit naître un violent sentiment anti-français, renforcé par l’occupation de la Ruhr décidée par POINCARRE en 1923. L’hyper-inflation des années 20, le paiement des exorbitantes réparations de guerre à la France, plongèrent le pays dans la misère. A cela vint s’ajouter l’émergence de mouvements révolutionnaires (les ligues spartakistes de Rosa LUXEMBURG et Karl LIEBKNECHT) qui firent craindre à l’Allemand de la rue que bientôt les Bolchéviks seraient à Berlin.

La peur du Rouge, la profonde misère, l’humiliation de la défaite furent autant d’ingrédients favorables à des réactions violentes. Vint alors s’ajouter le bouc-émissaire : dès le lendemain de la défaite, la thèse du « coup de poignard dans le dos » alimenta la rumeur. D’autant plus qu’elle avait été lancée par Erich Von Luddendorf, le plus haut gradé de l’armée allemande (avec Paul Von Hidenburg). Ce dernier dénonça la trahison des civils qui avaient, contre l’avis des militaires, demandé l’armistice. Luddendorf pensait en effet que la victoire était à portée de main lorsque le clairon sonna la fin des hostilités. Les Civils avaient donc trahis pour sauver « leurs petites économies ».

Et parmi ces civils, Luddendorf (et Hitler qui n’était alors que Caporal) constata qu’il y avait une majorité de Juifs. Ces Juifs étaient également bien représentés dans les états-majors des partis de Gauche (Karl MARX lui-même était juif), qui avaient déclenché les grèves de 1917 qui avaient privé l’armée allemande de précieuses munitions. Bref, les Juifs étaient à l’origine de la défaite allemande.

Lorsque Hitler commença à se lancer dans la politique (1921 au sein du Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands (NSDAP)), tous les ingrédients étaient déjà réunis pour que les foules désorientées et apeurées le suivent. Il promit de « déchirer le traité de Versailles » à l’origine de la misère du Peuple. Il se présenta comme le dernier rempart contre les Bolchéviks et les Juifs (de son vocabulaire les deux termes sont d’ailleurs synonymes). Il promit du travail. Et surtout, il s’engagea à débarrasser le pays des Juifs. Bref, il disait ce que les Allemands voulaient entendre. On dirait aujourd’hui qu’il fit dans le populisme. Son talent d’orateur fit le reste. L’Allemagne voulait un chef, il serait celui-là…

Il inventa également une sorte de religion, fondée sur la théorie de la race aryenne, qu’il exhuma, avec l’aide de la société secrète de Thulé, des reliques anciennes. Ses rassemblements de Nuremberg (du parti Nazi) avaient tout d’une cérémonie religieuse, avec un quasi-Dieu (le Führer : le guide), des hymnes, des uniformes, des incantations et un livre sacré (Mein Kampf). Il persuada les Allemands qu’ils étaient les héritiers d’une race supérieure et, qu’à ce titre, ils avaient un droit sur les autres races. Il promettait donc un monde meilleur où les Allemands seraient les maîtres.

Pourtant son ascension fut longue. Ce croyant suffisamment fort, il tenta en 1923 un Putsch qui le conduisit tout droit en prison. La captivité lui donna le temps de la réflexion : il arriva à la conclusion que le pouvoir devait être pris pas les urnes. Il écrivit aussi Mein Kampf, une sorte de programme politique qu’il respectera à la lettre !

Fin de l’histoire

En 1933, le fruit était mur. La crise de 29 avait replongé le pays dans le chômage de masse et les forces de gauche avaient échoué. Le vieux Maréchal Hindenburg, alors Président de la République de Weimar, ne savait plus à quel saint se vouer, changeant de Chancelier comme on change de chemise. Ce fut dans ce contexte qu’Hitler gagna les élections législatives (1933) avec 33% des voix. Aucun gouvernement ne pouvait se faire sans lui. Il se fit donc avec lui ; Hindenburg le nomma Chancelier. Un an plus tard, le Président décédait et Hitler décida de cumuler les deux fonctions. Il supprima les partis politiques s’assurant de l’absence de contestation.

Il mit en place les jeunesses hitlériennes pour endoctriner la jeunesse, la débarrassant de tout esprit critique. Il n’y avait donc plus qu’une seule voix : celle du Führer. Il développa sa police politique (la Gestapo) pour tuer dans l’œuf toute tentative de rébellion. Il cultiva son image de quasi-Dieu, de seul recours contre les problèmes de l’Allemagne. Dans l’esprit de l’époque c’était lui ou le chaos. Comme il n’y avait plus de partis d’opposition, il n’y avait plu de contradiction et les Allemands n’entendirent qu’un seul discours, celui du Führer.

En un mot

Pour arriver à soumettre son peuple, sur la base d’un terreau favorable liés à la crise de 29, Hitler mit en place les éléments suivants :

Publicités

Joindre la conversation 4 commentaires

  1. […] Comment HITLER a-t-il convaincu les Allemands ? […]

    J'aime

    Réponse

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

CATÉGORIE

Histoire, Histoire du Nazisme, Nazisme

Mots-clefs

,