J’ai lu pour vous A line in the sand (une ligne dans le sable) de James BARR

désertPour ceux qui souhaitent comprendre le Moyen-Orient, l’ouvrage de James BARR me semble tout à fait indiqué. On découvre ainsi que l’imbroglio politico-religieux qui mine aujourd’hui cette région du monde découle en grande partie de la rivalité ancienne entre Français et Britanniques, qui, depuis le XIXème siècle, se disputent jalousement ces territoires pour élargir, chacun de leur côté, leur Empire.

 Cette rivalité se matérialisera en 1916 par la fameuse ligne dans le sable, une ligne tracée sur une carte d’état-major par Le major SYKES (au crayon) et le diplomate PICOT (à l’encre) pour séparer les zones d’influence : à la France, la Syrie et le Liban, aux Royaumes-Unis l’Irak et la Palestine. Cette ligne décidera des guerres futures, jusqu’à aujourd’hui…

A line in the sand (une ligne dans le sable) de James BARR

L’origine du conflitFaut-il remonter jusqu’à Napoléon ? James BARR n’hésite pas. Car la page révolutionnaire (1789-1793) à peine refermée, le conflit entre :

  • d’une part, les Français, soucieux de maintenir les acquis de la Révolution et
  • d’autre part, les Britanniques, meilleurs amis des têtes couronnées ;

s’étendit sur tout le continent européen, avant de se projeter dans les sables égyptiens. Pour quelle raison le général Bonaparte a-t-il ainsi débarqué une armée révolutionnaire si loin de la mère-patrie ? Pour couper la route des Indes aux Anglais. Ce fut un échec (KLEBER fut abandonné par BONAPARTE), mais cette expédition marqua le point de départ de la rivalité franco-britannique pour la maîtrise du Moyen-Orient.

Des alliés de circonstance

En 1914, Français et Anglais sont cette fois-ci alliés dans leur volonté commune de mettre à terre l’ogre germanique. La France, bien entendu, met l’essentiel de son effort de guerre dans la défense du territoire national. L’Empire britannique est, quant à lui, menacé au Moyen-Orient. L’Empire OTTOMAN, allié des Empires centraux (Allemagne et Autriche), vient de faire un appel au djihad aux 100 millions de Musulmans qui peuplent les différentes possessions britanniques. Clairement sur la défensive, les Anglais, qui risquent de perdre leur Empire, poursuivent deux objectifs :

  • soulever les tribus arabes, qui depuis 4 siècles subissent le joug ottoman ; c’est Lawrence d’Arabie qui s’en charge ;
  • entraîner la France au Moyen-orient ; c’est la mission confiée au lieutenant-colonel SYKES. En 1916, il se rapproche du diplomate français PICOT. Il lui propose, en contrepartie du soutien français, un partage des zones d’influence. Les accords secrets de SYKES-PICOT sont nés , au détriment des tribus arabes susmentionnées qui s’en souviendront. La détente avec l’allié français explique aussi cet accord : en effet, l’opinion publique française reproche aux Britanniques leur manque d’implication sur le terrain. Londres, par ces concessions, a-t-elle cherché à prévenir les rancunes à venir ?

La Syrie et le Liban reviennent au Français ; a-t-on ainsi voulu assurer la continuité avec le royaume Franc né des Croisades ? Les Britanniques, bien entendu, réclament la Palestine, car située sur la partie orientale du canal de Suez qu’ils occupent depuis 1882, stratégique sur la route des Indes.

Un découpage à la « va-vite »

La légende veut que l’on ait tracé cette « ligne dans le sable » entre entre le E de ACRE (en Syrie) et le K de KIRKUK en Irak. Il s’agit bien d’une ligne, qui ignore les reliefs, les populations, les religions (notamment l’influence respective entre les Sunnites et les Chiites), et l’histoire. Les tribus déchirées s’en souviendront…

Le cas de la Palestine est particulier : les Français souhaitent obtenir le protectorat (en tant que garants historiques des Lieux-Saints). Mais les Britanniques ne peuvent lâcher ce bout de terre aride qui protègent le flanc oriental de l’Égypte. Ils décident alors (pour des raisons stratégiques) de favoriser l’idée d’un État juif : le sionisme, dont le principe a été défini par Théodor Hertzl au siècle précèdent à l’occasion de l’affaire DREYFUS, dispose maintenant d’un allié de choix. L’officialisation du soutien Britannique sera faite par Lord BARFOUR (ministre des affaires étrangères) en 1920 dans sa fameuse déclaration éponyme (reconnaissance d’un État pour les Juifs en Palestine). Les Arabes palestiniens s’en souviendront.

Ce que les accords ne règlent pas

  1. Le président américain (WILSON) est furieux d’apprendre l’existence de ces accords qui semblent prolonger la politique impérialistes du vieux continent ;
  2. Les Arabes, bien entendu, se sentent trahis par les Britanniques, dont ils ont assuré le succès au Moyen-Orient en sortant l’Empire ottoman de la guerre ; ils n’obtiennent pas l’indépendance promise ; les Anglais installent tout de même sur le trône d’Irak le roi Faiçal (les Français n’en ont pas voulu en Syrie). En fait, ils espèrent ainsi mettre la main sur le pétrole récemment découvert à MOSUL (la British Petroleum (BP) naîtra de cette initiative) ; Les Français de leur côté écrasent les velléités nationalistes en Syrie (Druzes notamment) ; cette négation de l’identité arabe donnera naissance en 1953 au mouvement national arabe sous l’impulsion du tempétueux général égyptien Gamal Abdel NASSER qui cherchera à unifier le monde arabe.
  3. Les Juifs n’ont toujours pas d’Etat ; Malgré les bonnes intentions britanniques, il restent un peuple apatride ;
  4. La rivalité franco-britannique, loin d’être enterrée par les accords, va redoubler. Les Français, dans un premier temps, soupçonnent les Anglais de soutenir en secret les nationalistes DRUZES qui se soulèvent en Syrie ; Le général GOURAUD échappe à un attentat (fomenté par les Anglais ?) ; même chose côté Palestinien, où les Français soutiennent les soulèvements arabes contre les Anglais ;
  5. le nationalisme turc, catalysé par le général Mustapha KEMAL, futur président ATATÜRK, conduit à l’expulsion (1921) des Français de CICILIE ;
  6. la question arménienne (et Kurde) n’est toujours pas tranchée et des centaines de milliers de morts sont encore à venir. On peut ici reprocher à James BARR de ne pas avoir approfondi cette question dans son ouvrage, comme si le génocide arménien n’était qu’un épiphénomène.

Les troubles en Palestine

Les Anglais jouent donc les Juifs contre les Arabes, en espérant un retour d’ascenseur. Les Français, de leur côté, jouent les Arabes contre les Juifs (et donc les Anglais). Les leaders arabes sont mêmes accueillis à Damas ! En 1936, la grande révolte arabe remue la Palestine. Son instigateur, le grand Mufti de Jérusalem, s’associe aux Français qui, malgré tout, l’arrêtent, sans toutefois le livré aux Anglais, pour ne pas irriter davantage les Arabes. On le retrouve ensuite en Allemagne où il rencontre HITLER pour obtenir du Führer son soutien contre les Juifs de Palestine ! Dès la défaite digérée, le Moyen-Orient devient une question capitale pour le gouvernement de VICHY. Anglais et Français fidèles à Vichy se livrent alors une véritable guerre.

Les Juifs commencent à fuir l’Europe nazie et se dirigent naturellement vers la Palestine. Les Britanniques sont conscients du fait que cette nouvelle vague d’immigration est de nature à jeter de l’huile sur le feu arabe. Ils décident alors de ralentir cette influx, décision bien entendu incompréhensible par la diaspora en plein holocauste ! Les Anglais perdent ainsi leur dernier allié, sans conquérir l’opinion arabe.

La France et la question juive

Vichy saute sur l’occasion pour soutenir le groupe (terroriste) juif STERN contre les Anglais (remarquons que VICHY, sur le territoire français, collabore à l’holocauste et sur le terrain palestinien apporte un soutien financier à la résistance juive aux Britanniques). Après la capitulation allemande, la sympathie française envers les Juifs se renforcent ; en effet, les juifs-français ont pris part activement aux réseaux de résistance. Par ailleurs, les Français portent sur leurs épaules le fardeau d’une certaine responsabilité dans la déportation. Bref, le soutien aux réseaux juifs de Palestine ne faiblit pas (notamment au groupe STERN). La France devient le point de départ majeur des Juifs rescapés de l’holocauste pour la terre promise. Ce soutien sera officialisé par Georges BIDAULT qui vit dans la cause juive (création de l’État d’Israël) un moyen de maintenir les soulèvements arabes du Maghreb sous contrôle.

Aujourd’hui

Les terroristes de l’État islamique réclament la fin des accords de SYKES-PICOT. Ils veulent que l’on efface cette ligne dans le sable, tracée par des Empires étrangers qui n’avaient fait que défendre leurs intérêts, en se désintéressant des peuples considérés comme quantités négligeables.

Israël ne finit pas de payer la note laissée par les Anglais. Ben GOURION proclame, dès la fin de la guerre, la création de l’Etat d’Israël ; soutenu dans cette initiative par les Anglais. Le lendemain, les armées arabes déclarent la guerre au nouvel État.

Le livre de James BARR est remarquable de précisions. Il permet de jeter un regard complet et nouveau sur les conflits du Moyen-Orient nés des accords secrets de SYKES-PICOT et notamment sur la rivalité franco-britannique.

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