louison

Vous ne me connaissez-pas ? Je suis le petit-père COMBES, celui qui, dès 1905, fit entrer la laïcité dans notre belle République en séparant, pour la première fois en France, l’Église et l’État. Cette initiative, mûrie depuis deux 1789, eut pour la République, deux conséquences :

  • l’obligation de garantir, à tous, la liberté de conscience et d’expression de ses convictions, y compris des convictions athées ;
  • ne reconnaître aucune religion.


Laïcité intégrale

Mais pour en arriver-là, deux siècles et trois révolutions (1788, 1848 et 1870) furent nécessaires.

Jusqu’au XVIIème siècle, lorsque l’Église catholique était encore toute puissante, le blasphème, la caricature étaient en France, sous le contrôle aiguisé de la Sorbonne, punis de mort. Le clergé disposait du monopole de l’éducation, basée uniquement sur la mémorisation des textes sacrés. Le VATICAN se méfiant de l’esprit critique préférait bien entendu des têtes biens pleines, se contentant de réciter des psaumes appris par cœur, aux des têtes bien faites capables de remettre en cause l’histoire du petit Jésus. La science vécut alors ses heures les plus sombres. Giordano BRUNO, qui osa au XVIème siècle affirmé que notre monde n’était peut-être pas unique, finit ainsi en rôti (Rome 1600). La liste est longue des courageux morts pour avoir bravé les interdits. Citons simplement Galilée qui dut se rétracter publiquement pour sauver sa peau en revenant au dogme :  » la terre est immobile et placée par Dieu au centre de l’Univers. C’est bien le soleil qui tourne autour de la terre ! « … « Et pourtant, elle tourne », réaffirma-t-il sur son lit de mort.

La France précurseur de la liberté d’expression

La perte du pouvoir absolu de l’Église en 1789, (qu’elle partageait alors avec la Monarchie qui lui rendait bien sous forme d’honteux privilèges) fut à l’origine de l’effondrement de l’édifice scolastique forgée depuis saint Augustin. Comme le dit Michel ONFRAY : « Ce fut parce qu’elle n’eut plus le choix, qu’elle céda du terrain et commença son travail d’introspection. » Soudain, elle découvrit la tolérance, l’égalité, l’amour du prochain qu’elle avait manifestement oublié pendant des siècles ».

Mis à part quelques précurseurs comme l’abbé MESLIER ou MONTAIGNE, Tout a vraiment commencé avec les Lumières (par opposition à l’obscurantisme) et les furieux de la laïcité : d’Holbach, Helvétius, Sade, Diderot, d’Alembert et les autres. Leur travail d’usure du dogme religieux permit de faire entrer la laïcité dans le Panthéon des droits fondamentaux, c’est-à-dire au cœur de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 qui, dans son article 10, stipule que : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses » .

Mais il fallut attendre 1791, pour inscrire ces grands principes dans la Constitution : on établit alors (enfin) la liberté des cultes et des droits identiques pour toutes les religions. Le catholicisme descendait du trône où CLOVIS l’avait posée plus d’un millénaire plutôt. Jusque-là  » fille-aînée de l’Eglise « , La France devenait le vilain petit canard du club européen des têtes encore couronnées, accoquinées aux culs bénis. Les Monarchies voisines nous déclarèrent les guerre et s’en mordirent les doigts notamment à VALMY (1791). Il fallut tout de même deux autres révolutions pour venir à bout du canard au goupillon qui ne voulait décidément pas mourir.

La Laïcité entra à l’école avec Jules FERRY qui institua, en 1881, l’école gratuite pour tous,  » laïque et obligatoire « . J’intervins (moi le petit-père COMBES) en 1905, avec ma fameuse loi sur la séparation des Églises et de l’État qui précisait, dans son article 2, que :  » La République ne reconnaît, ne finance ni ne subventionne aucun culte » .

En 1946 : le principe de « laïcité » entra en grandes pompes dans la Constitution de la quatrième république.

Un équilibre précaire

Ce qui avait, ma foi (sans mauvais jeu de mots), bien fonctionné avec les religions historiques de notre Hexagone eut du mal à continuer avec l’accueil, sur notre sol, d’une communauté musulmane de plus en plus nombreuse. En 1791, bien entendu, la question de l’Islam n’était pas d’actualité. Lorsque l’on évoquait l’égalité, on pensait surtout aux Juifs, aux Catholiques et aux Protestants.

Ces hommes et ses femmes, acheminés par POMPIDOU depuis nos colonies pour travailler dans nos mines, n’avaient pas, comme en France, été été bercées par les idées si singulières de notre République. Ils n’avaient bien entendu jamais entendu parler de liberté de conscience. Ce monde leur était étranger, car il venait de territoires où loi et religions étaient confondues, ou Coran et État ne faisaient qu’un.

La République reconnut à ses population le droit d’exercer leur culte au titre de sa tradition laïque. Mais la France avait d’autres traditions : la caricature, la dérision et la moquerie, élevées au rang d’art majeur (avec DAUMIER en particulier, sous las troisième République). Acceptées par les Français de souche, elles passaient bien mal dans la communauté musulmane confrontées, pour la première fois, à une critique savante du dogme, assimilée au Blasphème. Si le blasphème était (et est toujours) condamné dans le monde musulman, il n’est considéré, dans notre constitution, que comme une opinion. Cette différence d’appréciation est pour beaucoup dans les évènements récents.

Premières fissures dans le dispositif

Lionel JOSPIN, ministre de l’éducation nationale de François MITTERAND, et aujourd’hui membre du Conseil Constitutionnel, proposa, dans l’article 10 de sa loi de 1989, de donner aux élèves, « dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité », la liberté d’information et d’expression.

Les premiers foulards apparurent sur les bancs de l’école… et aussi les premiers débats houleux dans les réunions de parents d’élèves ou dans les salles de profs..

Premiers plâtres

Pour corriger le tir, en 2004, on légiféra pour interdire le port des signes religieux à l’École : les premières manifestations pour le droit au port du voile se multiplièrent.

2015

Le travail d’introspection réalisé, depuis deux siècles, par les églises chrétiennes et juives n’a pas été réalisé par nos amis Musulmans. Le dogme catholique a été modernisé, adapté à la vie d’aujourd’hui, pas le Coran. Les Imams refusent de toucher une virgule au texte sacré : comment changer un texte dicté par Dieu lui-même ? Aussi, un texte écrit il y a plus de 1500 ans régit-il toujours, et dans les moindres détails, la vie musulmane, même s’il exigent la lapidation de la femme infidèle.

Certaines sourates, sorties du contexte, peuvent être mal interprétées par des esprits mal intentionnés. Un exemple parmi d’autres :

 » Sourate 2 verset 191 Et tuez-les (les mécréants), où que vous les rencontriez; et chassez-les d’où ils vous ont chassés: l’association (l’idolâtrie) est plus grave que le meurtre. Mais ne les combattez pas près de la Mosquée sacrée avant qu’ils ne vous y aient combattus. S’ils vous y combattent, tuez-les donc. Telle est la rétribution des mécréants. « 

Voici ce que dit, à ce propos, un spécialiste du Coran :

 » Lorsqu’on lit les versets précédents, on se rend compte qu’il y avait un traité de paix entre les Musulmans et les païens de la Mecque et ce traité de paix a été unilatéralement rompu par les païens de la Mecque. Par l’intermédiaire de la révélation du verset 5 Dieu donne un ultimatum au païens de la Mecque :  » mettre fin aux hostilités dans les quatre mois qui suivent sinon c’est la déclaration de la guerre. Et sur le champ de bataille Dieu dit aux musulmans : « n’ayez pas peur, battez-vous et où que vous trouvez les ennemis tuez-les. Un leader pour motiver ses troupes dirait la même chose, il ne va quand même pas dire là où vous trouvez vos ennemis soyez tués. Donc le contexte du verset, c’est dans un champ de bataille. Et dans ce contexte Dieu dit aux musulmans de ne pas avoir peur de tuer leurs ennemis plutôt que de se laisser faire tuer.

En conclusion, le salut ne viendra que des Musulmans eux-mêmes. Ils leur faut un 1789, peut-être plusieurs. Il leur faut inventer leur VOLTAIRE, leur abbé MESLIER, leur mai 68, leur Cabu pour qu’enfin, nous puissions vivre ensemble.

La laïcité comme respect de toutes les religions, c’est la porte ouverte aux surenchères religieuses. Il n’est pas dans la nature du judaïsme d’être prosélyte, on naît juif ou on ne l’est pas. Le christianisme n’a plus les moyens d’être prosélyte – encore qu’il reprenne du poil de la bête avec les succès engrangés par l’islam, ce qui lui donne des idées…
En revanche – je renvoie à la lecture du Coran, pas à l’ouï-dire médiatique sur l’islam, mais au Coran et à sa lecture plume à la main –, il est dans la nature de l’islam d’être prosélyte et conquérant. Que les médias le veuillent ou non, c’est dans le texte, confirmé par les hadith et la biographie du Prophète.
A quoi bon une laïcité respectant toutes les religions face aux revendications théocratiques consubstantielles à l’esprit prosélyte ? « Ouverte » ou « fermée », la laïcité n’est plus l’instrument qui permettra aux démocraties de subsister face à ceux pour lesquels elle n’est pas une vertu, mais le vice même. L’histoire se fait avec les minorités agissantes, pas avec les majorités silencieuses. Michel ONFRAY.

L’avis de Boualem Sansal

(propos recueillis par l’Express)

Boualem Sansal est un écrivain algérien. Infatigable adversaire des islamistes et du régime algérien, il a reçu, entre autres, le prix Tropiques en 1999 pour Le Serment des barbares, le grand prix RTL-Lire pour Le Village de l’Allemand en 2008, le prix du Roman arabe en 2012 pour Rue Darwinou encore le grand prix de la Francophonie en 2013. Il vit en Algérie.

Quel a été votre sentiment quand vous avez appris l’attaque contre les dessinateurs de Charlie Hebdo et celle de l’épicerie casher de la porte de Vincennes?

L’incompréhension d’abord, puis l’effroi, la peine, le dégoût, la colère, la rage, l’envie folle de faire quelque chose. Les islamistes nous ont infligé tant de mal et nous, nous en sommes là, au même point, on pleure les morts, on attend le prochain drame, on tremble de peur et on se surveille pour ne pas offenser les islamistes. Notre dignité d’homme soi-disant libre en prend un sacré coup. Il faut absolument retrouver sa liberté et reprendre l’initiative, c’est ce que je me dis et que je répète depuis des années. Il faut refuser l’impuissance, nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir.

Les musulmans ont tout perdu, ils ont perdu leurs pays « colonisés » par les dictateurs et/ou par les islamistes, et ils ont perdu leur religion, que l’islamisme a phagocyté et dont les dictateurs ont fait la religion d’État, autrement dit leur religion puisque l’État c’est eux. Sans pays et sans leur religion, il se pose à eux un sérieux problème d’identité et de dignité. Je ne veux pas insister, mais cela aussi je le répète aussi depuis des années, il leur revient à eux en premier de combattre et les uns et les autres, les dictateurs et les islamistes.

A ce point, la passivité est mortelle. Il faut agir pour espérer vivre et prospérer. Sortir dans la rue pour manifester contre les attentats, c’est bien, il faut le faire aussi souvent que possible, mais ça ne suffit pas, il faut se battre contre l’islamisme et son emprise sur les jeunes, c’est un combat citoyen de tous les jours, il se fait dans les familles, le quartier, la mosquée, l’école, les associations, les clubs. Ils doivent libérer l’islam de ceux qui l’instrumentalisent et le souillent comme ils doivent faire l’effort (ijtihad) de l’adapter à la démocratie et adhérer pleinement à la laïcité, ils doivent enfin admettre que dans la démocratie, dans un pays comme la France, la critique de l’islam n’est pas une agression contre lui ou contre les musulmans, l’islam ne peut pas, lui seul, être hors du champ de la critique. Si l’islam n’accepte pas la critique alors il n’a pas sa place dans la société. Ce combat, ils doivent le mener en tant que citoyen français et non comme musulman membre d »une communauté musulmane. L’islam en France sera l’islam de France ou ne sera pas, ils doivent le comprendre, la France laïque n’acceptera jamais de reculer sur cette question, elle l’a tranchée depuis plus d’un siècle, après des siècles de confrontation et de douleurs.

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Joindre la conversation 2 commentaires

  1. a laïcité est le résultat d’une longue évolution, d’une opposition entre différents courants de pensées qui ne peut agir que sur les héritiers culturels de cette lutte. D’un autre côté, à l’époque de Lumières et de la révolution de 1789 rien n’était encore fait. Il fallait inventer un système permettant la coexistence de différentes fois, y compris l’athéisme, et surtout le faire vivre. Aujourd’hui, ceux qui sont de culture différentes trouvent en France un système tout fait et qui marche. Le trajet sera donc moins long s’ils veulent le suivre. La question reste néanmoins toujours la même : On fait quoi ? Comment identifier de façon objective un terroriste en puissance et un fidèle musulman inoffensif ? Notre culture préfère laisser courir un bandit plutôt que d’arrêter un innocent. A moins d’accepter un certain nombre d’injustices et d’amalgames, je ne vois pas comment faire. On y viendra peut-être mais cela sera la fin de notre démocratie.

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  2. Toutes les religions ont leur coté amour et leur côté haine pour une bonne raison : les livres saints n’ont pas été écrits par la même personne et sont des compilations de textes. Ils se contredisent. On y trouve ce que l’on vient y chercher, certains fidèles sont sensibles aux messages de paix, d’autres aux messages de guerre en fonction des besoins et de la situation du moment. Si tu cherches bien, toute les religions ont justifié de nombreuses guerres, l’Islam comme les autres. Je ne pense pas qu’il faille trouver la solution ni l’origine du problème dans le textes saints à qui on peut faire dire tout et le contraire. Et puis une fois que tout le monde dira que l’Islam véhicule la haine dans certains de ses sourates on fait quoi. L’affrontement est ce que recherche les fondamentalistes. Cela dit c’est vrai que si les autorités religieuse musulmanes ne sont pas suivies par les fidèles dans leur message, la situation ne va pas s’arranger. Dans cette affaire, il y a quelque chose d’autre qui m’interpelle : Pourquoi Charlie et pas Minute ou National Hebdo qui eux, détestent les musulmans. Les fondamentalistes de tout poil seraient-ils des alliés objectifs, unis contre les "sans dieux" ? C’est bien possible. Les deux camps se retrouvent aussi en ce qu’ils ne sont pas Charlie.

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