louisonLes derniers événements dramatiques que nous avons connus, dix-sept personnes assassinées en trois jours, nous interrogent sur la place des religions dans la société, sur la nature de leurs relations mutuelles et sur leur capacité à répondre aux attente du monde actuel. Comment peut-on arriver à un tel drame au nom de la foi ?


Humour et religion

Quelques spécificités des croyances religieuses

Les religions sont des croyances qui possèdent des particularités bien singulières :

  • leur transmission se fait systématiquement de façon héréditaire, et selon leur degré de prosélytisme, par un nombre plus ou moins grand de conversions ;
  • chacune affirme qu’elle détient la seule vérité qui lui a été révélée par un Dieu ou un Prophète. Les autres croyances sont donc dans l’erreur ;
  • les fidèles veillent à en enseigner le contenu à leurs enfants, dès leur plus jeune âge, avant qu’apparaisse tout esprit critique ;
  • l’abandon et le changement de religion sont considérés comme une trahison par la communauté d’origine ;
  • la contradiction du dogme par la science ou l’histoire ne conduit pas à sa remise en cause.

Autrement dit, un enfant qui nait dans une communauté religieuse apprend qu’il a la religion de ses parents, qu’il a eu beaucoup de chance car elle est la seule à dire le vrai et que s’il s’en écarte ou qu’il en change, il sera un traitre, même si ce choix est le fruit de sa réflexion personnelle ou la conséquence de son observation de la réalité. La croyance sera pour lui un impératif moral.

Les relations inter-religieuses

Les spécificités de la foi religieuse ont des conséquences dans les échanges entre les différentes communautés qui cohabitent. S’il s’agissait de croyances ordinaires basées sur des faits, les débats interreligieux pourraient porter sur l’histoire, puisque toutes les religions sont construites sur des récits fondateurs, sur leur contenu philosophique, puisque toutes proposent une vison du monde, sur la civilisation qu’elles apportent, puisque toutes proposent des règles de vie destinées aux fidèles. Elles pourraient ainsi s’enrichir les unes les autres et viser un progrès partagé. Lorsqu’un physicien fait une découverte, la valeur de ses arguments permet à sa théorie d’être assimilée par la communauté scientifique qui s’en servira de base pour d’autres recherches.

Mais les religions ne sont pas des croyances ordinaires. Qu’importe si les récits contredisent les connaissances historiques, qu’importe si la vision du monde et les règles de vies ne correspondent plus à la réalité du moment. Les textes émanent de messagers de Dieu ou de Dieu lui-même : la vérité religieuse n’est pas négociable. La question fondamentale du débat inter-religieux ne porte donc pas sur le contenu mais sur la place et les droits de chaque religion dans la société. De la réponse dépend la nature de leurs relations : « un respect mutuel » qui est parfois un mépris mal dissimulé, un conflit larvé caractérisé par des conditions de vie qui dépendent de l’appartenance religieuse ou encore un conflit armé.

Le but de la religion : durer

Dans ces considérations de pouvoir, l’amour, la compassion et la miséricorde prêchés par chaque religion sont absents. La religion montre alors sa nature : une communauté unie par une culture, des valeurs et des règles de vie forgées dans le passé pour répondre à des exigences de l’époque et conservées quasiment intactes jusqu’à aujourd’hui.

Son but est celui de toute communauté : durer. Et chaque religion considère qu’elle en a le devoir, par tous les moyens, puisqu’elle est dépositaire de la vérité et que Dieu est de son côté.

L’Histoire donne tort à Dostoïevski en montrant que si Dieu existe alors tout est permis hors de la communauté.

Le repli communautaire

Aujourd’hui, la mondialisation, les nombreux contacts entre les peuples et la culture de la consommation font vaciller les communautés religieuses. La réponse des fidèles pour revenir à l’état stable est politique et consiste dans le repli communautaire. Le degré de ce repli dépend bien entendu de la sensibilité de chaque fidèle et de la gravité de la menace ressentie par la communauté. Il s’agit de se rassembler autour de la tradition qui tient lieu d’outil et de ciment, non de guide : mettre en avant ce qui fait la spécificité du groupe en termes de symboles dans tous les domaines : vêtements, coutumes alimentaires, fêtes… ; revenir à la lettre des textes saints en en oubliant l’esprit et en allant parfois jusqu’à légitimer la violence. Ces réactions touchent, à différents degrés, toutes les religions du Livre même si aujourd’hui l’Islam radical se montre le plus violent.

Revenir à l’esprit des textes

Si l’on veut revenir à l’esprit des textes saints, il faut se souvenir qu’ils sont datés, c’est-à-dire écrits par différents auteurs et dans différents contextes. Ils décrivent comment la communauté, grâce à l’intervention de Dieu ou de ses prophètes, a été fondée puis a surmonté des situations de crises, de guerres, mais aussi comment elle a vécu des périodes plus calmes. Des règles de vie ont été tirées de ces écrits. Certaines sont d’ordre général telles que l’interdiction du meurtre, du vol, de l’adultère… d’autres plus pratiques comme celles concernant le repos hebdomadaire ou les interdits alimentaires. Ces règles correspondaient à une organisation visant la prospérité du groupe dans le contexte où il se trouvait, en fonction de la géographie et du climat du lieu, mais aussi de ses relations avec ses voisins. Sur ce dernier sujet l’Ancien Testament comme l’Islam contiennent des textes contradictoires. On y trouve de la ruse, de la violence comme de la tolérance.

Ainsi, le lecteur d’aujourd’hui peut-il légitimer aussi bien une pulsion violente qu’un élan d’altruisme envers un étranger à la communauté.

Il y trouvera ce qu’il viendra y chercher dans la mesure où il n’existe aucune clé de lecture, hormis la sensibilité du fidèle, permettant de faire le tri entre ce qui aurait une valeur symbolique et ce qui aurait valeur d’exemple.

Faut-il des mises à jour ?

Mais pourquoi considérer chaque histoire de l’Ancien Testament, du Nouveau Testament et du Coran comme un exemple qu’il faudrait suivre la lettre ? Pourquoi ne pas voir dans ces textes, décrivant la façon dont différentes communautés ont surmonté de terribles épreuves avec les valeurs de leur époque, une invitation à vivre à notre époque ? Pourquoi ne pas y entendre les Anciens nous dire « faites comme nous, adaptez-vous à la situation du moment, définissez vos propres règles, surmontez vos difficultés et vivez ». Notre tendance à sanctifier le passé fait de nous ses prisonniers. Elle nous invite à résoudre les problèmes actuels avec des solutions deux fois millénaires ou presque. A utiliser des valeurs de l’Antiquité et du Moyen Age pour aborder la dissémination des armes nucléaires, le changement climatique, la maitrise des technologies du vivants, et en fin de compte pour faire les choix dont dépend l’avenir de l’humanité. Chaque religion a des avis, parfois surprenants, sur ces questions, mais aucune n’a de solution. Ce constat est la preuve criante de l’inadaptation de leurs valeurs.

Bien entendu, il ne s’agit pas de faire table rase du passé. Il faut en tirer les leçons, l’analyser autant qu’il peut l’être. On peut d’ailleurs constater que dans le droit des pays où les religions du Livre ont une place importante, nombre de leurs règles, comme notamment l’interdiction du meurtre et du vol, sont aujourd’hui retranscrites. Mais quand les pesticides et les antibiotiques empoisonnent nos aliments, les anciens interdits alimentaires sont-ils encore garants de la santé des fidèles ? Quand la physique démontre l’univers a plus de 13 milliards d’années, Adam et Eve sont-ils encore de mise ? Quand le viol est proscrit et que la femme est un sujet de droit, le voile destiné à la protéger des hommes concupiscents doit-il rester à l’ordre du jour ? La fidélité à l’esprit des textes ne commanderait-elle pas de définir des règles permettant de manger une nourriture saine, de reconnaitre que les découvertes scientifiques concernant la création du monde et de laisser la femme, à présent protégée par la loi et le droit, libre de ses choix.

Le risque conflictuel

La situation de tension actuelle est en train de nous conduire à un état d’hystérie généralisée. Avant d’en arriver à un conflit ouvert dont personne ne sortira vainqueur, il est nécessaire de réaliser que la communauté est aujourd’hui devenue mondiale. Sa survie nécessite une réflexion à l’échelle planétaire. Que vont devenir les armes nucléaires ? Comment éradiquer les maladies qui menacent la planète entière ? Comment anticiper les conséquences annoncées du changement climatique ? Telles sont, parmi bien d’autres, des questions cruciales auxquelles toutes les communautés actuelles doivent chercher à répondre ensemble plutôt que de savoir comment défendre chacune d’elle contre les autres en prenant prétexte de vivre selon des principes vieux de plusieurs siècles.

Tous ces principes du XVIème siécle et ses vieilles traditions débiles, ils les appliquent tous à la lettre ils m'font pitié ces imbéciles. Renaud SECHAND

Nos pères se sentiront trahis bien plus sûrement si nous nous autodétruisons que si nous parvenons à définir des règles de vies adaptées au monde actuel comme eux l’ont fait à leur époque. Mais je m’arrête là car je réalise l’angélisme de ces propos. Soyons un peu réalistes : la sélection naturelle éradiquera bientôt l’homme de la surface de la terre à cause de son handicap majeur que constitue son intelligence.

Parions mes amis

En attendant cette échéance qui semble inéluctable, je voudrais proposer un pari. Amis, fidèles de telle ou telle religion, croyez-vous en un Dieu qui nous aurait donné l’entendement et le sens de l’humour, qui fait certes cruellement défaut à ce texte, pour y renoncer et nous soumettre aveuglément ? A un Dieu qui punirait celui qui, renonçant au confort d’une croyance préétablie, aboutit au terme d’une réflexion personnelle à une conclusion différente de la vôtre, fût elle erronée, ou qui, persuadé qu’il va un jour disparaitre pour l’éternité, trouve un soulagement dans l’humour ? A un Dieu qui punirait celui qui, regardant au-delà du contexte étroit de sa communauté d’origine, sensible à la souffrance de tous ses semblables, rechercherait une morale à l’échelle de l’humanité et même au delà ?

Je vous propose de parier que non et de gagner à tous les coups. Si un tel Dieu existe nous aurons vécu à notre gré et, après notre mort, loin du paradis, nous n’aurons pas à supporter sa compagnie pour l’éternité. En revanche, s’il existait un Dieu miséricordieux qui avait le souci de l’ensemble de sa création, nous aurons agi selon sa volonté. Enfin, s’il n’y avait que des étoiles dans un ciel glacé, la seule oeuvre utile aurait été de rire un court instant.

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