Il apparaît nonchalant sur les images délavées d’une bande super-8, les mains coincées dans un jean ultra-slim et ultra rapiécé, déambulant sur les pentes d’un terrain vague d’une banlieue rouge. Nous sommes sans doute dans les années 70 et RENAUD ne sait pas encore qu’il va devenir une star.

Une brève histoire de RENAUD

Il apparaît nonchalant sur les images délavées d’une bande super-8, les mains coincées dans un jean ultra-slim et ultra rapiécé, déambulant sur les pentes d’un terrain vague d’une banlieue rouge. Nous sommes sans doute dans les années 70 et RENAUD ne sait pas encore qu’il va devenir une star.

L’école, il a essayé, pour faire plaisir à ses parents… Mais 68 a sonné la fin de la récrée. Paris bouillonnait. La jeunesse voulait tout casser, les vieilles idoles du passé, les traditions débiles, le puritanisme des aînés hérités des années curés. La France, on en était sûr, ne serait plus comme avant. Déjà le Général vacillait.

Et pourtant, effrayés par la liberté, les Français, comme des moutons, allèrent voter par millions pour l’ordre et la sécurité qu’incarnait encore le héros de la guerre. De Gaule emporta les élections, haut-la-main ! Les étudiants rangèrent leurs cocktails Molotov et leurs casques de moto et les ouvriers reprirent le chemin de l’usine. Le salon de l’auto ouvrit ses portes, attirant les meutes de visiteurs venus admirer le dernier modèle de chez Peugeot qu’ils ne pourraient jamais se payer. Tout était entrer dans l’ordre. La dinde aux marrons serait sur les tables de noël et tant-pis pour les idéaux.

Pas pour Renaud. Le trait qu’il avait tiré sur l’école était définitif. Il resta seul dans la rue, errant dans les bistrots, allant aux bastons comme le prolo va au charbon. Il s’essaya à la délinquance, chouravant avec son pote une montre à deux balles à un plus pauvre que lui. Il s’en voulu toute sa vie, promettant au pauvre dévalisé de lui payer un montre en or s’il le retrouvait. Au moins, l’expérience lui apprit une chose : voler un pauvre, c’est du vol. Voler un riche c’est de la justice.

Renaud se sentait artiste, saltimbanque, enfin un de ses métiers ou tu ne mangeais pas tous les jours. « Quand t’es intermittent, il faut accepter de manger par intermittence !  » lui répétait les copains ». Car c’était l’époque des bandes de blousons noirs, des flippers, de Pompidou et des R16, une époque ou l’amitié entre copains se voulait plus forte que l’amour, où quand tu voulais vivre libre (pas en couple), il fallait souvent vivre seul, que ça faisait peut-être mal au bide, mais que c’était bon pour la gueule. Le Manu pour avoir oublié cette simple règle de la rue avait failli finir dans le caniveau.

RENAUD ne voyait pas très loin. Lorsqu’il réfléchissait à son avenir, c’était pour organiser la soirée, un cruel dilemme entre le cinoche et le bal de quartier, un tour en mobs sans but, juste pour reconstituer la meute, en prenant soin d’emporter deux ou trois amuse-gueule dont le port était prohibé.

Et puis son oncle lui offrit une guitare. Peut-être n’était-ce pas une coïncidence ! Il se mit à gratter quelques accords, essayant de reproduire les airs de ses idoles Georges BRASSENS et Hugues AUFRAY. Il finit pas écrire une chanson : Crève Charogne, une chanson qu’il fredonna tout content à ses parents. Le malheur fut que, dans cette chanson, « la Charogne », c’était son père. Le paternel n’apprécia pas et le mit à la porte.

Il ne se découragea pas. Avec son ami Michel à l’accordéon, il écuma les ruelles, les entrées de bars, espérant sans doute qu’un mécène passât par là. Mais le mécène se fit attendre, et Renaud dut se résoudre à des boulots plus traditionnels, des boulots où on se fait mal au dos et aux mains… De temps en temps, il allait au Café de la Gare où se produisaient de jeunes talents de la scène parisienne comme Romain BOUTEILLE, Henri GUYBET, Patrick DEVAERE ou Miou-Miou et… celui qui deviendra son pote : Coluche.

RENAUD aimait ces artistes. Il se sentait chez lui parmi eux. Et puis devenir Comédien ? Pourquoi pas… Il reprit sa guitare et son ami Michel et se planta dans les files d’attente du Café de la Gare où 500 badauds piétinaient chaque soir.. Ce fut-là que Paul LEDERMAN, celui qui avait lancé Claude FRANCOIS, le remarqua . Tout ce qui avait jusque-là repoussé les producteurs, son côté désuet, démodé, son accent de Titi parisien, séduit LEDERMAN. Il lui proposa de faire la première partie du Café de La Gare ! Enfin…

Le miracle dura trois semaine, interrompu par le service militaire qui envoya l’ami Michel sous les drapeaux, armé d’un son fusil, d’un calot, d’une ration de topinambours et de sa ligne Maginot. Le sort, à nouveau, renvoyait RENAUD à ses putains de camions de cageots…

Mais le destin n’allait quand même pas laisser perdre ce joyau brut dans les fins de marchés parisiens ! Par hasard, sur une plage de Belle-île, il rencontra DEVAERE, qui cherchait justement un acteur au Café de la Gare, un type au physique de Gavroche. Et il remonta sus scène où il joua aux côté de COLUCHE et d’Henri GUYBET.

Il se mit aussi à écrire des chansons, dans un registre fidèle à son personnage de « chanteur-énervant », notamment HEXAGONE, de la dynamite dans le paysage mielleux des années Giscard. Une chanson qui dans la veine de 68, qui voulait tout exploser, n’épargnait personne, et surtout pas les Français, ces beaufs dont les seuls valeurs se résumaient au foot et au tiercé, qui passaient leur temps et leur énergie à se vautrer dans leur confort de petit-bourgeois, alors que, de l’autre côté de la Seine, des pauvres crevaient à l’abri des regards. Il comparait Giscard à Pinochet, le dictateur chilien aux matraqueurs assermentées. Forcément avec une chanson comme ça, les portes de la TV n’allait pas s’ouvrir toutes seules… Amoureux de Panam n’était pas plus consensuelle : cette fois-ci, il se farcissait les écologistes, ces nouveaux curés aux discours moralisateurs, ces types tristes et blêmes qui disaient « non » à la vie, qui crachaient su sa ville et ses odeurs de poubelles et sa tour Eiffel.

Mais on commençait à parler de lui. Et deux producteurs tentèrent l’aventure. Le succès commençait à frémir ce qui lui ouvrit au moins les portes de quelques salles pour gagner deux trois sous, pas suffisant pour se passer des petits boulots, plongeur, barman, et encore acteur, avec Martin LAMOTTE notamment.

Gavroche restant le nez dans le ruisseau, il décida de revenir à ses origines, à ses fringues de Sarcelle, du cuir noir et des bottes et à ses bars louches de banlieue : Laisse-béton. Le tube de l’année 1978, la fusée RENAUD venait de décoller !

MISTER RENAUD

Plus Renaud fustige les Français, plus il les caricature, plus ces Beauf à la Cabu (paix à son âme) l’aime. Il y a des dizaines de BRUEL, des centaines de Lara FABIAN, il n’y a qu’un seul RENAUD, un auteur- compositeur capable, avec des mots simples, tirés du langage de sa rue, avec trois accords de guitare, d’émouvoir, de révolter ou de faire rire. Il raconte en rimes les bastons ordinaires, le cinéma porno, les braquages qui foirent, les baloches qui se terminent au mieux en bagarre générale et plus souvent à coups de manche de pioche. Il métaphorise la drogue, l’alcool, les copains déprimés, le racisme et la vie dure des ouvriers… Est-il le seul à vouloir dire quelque chose ? Au-delà des éternels textes délavés, repassés que nous servent les ténors de la bande FM, RENAUD invente, dénonce, crie. Je ne connais pas une de ses chansons dont le texte me soit indifférent, sans intérêt, à ranger avec les millions d’autres titres sur l’étagère des déjà vus.

Sa Gonzesse des beaux-quartiers, les anciens d’Indochine, le boulanger raciste, les Bobos (ils se disent de gauche (pour la bonne conscience) mais ont tout du bourgeois), les militaires, les curés, Giscard, son Beauf sont tous passés sous le rouleau compresseur de RENAUD-Le-Chanteur (comme il aime le préciser) et en sont sortis si aplatis que jamais, ils ne sont relevés.

RENAUD, c’est le contraire de la langue de bois, le parler-vrai quitte à se faire des ennemis ; Il y a du Charlie-Hebdo dans les albums de RENAUD.

Il sait aussi faire du CABREL, raconter des histoires un peu mièvre en mélangent des cailloux, des nones, des marchands et des fous, en trempant sa plume dans la rivière du ruisseau, en cherchant les chemins au bord de la route. Du Capdevielle, aussi, que le plus anciens connaissent, ce type perdu au milei des cimetières de pelles mécaniques. C’était mieux que les originaux.

Docteur RENARD

Alors que RENAUD ne boit que de l’eau, RENARD carbure au Ricard. Et c’est là que les problèmes commencent. RENAUD ne se cache pas. Il est lucide et dévoile son côté obscur, sa schizophrénie, son double maléfique qui le hante et tente de l’anéantir, le noyer sous des fontaines alcoolisées. Tout est dit dans la chanson. Sans doute envahi par des crises d’angoisses douloureuses, RENAUD a cherché à apaiser son âme dans des ivresses anisées. Il s’est laissé submerger par cette drogue douce et l’ivresse est devenu, petit-à-petit, un paravent contre l’angoisse, un refuge dans lequel RENAUD s’est enfermé. La spirale de l’alcool est pernicieuse, on ne la quitte pas comme on jette un kleenex : la réduction des doses s’accompagnent de douleurs, d’angoisses redoublées. Il faut donc être motivé pour s’en sortir, aimé la vie, aimé même si, le temps est assassin et emmène avec lui le rire des enfants…. Et les Mistrals gagnants.

A propos de Charlie-Hebdo

Les mecs comme Char­lie Hebdo qui crèvent en ce moment, parce qu’ils n’ont pas de pubs, et à cause des connards qui votent à gauche et qui font des procès à Char­lie Hebdo. Le seul jour­nal de ma vie qui m’ait fait rire, c’était Char­lie Hebdo. Je n’en retrou­ve­rai plus jamais un qui me fait marrer. RENAUD.

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