Philosopher, c’est apprendre à mourir ?

20130801 usa 2013 113.jpgFaussement attribuée à Montaigne, l’affirmation vient de Socrate (rapportée par Platon). Faussement attribuée à Montaigne, l’affirmation vient de Socrate (rapportée par Platon). Épicure cherchait aussi à nous soulager en faisant remarquer que lorsque la mort est là nous n’y sommes plus et par conséquent, il n’y a aucune raison de la craindre.

 Les Stoïciens, à commencer par Sénèque, ont également apporté leur pierre à l’édifice : la mort est une nécessité de la nature, acceptons-la ; pensons-y souvent pour l’apprivoiser. La religion, enfin, nous donne l’antidote miracle en nous promettant la vie après la mort, et, de surcroît, une vie meilleure (si on a été sage : ce qui au passage explique son succès et son pouvoir sur les âmes). La Bouddha (470 av JC) avait fait de même en nous proposant la réincarnation, avant le Nirvana : retrouver le tout, n’être plus rien pour rejoindre l’impermanence des choses…

Toutes ces recettes sont-elles de nature à nous soulager ?

Tout d’abord, savent-ils, ces grands savants ce qu’est la mort ? A priori, 80 milliards d’humains (estimation du petit-père COMBES) se sont succédé sur cette terre et aucun n’en est revenu pour nous raconter la mort. Lorsque qu’un coach prépare son athlète au prochain tournoi, il a pour lui d’en avoir l’expérience, d’avoir vécu l’épreuve. Ce qui n’est pas le cas des philosophes, aussi bon soit-ils.

Pour revenir à Sénèque : « pensons-y souvent pour l’apprivoiser ». A quoi faut-il penser exactement ? La mort chrétienne (le paradis) ? La mort athée (le néant) ? La mort stoïcienne ? Ou faut-il penser aux amuse-gueule, la maladie, la cancer de la prostate, et Alzheimer ? Car est-ce la mort qui nous fait peur ou la souffrance qui la précède ? Est-ce l’inconnu ou la frayeur du néant, la prise de conscience de notre finitude, de notre avenir résumer à rien ou presque : des atomes dispersés dans la galaxie (qui finira elle-aussi par s’éteindre). Est-ce pour cette raison que nous sommes tant attachés à notre progéniture, un fraction d’éternité, un peu de nous qui survivra ? Mais peut-être est-ce la perte douloureuse d’un proche qui nous fait redouter l’expérience de notre propre mort ? Est-ce un peu tout ça ?

Pourtant, Sénèque, comme on le sait, fut condamné par Néron à se trancher le veines. Et il fut dans l’exercice impérial ! Il avait donc finalement bien préparé le terrain et a accepté sa mort simplement. Montaigne le premier nous fit part de son admiration :

 » A voir les efforts que Sénèque se donne pour se préparer à la mort, à le voir suer d’ahan pour se roidir et pour s’assurer et se débattre si longtemps en cette perche, j’eusse ébranlé sa réputation, s’il n’eut en mourant très vaillamment maintenue. »

Nietzsche propose une solution radicale : la philosophie de la vie. il n’y a rien après la mort. Ne suivons donc pas l’exemple chrétien qui consiste à perdre sa vie à gagner un au-delà qui n’existe pas. Vivons ici et maintenant avec l’intime conviction que c’est notre seule chance d’accéder au bonheur. L’animal en cela est supérieur à l’homme (l’animal malade )car il est toujours dans l’instant alors que nous différons en permanence nos vies en faisant des projets pour le futur.

Le rejet de « l’ici et maintenant » chez les chrétiens (également chez Platon qui privilégie le monde des idées au monde sensible) a fait du corps une prison maléfique qu’il convient de faire exploser pour libérer l’esprit. Cette pulsion de mort sera bien caractérisée chez Freud, cette attitude qui consiste à s’interdire le bonheur, à différer sa vie plus tard, après la mort. Chez les chrétiens la joie doit être encadrée, contenue, sobre. Le sexe aussi : il doit être triste, suivre des procédures bien précise. On glorifie le silence, la tristesse (il n’ y a qu’à compter le nombre de sourires sur les vitraux des églises pour s’en persuader), la douleur : celui qui imite le Christ, y compris dans sa douleur, sera récompensé. Etre chrétiens, c’est donc faire l’expérience de la mort.

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