Parmi les historiens qui se sont attaqués à cette page douloureuse de l’histoire de France, Benjamin STORA a l’avantage d’avoir vécu les « événements » sur place, ce qui donne à son récit du relief, de la couleur et de la profondeur.

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La guerre d’Algérie

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Il n’avait que quatre ans, en 1954, lorsque les premiers coups de fusils du FLN ont retenti dans le massif des Aurès, au sud de Constantine et 12 ans lorsqu’il arriva en métropole, avec le flot des expatriés d’Algérie, plus connus sous les termes « pieds-noirs ».

On doit reconnaître à Benjamin STORA safaculté de ne pas prendre parti, de décrire les événements en simple spectateur éclairé. Il ne cherche pas à savoir qui a eu raison, considérant que chaque camp disposait d’un argumentaire solide et parfaitement défendable. Il comprend l’attachement des Européens à leur terre natale, qui fut aussi celle de leurs ancêtres depuis 1830 (« avant que la Savoie ne devienne française » précise-t-il), mais reconnaît aussi au peuple algérien son droit à l’autodétermination.

Une polémique est née à propos de l’appui trop visible de Benjamin STORA aux thèses du FLN. A la lecture de cet ouvrage, cette thèse ne saute pas aux yeux.

Le images proposées par Benjamin STORA sont cruelles de vérité : des scènes de la vie quotidienne, des familles françaises endimanchées se détachant sur le fond noir des femmes voilées ; des hommes en costumes sirotant à la terrasse tranquille des cafés ; des enfants kabyles studieux devant la carte de France sous les yeux inquisiteurs de l’instituteur ; des soldats du contingent un peu perdus, armés de détecteurs à métaux, cherchant sous les Hijabs quelques engins infernaux ; et puis l’immensité du pays écrasé de soleil, la douleur de la guerre, les blindés français au milieu des ânes ; les attentats, le corps sans vie de monsieur MONNEROT, le premier mort français de la guerre ; les ceintures de cartouches dans les Aurès ; les fouilles minutieuses ; les paysans tenus en joue ; encore des blindés noyés dans l’immensité poussiéreuse ; des enfants algériens jouant au cerf-volant ; des femmes algériennes armées de fusils ; la colère des pieds-noirs à peine contenue par un mince cordon de CRS ; beaucoup de défilés ; MASSU SALAN, DE GAULLE, tous les grands personnages de ces années sombres ; une façade d’hôtel dévastée par le souffle d’une bombe ; des graffitis ; des hélicos évacuant les morts ; Tout est dit dans ces photos, l’absurdité de l’entêtement français, la détermination des Fellaghas, la fureur des pieds-noirs au pied des barricades suivis de leur terrible résignation… A lire absolument.

J’ai lu pour vous La guerre d’Algérie en images de Benjamin STORA

Dès les premières pages, Benjamin STORA plante le décor bancal de la politique française et aussitôt le malaise s’installe : Après quatre années d’une occupation allemande particulièrement féroce (1940-1944), la France s’est « libérée » de l’oppresseur nazi et glorifie, à longueur de tribunes, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Or, en Indochine (jusqu’en 1954), puis en Algérie (à partir de 1954), elle justifie son empire colonial au titre de son devoir de civilisation (Jules FERRY avait même ajouté « le droit des peuples supérieurs à civilisés les races inférieures ». Comment une telle contradiction a-t-elle été tenable ? Elle ne le fut pas, faisant chuter les gouvernements de la IVème république, les uns après les autres, avant d’emporter dans son élan destructeur la république elle-même !

L’Algérie, en 1954, c’était la France, selon les termes du jeune ministre de l’intérieur François MITTERAND. Un million d’Européens, en majorité, Français, y vivaient, essentiellement dans les villes, et ce, depuis plus d’un siècle. La plupart n’avait jamais mis les pieds en métropole. L’Algérie était leur terre natale et devait la rester.

Deux communautés se côtoyaient, mais sans se mélanger, les mariages mixtes étant l’exception. Certes la France avait développé le pays, construit des dispensaires, un réseau ferré, des hôpitaux, mais c’était essentiellement pour les Européens. Les Musulmans étaient, il faut bien le dire, des citoyens de seconde zone.

1954 est retenue dans l’histoire officielle comme le début de la Guerre d’Algérie, Pourtant, les premiers morts son tombés bien avant, le 8 mai 1945, à l’occasion des massacres de Sétif

1er novembre 1954 : le front de libération national (FLN) commet ses premiers attentats contre des intérêts français dans le massif des Aurès, dans le sud de Constantine. Ce mouvement est récent sur la scène indépendantiste algérienne, jusque-là monopolisée par Messali HADJ, fondateur du parti du peule algérien (PPA) et plus tard du MNA qui avait, au lendemain de la première guerre mondiale (1927), réclamé l’indépendance de l’Algérie.

Le FLN lance son appel d’Alger :

« Pour prouver notre désir réel de paix, limiter les pertes en vies humaines et les effusions de sang, nous avançons une plate-forme honorable de discussion aux autorités françaises si ces dernières reconnaissent une fois pour toutes aux peuples le droit à disposer d’eux-mêmes :

  1. La reconnaissance de la nationalité algérienne par une déclaration officielle abrogeant les édits, décrets et lois faisant de l’Algérie une terre française en déni de l’histoire, de la géographie, de la langue, de la religion et des mœurs du peuple algérien ;
  2. L’ouverture des négociations avec les porte-parole autorisés du peuple algérien sur les bases de la reconnaissance de la souveraineté algérienne. »

Les socialistes sont alors au pouvoir en France et Pierre Mendès France, Président du Conseil en 1955, se saisit de l’affaire algérienne. Il envoie son ministre de l’Intérieur François MITTERAND, qui installe Jacques SOUSTELLE, un ancien résistant, aux commandes du pays. Il est accompagné d‘un contingent de plusieurs dizaines de milliers d’appelés. Ce recours au ministre de l’intérieur n’est pas innocent : l’Algérie fait partie de la République ! Pierre Mendès-France est toutefois mis en minorité et est le premier d’une longue série de Président du Conseil, être sacrifié sur l’autel de l’Algérie française. Edgar FAURE, son successeur, décide la manière forte en instaurant un plan d’urgence. C’est alors l’engrenage : la répression française répondant aux attentats aveugles du FLN. Cet engrenage ne s’arrêtera qu’avec l’indépendance. La France est alors montrée du doigt par la communauté internationale qui met, à l’ordre du jour de l’ONU, la question algérienne. Fidèle à sa politique, la France arrogante indique que cette affaire est de la politique intérieure et ne regarde en conséquence pas l’ONU ! Cette stratégie sera désastreuse pour son image.

En 1956, la gauche revient au pouvoir avec le programme d’apaisement de Guy MOLLET. Les initiatives du FLN vont au contraire conduire le gouvernement MOLLET (au départ favorable à l’indépendance) à basculer dans la répression à grande échelle (suite à la célèbre journée des tomates où le Président du Conseil fut copieusement arrosé de végétaux par les Européens d’Alger). Guy MOLLET intervient même dans l’Égypte nationaliste de NASSER (crise de SUEZ), accusé d’aider le FLN. C’est donc Guy MOLLET, le partisan de la méthode douce, qui fait voter les « pouvoirs spéciaux » pour l’armée. 400 000 hommes sont maintenant en Algérie. L’armée parvient à détourner un vol d’Air MAROC qui conduisait en Tunisie cinq chef du FLN, dont Ahmed Ben BELLAH, son futur président !

A partir de 1957, le FLN change de stratégie : il règle d’abord ses comptes avec le MNA de Messali HADJ, puis se concentre dans les villes et notamment sur Alger, siège de la plus grande communauté française. Les bombes font des dizaines de morts. Dépassé, le maire d’Alger fait appel à l’armée. C’est le général MASSU qui est chargé de ramener l’ordre (bataille d’Alger). Avec l’aide de ses 24 000 parachutistes, il remplit sa mission, en utilisant tous les moyens à sa disposition, dont la fameuse « corvée de bois »… Le FLN est affaibli et se replie sur la Tunisie où il est bombardé par l’armée française. Ce bombardement de la petite ville de Sakiet Sidi Youssef sera condamné à l’ONU et entraînera la chute d’un nouveau gouvernement français (Gaillard) et la constitution d’un nouveau (Pfimlin) qui affiche sa volonté de négocier avec le FLN, mettant ainsi le feu aux poudres des partisans de l’Algérie française qui prennent les armes et occupent le siège du gouvernement. S’illustre notamment Pierre LAGAILLARDE (ancien parachutiste) et le Général SALAN (ancien d’Indochine), futurs membres de l’OAS. Un comité de salut publique (présidé par MASSU) se met en place et réclame DE GAULLE ! SALAN (futur putschiste) déclare : « Je prends en main provisoirement les destinées de l’Algérie française. « De GAULLE lui répond en ces termes : « J’ai entamé hier le processus régulier nécessaire à l’établissement d’un gouvernement républicain. ».

Qu’a compris De Gaulle ?

Il est nommé président du Conseil et se rend en Algérie pour lancer son célèbre « je vous ai compris : ! » Aujourd’hui encore on se demande ce qu’il avait compris ? Veut-il d’ores et déjà conduire l’Algérie vers l’indépendance ? Sans doute. Pierre LEFRANC, son directeur de Cabinet, a rapporté ses propos d’alors : « son chef de cabinet Pierre LEFRANC : « Nous ne pouvons pas garder l’Algérie. Croyez bien que je suis le premier à le regretter mais la portion d’Européens est trop faible. » Dans le même temps, il est conscient du potentiel que représente le Sahara occidental, riche en pétrole, et siège des essais nucléaires français. Mais il veut, dans un premier temps, fidèle à sa tradition militaire, rétablir l’ordre sur place pour négocier en position de force ! Il cherche, dans le même temps, à disposer de pouvoirs accrus dans le cadre d’une Vème république. En septembre, est créé le GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne), dont Fehrat ABBAS devient le Président.

En 1958, la constitution voulue par De Gaulle est votée dans le cadre d’un référendum où les femmes algériennes, pour la première fois, sont appelées à voter ! La Vème république est bien la fille de la guerre d’Algérie. Le général lance une double initiative ; la première (plan de Constantine) visant le développement des zones déshérités, la seconde (plan CHALLE) l’affaiblissement du FLN.

En 1959, De Gaulle prononce pour la première fois en public les termes qui fâchent la communauté européenne d’Algérie : le droit à l’autodétermination. La colère est à son comble lors de la journée des barricades en janvier 1960 où, pour la première fois depuis VICHY, des Français tirent sur des Français ! Le putsch des généraux (dont l’éternel SALAN) ressemble à un baroud d’honneur des partisans de l’Algérie Française. Ils sont arrêtés et l’indépendance est prononcée le 19 juin 1962 à l’occasion des accords d’Evian. Les attentats aveugles de l’OAS n’y changeront rien.

Quelques grands repères

  • 1830 : début de la colonisation française (et espagnole) : la France se heurte déjà la résistance en Kabylie et au chef de Tribu Abd-el Kader
  • 1834 : annexion de l’Algérie à la France
  • 1847 : création de trois départements français en Algérie
  • 1927 : Messali HADL réclame l’indépendance de l’Algérie
  • 1954 : premiers attentats dans le massif des Aurès revendiqués par le FLN
  • 1955 : Pierre Mendès-France, Président du Conseil, échoue dans sa tentative de reprise en main ; il démissionne. Edgard Faure lui succède et décrète l’état d’urgence.
  • 1956 : le FLN se structure et lors du congrès de La Soummam
  • 1957 : le général MASSU et ses parachutistes gagnent la bataille d’Alger.
  • 1958 : Échec du gouvernement de Guy MOLLET (crise de Suez). A Alger, MASSU créée un Comité de Salut Public et en appelle à de Gaulle. Le général devient président du Conseil et dispose de pouvoirs spéciaux. Il se rend en Algérie et prononce son célèbre « Je vois ai compris ». Ferhat ABBAS créée en Égypte le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne (G.P.R.A.). Naissance en octobre de la 5ème république. De Gaulle offre au FLN la « paix des braves » et essuie un refus. Il est élu Président.
  • 1959 : De Gaulle envisage publiquement le droit du peuple algérien à l’autodétermination
  • 1960 : les partisans de l’Algérie française reprennent la main dans le cadre de la « semaine des barricades »
  • 1961 : Putsch des généraux Salan, Challe, Jouhaud et Zeller.
  • 1962 : Accords d’Évian (indépendance de l’Algérie)
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Guerre d'Algérie, Histoire, Histoire de France

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