J’ai lu pour vous Un été avec Montaigne d’Antoine COMPAGNON

20130801 usa 2013 110.jpgA tous ceux qui auraient aimé lire les Essais de Montaigne, mais qui ont toujours été effrayés par le vieux François et l’épaisseur de l’ouvrage, Antoine COMPAGNON propose une lecture estivale de l’œuvre unique du sage de Bordeaux.

Tous les thèmes chers à Montaigne sont passés au crible vulgarisateur de l’auteur, qui nous fait découvrir ce guide de bonnes pratiques pour une vie heureuse et apaisée ; un guide toujours actuel dans lequel le stoïcisme et l’épicurisme semblent tenir une bonne place.

Montaigne et les guerres de religions

Antoine COMPAGNON nous fait remarquer que l’époque de Montaigne n’inspirait guère à cette quiétude qu’il recherchait tant dans ses Essais : c’était le temps des guerres de religions : la saint Barthélémy n’avait que vingt ans. Montaigne exerça des fonctions publiques, locales (il fut maire de Bordeaux), mais aussi nationales, et put sentir de près la haine véhiculée par ces guerres qui ensanglantèrent la France. Il attendit donc la fin de ses charges pour se retirer sur ses terres et écrire ses Essais, une sorte d’introspection nécessaire pour remettre de l’ordre dans ses idées chahutées.

Un livre de bonne foi

Il l’avoue lui-même, c’est lui qu’il peint dans les Essais, son enfant unique, le livre d’un « honnête homme », un livre de « bonne foi » ; un livre aux ambitions « modestes », destiné au cercle rapproché de ses amis ; un livre écrit volontairement sans effet de style et en bon François, une langue encore mouvante à l’époque, mais que Montaigne a choisi, bien qu’elle ne fusse pas sa langue maternelle qui était le Latin, pour rendre ses Essais accessibles à tous et notamment aux femmes moins érudites ; un livre qui l’aurait sauvé de la folie, car la solitude dans laquelle il s’était retranché, loin de lui apporter le repos de l’âme, a encombré son esprit d’angoisses incessantes ; un livre à partir duquel il s’est construit, découvert une affinité avec les Stoïciens et les Épicuriens ; mais aussi le livre d’un sceptique qui se pose une simple question : « Que sais-je ? », car Montaigne le sait : la vérité existe, mais elle nous est inaccessible, car comme Héraclite contemplant l’eau du fleuve, il sait que le monde bouge et que demain il sera autre.

Des Cannibales et Des Coches

Antoine COMPAGNON reprend les fameux chapitres sur les Indiens de Rouen, dans lesquels MONTAIGNE nous apprend que le sauvage n’est pas forcément celui que l’on croit, que les coutumes de ces hommes, plus proches de la nature que celles de ses contemporains, sont à qualifier de meilleures. Il nous regarde avec les yeux indiens, et s’étonne de voir ces vieux barbus (les conseillers du Roi sans doute) commandés par un enfant (le Roi). Comment cela peut-il être ? Nos yeux d’européens, embués par la tradition, ne vient plus l’absurdité de notre condition.

La mort de Montaigne

« Que philosopher c’est apprendre à mourir. » Les Essais seraient-ils une préparation à la mort ? Vieillir offre en cela un avantage : on ne meurt pas tout d’un coup, mais par petits bouts, comme cette dent qui vient de choir. Celui qui mourra demain ne sera plus qu’une fraction de moi, ce ne sera plus vraiment moi. Mais Montaigne hésite : faut-il, comme les paysans, n’y songer jamais ? Ou comme Socrate y penser le plus possible pour l’apprivoiser ?

Montaigne et l’amitié

L’amitié (pour Étienne de la Boétie) tient également une grande place dans les Essais. Il aurait même envisagé d’écrire les Essais autour du célèbre Discours sur la servitude volontaire de son ami, avant de renoncer à ce projet.

Montaigne aime les classiques

Montaigne aime les classiques, citant Plutarque ou Cicéron. Il est pour la force de dissuasion, pensant que c’est le développement des arts et de la culture qui conduisit l’Empire romain à sa perte. Mieux vaut une bonne armée spartiate que le raffinement d’Athènes !

Montaigne et les savoirs

Montaigne dénonce le savoir scolastique fondé sur la mémoire ! Il lui préfère le raisonnement. C’est-à-dire l’exact contraire de ce que souhaitent ses contemporains aux pouvoirs : une tête bien pleine, qui ne sait réciter que des psaumes, ne se rebelle pas. En préférant la tête bien pleine, Montaigne annonce les Lumières.

Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge au monde qui se tient au-delà ? ».

Le Dieu de Montaigne

Sur le plan religieux, Montaigne est fidéiste, c’est-à-dire fidèle à la religion de son pays. En terre d’Islam, il aurait été mahométan. Il sépare clairement la foi de la raison, pensant que Dieu, ou au moins la preuve de son existence, ne nous est pas accessible. Il est un Chrétien sceptique, admettant que les religions se valent toutes et dépendent seulement de nos traditions.

« Nous sommes Chrétiens au même titre que nous sommes Périgourdins ou Allemands ».

Voilà qui n’est pas très orthodoxe, voir blasphématoire dans la France du XVIème siècle !

Les Essais reçurent pourtant l’accord du Pape !

Montaigne décomplexé

Montaigne a un langage plutôt moderne lorsqu’il parle de sa sexualité : il s’étonne de la honte associée au discours sur le sexe. Pourquoi cette action si naturelle (la copulation) doit-elle être cachée comme une maladie honteuse, enfouie sous les métaphores pour ne point heurter le public, alors que l’on parle aisément de crimes, de guerres et de trahisons ? On retrouve du CRATES (le père des Cyniques) qui faisait l’amour en public, mais un CRATES qui ferait l’amour lentement, en cultivant la séduction, la galanterie et un érotisme savant.

« Qu’a fait l’action génitale à l’homme, si naturelle, si nécessaire, et si juste, pour n’en oser parler sans vergogne, et pour l’exclure des propos sérieux et réglés ?

Montaigne fut avant l’heure pour l’égalité des sexes, estimant que seul le manque d’éducation des femmes l’a différencie de l’homme.

Montaigne le sceptique, stoïque épicurien

Montaigne, en Épicurien, veut vivre ici et maintenant : la mort n’est pas le but de la vie, elle en est seulement le bout ». N’attendons pas de plus plus être pour vivre ! On retrouve l’un des quatre remèdes d’Épicure. « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors. Quand je me promène dans un beau verger, si me pensées sont un instant distraites, je les ramène à la promenade ».

Nous pourrions résumer ainsi

Cherchons, autant que faire se peut, à connaitre le monde et acceptons, comme les paysans, la place qui est la nôtre. C’est son côté stoïcien, sachant que : « sur le trône le plus élevé, on n’est jamais assis que sur son cul ». En attenant la mort, vivons ici et maintenant du mieux possible (c’est son côté Épicurien), avec la certitude que la vérité nous est inaccessible (c’est son côté sceptique).

Merci Antoine pour nous avoir fait (re)découvrir le sage de Bordeaux.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :