Dans les Essais, Montaigne parle librement du sexe, ce qui constitue, dans son époque obscure étouffée par le conservatisme religieux et la censure de la Sorbonne, un exploit audacieux et dangereux.f5

Il évoque notamment, sans complexe, la molles se de ses attributs, la baisse de ses performances, puis il aborde le thème du tabou incompréhensible associé au discours sur le sexe :

 » Mais venons à mon thème. Qu’a fait l’action génitale aux hommes, si naturelle, si nécessaire, et si juste, pour n’en oser parler sans vergogne, et pour l’exclure des propos sérieux et réglés ? Nous prononçons hardiment, tuer, dérober, trahir : et cela, nous n’oserions qu’entre les dents. Est-ce à dire que moins nous en exhalons en parole, d’autant nous avons loi d’en grossir la pensée ? Car il est bon, que les mots qui sont le moins en usage, moins écrits, et mieux tus, sont les mieux sus et plus généralement connus. Nul âge, nulles meurs l’ignorent non plus que le pain. Ils s’impriment en chacun, sans être exprimés, et sans voix et sans figure. Et le sexe qui le fait le plus, a charge de le taire le plus. C’est une action, que nous avons mise en la franchise du silence, d’où c’est crime de l’arracher. Non pas pour l’accuser et juger : Ni n’osons la fouetter, qu’en périphrase et peinture. (III, 5, 1324) » Montaigne les Essais – sur des vers de VIRGILE

Le tabou du sexe

Montaigne montre que l’on parle volontiers de nos actes les plus anodins, comme manger, boire ou dormir ; tous ces actes naturels qui font que nous sommes des êtres vivants. Un seul échappe à cette règle : le sexe. Chacun le connait, y pense, en jouit, mais personne n’en parle. La société a enfoui le sujet sous des couches imperméables, l’a repoussé aux frontières de la bienséance en espérant ne jamais le revoir. Pourquoi ? Le spectacle d’une vache et d’un taureau qui copulent dans un pré ne choque personne. En revanche, remplacé les animaux par un homme et une femme, et le spectacle doit se jouer à huis clos, dans une pièce insonorisée et si possible fermée à double-tour !

Un tabou hérité de l’ère chrétienne

Montaigne avait vu l’absurdité de ce tabou né avec l’ère chrétienne et plus particulièrement avec saint Paul (Paul de Tarse le misogyne). Regardez les statues grecques ou romaines ! Elles glorifiaient le corps plutôt que de le cacher sous des draps épais. On faisait l’amour ensemble, entre homme et femme, mais aussi entre personnes du même sexe. Personne ne voyait à y redire. Une divinité était même chargée directement de la question du sexe : Vénus (ou Aphrodite pour es Grecs). Tout ce qui relevait de l’érotisme ou de la volupté entrait dans ses compétences. Avec saint Paul, les robes se sont allongées, les sœurs se sont voilées, et la chambre à coucher est devenue une véritable forteresse. Si vous avez un problème sexuel, inutile d’aller voir monsieur le curé ! Comme le disait si bien Guy BEDOS :  » Quand j’entends le Pape parler de sexe, ça me fait penser à Giscard parlant des pauvres ! ».

Montaigne et la censure

On voit nettement ce phénomène à l’œuvre dans la censure américaine : on montre volontiers un flingue, un crâne qui explose, mais jamais un sexe ! Une ode à la mort plutôt qu’à la vie ! Le serial killer sera largement montré, un magnum fumant aussi gros que lui à ma main ; on montera beaucoup moins les atours de la femme ; on évoquera le sexe en paraboles, médicales ou poétiques et toujours derrière un voile On ne dira point « testicules », mais choses de la vie, on ne dira point « cul », mais muscle fessier, « copulation » mais acte d’amour, « masturbation », mais « plaisir solitaire », etc.

Le droit de regarder les jolies filles

Regarder une belle fille dans la rue ou sur la couverture glacée d’un magasine est assimilée à un acte d’une grande perversité, comme si la beauté, et le désir qu’elle suscite, était intrinsèquement perverse, c’est-à-dire (étymologiquement) « contre-nature ». En quoi le désir est-il « contre-nature ». S’il en était ainsi, l’espèce humaine aurait disparu depuis longtemps.

Alors je revendique le droit de poser mon regard sur une jolie femme. Le mariage, l’amour ne rendent pas d’un coup l’ensemble des autres femmes de la planète indésirables ! Celui qui dit ça est soit un menteur, soit un eunuque.

Malgré mai 68, les tabous issus de l’ère chrétienne nous écrasent encore largement. La Manif pour tous, le Pape, le CSA, la mère BOUTIN n’ont pas lu Montaigne. Ils le devraient.

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belles femmes nues, les philosophes et le sexe, Montaigne, Philosophie, Précurseur des lumières

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