La théorie du Big Bang, élaborée en 1929 par Edwin Hubble et reprise en 1948 par George Gamow et Ralph Alpher, s’est largement imposée dans la communauté scientifique. Son interprétation religieuse illustre l’irrépressible propension de l’homme à trouver sa trace dans la nature.0603c-einstein


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Le débat entre physique et métaphysique porte aujourd’hui sur le principe anthropique, qui fut énoncé dans sa version faible en 1974 par l’astrophysicien britannique Brandon Carter. Ce principe dispose que nous existons parce que les conditions initiales de l’Univers rendaient la chose possible. Sa version forte, beaucoup plus  ambitieuse, affirme que les conditions initiales de l’Univers contenaient en germes les structures complexes qui sont apparues progressivement dans le cosmos, jusqu’à la conscience. Autrement dit, un «principe créateur» a réglé, avec une infinie précision, les lois et les conditions initiales de l’Univers. Le choix de la version du principe anthropique se traduit par la question :

«Le monde s’est-il créé tout seul ?»

On a lu pour vous Le monde s’est-il créé tout seul ?  Trinh Xuan Thuan, Ilya Progogine, Albert Jacquard, Joël de Rosnay, Jean-Marie Pelt, Henri Atlan interrogés par Patrice Van Eersel.

On pourra lire aussi la Brève Histoire du temps de Stephen HAWKING

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Entretien avec Trinh Xuan Thuan

Les conceptions du monde qui se sont succédé dans l’humanité commencent par l’animisme, attribuant un esprit à chaque chose et permettant une relation directe entre hommes et esprits. Dans la conception mythique, qui lui succède à partir de 10 000 avant JC, les dieux qui ont créé le monde s’en sont éloignés. Seuls les prêtres sont autorisés à s’adresser à eux. Puis, au VIe siècle avant JC, survient «le miracle grec.» L’harmonie du monde ne peut alors être perçue que par la connaissance des lois avec lesquelles les dieux le régissent. La science moderne est née. On étudie le monde de façon réductionniste, par petits bouts. En Orient, malgré une technologie avancée, l’approche holistique (qui consiste à considérer les phénomènes comme des totalités) ne permet pas le développement de la science. Plus tard, en occident, la vision holistique rejoint le réductionnisme initial, permettant d’appréhender les phénomènes émergents, non-réductibles à la somme des parties qui les constituent. Au XIXe siècle, la pensée humaine se détache de Dieu avec les travaux de Laplace. L’esprit humain devient capable de déduire l’existence de la planète Neptune sans l’observer.

On ne sait pas grand chose de l’Univers

La théorie du Big Bang triomphe avec la découverte du rayonnement fossile en 1965. Elle est depuis confirmée par toutes les observations. Des télescopes de plus en plus puissants sont construits pour remonter un milliard d’années après l’explosion initiale. L’opacité de l’univers pendant ses 380 000 premières années empêche son observation. Les accélérateurs de particules tentent alors de déterminer le comportement de la matière dans ces premiers temps de l’univers. Les recherches récentes concluent à un univers composé de :

  • 26,5 % de matière sombre (qui assure la stabilité des galaxies et dont on ignore la nature) ;
  • 0,5 % de matière lumineuse (les étoiles par exemple) ;
  • et 73 % d’énergie noire (responsable de l’accélération de son expansion alors qu’elle devrait ralentir sous l’action de la gravité, et dont on ne sait rien).

La matière baryonique ordinaire ne représenterait que 4 % du total. Ainsi l’homme, structure la plus complexe de l’univers connu, déchu depuis Copernic de sa place centrale qu’il croyait y occuper, découvre que la part de la matière dont il est constitué est dérisoire. Malgré tout, il est capable de s’interroger sur le cosmos.

Le principe anthropique fort

Les modélisations informatiques montrent que si les lois et les conditions initiales de l’univers (constante de Planck, vitesse de la lumière, température, pression…) avaient été très légèrement différentes de ce qu’elles sont, la complexité et la vie n’y seraient jamais apparues. Or, la probabilité pour que ces conditions initiales aient pu être réunies avec une telle précision sont évaluées à 10E-60 (un archer qui décocherait une flèche aurait la même probabilité d’atteindre une cible de 1 m2 située à l’autre bout de l’Univers). Les théories qui tentent d’expliquer cet heureux hasard font l’hypothèse d’une infinité d’univers parallèles, d’une succession de Big Bangs et de Big Crunches, de dédoublements permanents de l’univers… L’hypothèse d’un principe créateur est plus élégante, plus économique et correspond à l’unité qui plait tant à la démarche scientifique. Il pourrait bien s’agir d’un principe conscient, visant à créer un observateur à l’univers. En ce sens, l’homme en reprendrait le centre en tant qu’achèvement. Le miracle de notre existence valide sa version forte.

Le hasard dans la nécessité

Au XXe siècle l’indétermination a remplacé le déterminisme de Newton et Laplace. Elle s’exprime dans :

  • le principe d’incertitude de Werner Heisenberg, qui veut que l’observation ne permet pas de connaître simultanément la position et la vitesse exactes d’un électron. S’il n’est pas observé, cet électron est une onde traduisant la probabilité de sa présence à différents endroits de l’espace ;
  • La théorie du chaos, de Henri Poincaré à la fin du XIXe siècle, qui montre que des phénomènes sont imprévisibles compte tenu de leur sensibilité extrême aux conditions initiales ;
  • Le théorème d’incomplétude de Kurt Gödel, qui établit en 1931 qu’un système arithmétique cohérent et non-contradictoire contient toujours des propositions «indécidables», des énoncés mathématiques, dont on ne peut dire par le seul raisonnement logique s’ils sont vrais ou faux. Il s’exprime aussi par le fait qu’on ne peut pas démontrer qu’un système est cohérent et non-contradictoire sur la seule base des axiomes contenus dans ce système et qu’il faut en imposer de l’extérieur. Le système est donc incomplet en lui même. Ce théorème a une résonance particulière en philosophie : la pensée rationnelle a des limites.

Les lois de la physiques doivent donc cohabiter avec une incertitude inscrite dans la nature, responsable de sa créativité. « La nature joue du jazz ». La science, qui en étudie et en décrit les phénomènes ne se suffit pas à elle même. Sa pensée est par nature incomplète et les objets décrits par nature flous. D’autres voies sont donc nécessaires pour appréhender le réel : la spiritualité, l’art, la poésie. Cette approche plus globale du réel, qui suscite la réticence de la majorité des scientifiques, permet le pari en faveur du principe anthropique fort.

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Entretien avec Ilya Prigogine

Deux conditions sont nécessaires pour parler de création : la flèche du temps, ou l’irréversibilité des phénomènes, et l’indétermination. La thermodynamique, qui aborde les phénomènes de façon probabiliste, est un outil adapté à l’étude de cette indétermination. Henri Poincaré a distingué les systèmes :

  • intégrables, dans lesquels les éléments sont isolables et obéissent aux lois déterministes et
  • non-intégrables, dont les interactions entre les éléments et l’extérieur interdisent toutes prédictions autrement que par les probabilités. La plupart des systèmes naturels sont non-intégrables.

Les systèmes dissipatifs

La physique classique étudie des situations d’ordre ou d’apparition de désordre proche de l’état de stabilité. Mais loin de l’équilibre, on constate l’apparition, dans des systèmes ouverts pouvant échanger matière et énergie avec l’extérieur, d’états stationnaires de non-équilibre. La notion de systèmes dissipatifs traduit ces phénomènes, à la base de la vie et du fonctionnement des organismes qui constituent de tels systèmes.

L’instabilité de Bénard en est une bonne illustration : « lorsque l’on chauffe une couche liquide par dessous, le système s’écarte de l’état d’équilibre, correspondant au maintien d’une température uniforme dans la couche. Pour des petits gradients de température, la chaleur est transportée par conduction, mais à partir d’un gradient critique, un transport par convection apparait. Avant l’instabilité de Bénard, l’énergie du système résidait entièrement dans son agitation thermique. Au-delà, une partie est transférée dans des courants macroscopiques ordonnés comprenant un nombre très élevé de molécules. Le fait remarquable est que des structures de ce type sont créées et maintenues grâce aux échanges d’énergie avec le monde extérieur, dans des conditions de non-équilibre. C’est pour cette raison qu’elles s’appellent  » structures dissipatives ».

L’incertain est partout

Toute création est faite de bifurcations qui suivent la flèche du temps et ne permettent pas de revenir en arrière, alors que dans la vision newtonienne tout est réversible. Ainsi, l’incertain est partout, à toutes les échelles. Il s’agit pour tous les êtres vivants d’aborder le futur à partir de ce qu’ils ont emmagasiné du passé. Chez l’homme, cette nécessité a donné naissance à la civilisation.

Le principe anthropique fort ne signifie rien

La probabilité d’apparition spontanée d’un tourbillon de Bénard dans un système en équilibre est infime. Dans certaines conditions, loin de l’équilibre, il apparait pourtant. Dans l’Univers constitué de systèmes non-intégrables, la création est permanente. L’activité de l’homme en fait partie. Dans une vision classique, la nature est un automate et il a fallu un Dieu pour le démarrer. Dans la vision d’un Univers en évolution, l’Univers s’organise :

  • soit, selon un plan extérieur ;
  • soit (et plus probablement), suivant un programme qui se construit lui-même.

La science ne connait presque rien de ces évolutions. Le Darwinisme n’explique pas pourquoi, par exemple, seuls certains singes sont devenus des hommes. On constate chez les cosmonautes une transformation des structures biologiques liées à la légère différence de gravité à laquelle ils ont été soumis. Des causes de très faible intensité peuvent ainsi avoir des conséquences significatives et se transmettre suivant un processus lamarckien. Depuis la création de l’Univers une évolution purement darwinienne aurait dû nous conduire à un équilibre. Il n’en est rien. La créativité de la nature préserve ce déséquilibre synonyme de vie. Pour le comprendre, il nous faut étudier plus avant les systèmes non-intégrables.

Au delà des questions purement scientifiques l’humanité est à un moment charnière où la société doit être en capacité de choisir la direction que doit prendre la science sur des débats tels que les OGM, le clonage… L’homme doit prendre conscience de sa responsabilité vis à vis de lui même et de la nature qui l’entoure.

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Entretien avec Albert Jacquard

Parler de la création comme d’un événement n’a pas de sens. Le temps n’existe que parce que des événements irréversibles ont lieux. Or la création marque le début du temps. Ce n’est pas un événement inscrit entre un avant et un après. Avant il n’y avait pas d’« il y avait ». Pour cette raison, la science se rapprochera du Big Bang sans jamais l’atteindre, ce qui signifierait qu’il y avait un instant avant, ce qui est faux. On peut faire le parallèle avec la notion de temps de chaque individu : s’il remonte dans ses souvenirs, son passé se perd dans son infini personnel. L’explication est que la sensation n’est pas proportionnelle à l’intensité d’un phénomène mais à son logarithme. Ajouter 100 g lorsqu’on porte 1 kg procure la même sensation qu’ajouter 200 g que lorsqu’on en porte 2. A 10 ans, 1 an est perçu comme 5 ans à 50 ans. L’impression d’infini dans le passé vient de ce que le logarithme de 0 est -∞.

Concernant le principe anthropique fort, il contient une erreur logique

Nous vivons tous les jours des événements qui avaient très peu de chance d’arriver, ce ne sont pas des miracles pour autant. L’esprit scientifique conduit à l’agnosticisme non à l’athéisme. Si Dieu n’entre pas dans la démarche scientifique, il serait décevant qu’il n’existe pas.

L’Univers a permis de créer la conscience qui semble l’exclusivité de l’homme. A défaut de définition claire du vivant, la conscience est le critère qui confère à l’homme une énorme responsabilité, d’autant qu’il est capable de tout détruire. Il doit réfléchir à l’orientation de la science. Comprendre ne veut pas dire faire tout ce qui est possible : le clonage conduit à des enfants sans mère, alors que la conscience que la mère a de son enfant constitue son intronisation dans l’humanité. Cette responsabilité doit également conduire à renoncer à la logique de compétition qui formate la société, au profit de l’échange et du mutuel d’enrichissement.

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Entretien avec Joël de Rosnay

La vision causaliste considère, à partir du Big Bang, l’apparition de la diversité donnant naissance, par sélection de type darwinien, à une complexité croissante : les particules, les atomes, les molécules… la conscience. La vision téléonomique (finalité résultant d’une organisation aléatoire) considère que l’Univers indéterminé converge vers l’Esprit qui finit par l’absorber totalement. C’est une question de perspective, de choix du point de fuite.

Pourtant, toutes deux sont fausses. En certains lieux, l’entropie recule, l’auto-organisation émerge du chaos, notamment suite à l’activité humaine. Certains programmes informatiques ont un comportement proche de celui d’êtres vivants, même s’ils ne métabolisent pas leur énergie. Si ce n’est pas encore la vie, il faut réaliser que

« la vie n’est pas dans la molécule : c’est une propriété émergente de la dynamique du système.»

L’humanité est un macro-organisme

L’humanité semble s’orienter vers le Cybionte, macro-organisme planétaire constitué par des hommes intégrés dans des réseaux intelligents, entité symbiotique répondant aux lois de l’auto-organisation : elle s’auto-reproduit, grâce à l’industrie, s’auto-conserve, grâce à l’énergie que l’homme fabrique et s’auto-régule grâce aux interconnexions et aux moyens de communication dont Internet est une ébauche. Le processus conduisant à cette évolution n’est plus uniquement darwinien. Les individus agissent sur sa progression.

Aucune philosophie n’a pensé le Cybionte et son évolution reste ouverte. Pour durer, il devra prendre en compte l’écologie, renoncer au parasitisme actuel au risque de tuer son hôte, transformer le « chacun pour soi » en « chacun pour tous », les « egocitoyens » en « écocitoyens ». Il devra éviter les dérives totalitaires. Celle de la « deep ecology » au profit d’une terre nourricière personnifiée, ou celle d’un État traçant les faits et gestes de chaque individu et où le contact humain se fait par machine interposée. Le Cybionte devra prolonger les capacités humaines, favoriser la rencontre avec l’autre et la connaissance mutuelle des cultures. La croissance de la complexité prendra la direction que nous lui donnerons, le pire ou le meilleur.

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Entretien avec Jean-Marie PELT

La version faible du principe anthropique est une tautologie. Sa version forte relève de la métaphysique. Son introduction dans la pensée scientifique est gênante. En revanche, la foi chrétienne est tout a fait compatible avec une carrière scientifique. La science explique comment la nature fonctionne, la foi répond aux questions sur les causes premières et les fins dernières. Mais la Bible n’est pas un livre scientifique et seules les morales sont à retenir. Elles nous apprennent notamment l’ouverture à l’autre. Admettre cela permettrait aux religions de trouver leur place dans les sociétés modernes.

Dans la querelle entre darwinistes et créationnistes, il est clair que ces derniers ont tort. Mais le darwinisme désigne à la fois l’évolution, qui est évidente, et le processus de sélection naturelle, qui n’explique pas tout : par exemple, l’identité d’aspect et d’odeur entre un insecte et le type d’orchidée dont il permet la pollinisation ne peut être due qu’à un processus de coévolution.

Mais les chercheurs sont aujourd’hui dans le dogme. Ils ne laissent plus s’exprimer l’intuition et l’inspiration produites par la partie droite du cerveau. La partie gauche du rationalisme a pris le pouvoir. Ils travaillent tous sur des sujets similaires, en quête de résultats à publier. Par exemple, la biologie garde sa vision mécaniste et n’a pas intégré les acquis de la mécanique quantique. Pourtant, Newton et Einstein reconnaissaient avoir fait leurs principales découvertes en une sorte d’état de trans inspiratrices.

Ce rationalisme aboutit à la technoscience, aux OGM, à la recherche sur le gène et non à la connaissance et à la préservation de la biodiversité. A vouloir maîtriser le monde par la science, on a oublié que le caractère fini de l’esprit humain ne pourrait jamais embrasser l’infini de l’Univers. La mystique seule permet de poursuivre le chemin pour s’en approcher un peu plus.

Le malaise des sociétés modernes vient bien souvent du fait que l’homme a oublié son lien avec la nature dont il fait partie, au profit de la technique. Pourtant, ce lien est indispensable à la vie. Les lois de la nature font s’attirer les quarks, les nucléons, les atomes, les molécules, les cellules, les organismes, créant à chaque fois des lois émergentes. La sélection darwinienne n’intervient qu’après. En amont, opère un mécanisme de construction. A l’échelle de l’homme c’est l’amour.

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Entretien avec Henri Atlan

Les études de différentes formes d’auto-organisation ne permettent pas de conclure que l’Univers s’est créé seul, mais que cela est possible. La version forte du principe anthropique n’est quant-à elle qu’une expression moderne d’un anthropocentrisme naïf.

Le concept de téléologie issu de la pensé d’Aristote postule l’existence de causes finales. Celui de téléonomie introduit par Jacques Monod, affirme que tout se passe comme s’il existait des causes finales qui ne sont qu’illusions. La science actuelle conclut que la nature n’est poussée que par des causes efficientes agissant dans le cadre de « systèmes dynamiques complexes », c’est-à-dire constitués d’un très grand nombre d’éléments interagissant et atteignant certains états d’équilibre. Par exemple, le développement d’un organisme ne dépend pas uniquement de l’ADN, comme on l’a longtemps cru : l’expression d’une même séquence génétique varie en fonction de certaines protéines du cytoplasme. L’étude de ces systèmes complexes qui peuvent être ou non vivants fait disparaitre la frontière entre matière animée et inanimée. Toutes deux sont de même nature, seule diffère leur organisation. Ainsi, on peut se dispenser d’une hypothèse créatrice. Spinoza semble avoir eu raison. Les propriétés émergentes des systèmes complexes, l’homme y compris, sont dues au grand nombre de variables qui les déterminent, pas à un miracle ou à la superposition d’un principe vital. On a caricaturé Laplace en oubliant que son démon servait à introduire un traité de probabilités : puisque l’omniscience n’est accessible qu’à un démon, optons pour l’approche probabiliste. Aujourd’hui encore, les probabilités permettent d’appréhender des phénomènes que l’esprit humain ne peut saisir mais qui n’en sont pas moins déterminés.

Par ailleurs, s’il convient d’évaluer les conséquences possibles d’une innovation, la précaution édifiée en principe est inopérante : soit on l’ignore et on avance, soit on s’abstient en risquant de s’exposer à un danger supérieur en se privant d’un progrès. Ce principe n’est qu’un outil de protection des décideurs. L’usage de la cigarette montre que les actions humaines sont plus complexes que l’abstention devant un risque.

Il n’y a rien de plus naturel que d’être criminel

Dans les réflexions sur l’éthique « les critères sur ce qui doit être fait ou pas, du point de vue moral, ne sont pas à tirer de l’observation de ce que la nature fait spontanément . Le fait qu’on modifie de fond en comble ce que fait la nature – ou pas – n’est pas un critère de bien ou de mal. Il n’y a rien de plus naturel que d’être criminel.» De plus, les créations dites artificielles, comme les manipulations génétiques, sont possibles par l’utilisation des lois de la nature. Gilbert Simondon écrivait « L’artificiel n’est que du naturel suscité ».

Ainsi, affranchis du critère «naturel», on peut défendre de façon cohérente à la fois que l’euthanasie répond au choix de certains malades, mais que le rôle du médecin n’est pas de donner la mort et que la culture à des fins thérapeutiques de tissus humains devrait être acceptable pour tout le monde puisqu’il ne s’agit pas d’une forme de reproduction utilisant des cellules fécondées, que certains considèrent comme déjà une personne.

Dans 50 à 100 ans les techniques de reproduction des êtres vivants auront fait des progrès considérables. Par exemple, des utérus artificiels permettront des gestations hors du corps de la femme. Le débat doit donc porter sur le choix des moyens que la science rendra possibles pour abolir les souffrances, notamment de la grossesse et du travail pénible. La vigilance contre l’utilisation des progrès scientifiques à des fins totalitaires est aussi à l’ordre du jour, notamment vis-à-vis des biologistes proposant d’établir une carte génétique à la naissance pour décider du droit ou non de vivre.

La philosophie de Spinoza est celle qui est la plus proche de nos connaissances actuelles

Ni matérialiste, ni spiritualiste, elle fait appel à une même substance différemment modifiée, que la conscience limitée de l’homme décrit, par commodité, tantôt par le langage de la physique, tantôt par celui de l’esprit. Niant le libre arbitre, il s’agit néanmoins d’une pensée de la liberté : Elle nous invite, d’une part, à admettre que nous sommes entièrement conditionnés par des déterminismes et, d’autre part, à intérioriser, par la connaissance, le plus possible de cette nature dont nous sommes un fragment afin de prendre conscience de notre participation à son activité créatrice qui, elle, n’est pas contrainte. L’accès à la «libre nécessité» de la nature remplace ainsi l’illusion du libre arbitre.

Le monde s’est-il créé tout seul ?

Ce que je crois comprendre

Concernant l’émergence de l’ordre dans le chaos : si on détermine toutes les séquences possibles des quatre chiffres 1, 2, 3, 4, il existe 4! = 24 possibilités. Parmi celles-ci, la séquence 1234. Admettons que cette combinaison soit stable alors que toutes les autres ne le sont pas. L’expression du hasard non contraint conduit à 23 situations d’instabilité, auxquelles s’ajoute une situation stable. Si l’on n’étudie que deux possibilités de combinaison de ces quatre chiffres, la séquence 1234 n’en fera peut-être pas partie. On aura peut-être 1342 et 4312. En revanche plus on est loin de l’état d’équilibre entropique, plus le nombre de séquences est grand et plus on a de chance de voir apparaitre 1234.

Concernant la vision d’Albert Jacquard du Big Bang : il évoque sans la nommer la notion topologique d’ensemble ouvert. Il nous dit que le temps dans lequel nous vivons est l’intervalle ]0; + ∞[. On pourra se rapprocher de 0, c’est à dire du Big Bang, autant qu’on voudra mais jamais l’atteindre.

Le temps ressenti est l’image de cet intervalle par la fonction logarithme soit ] – ∞ ; + ∞[. Ainsi notre point origine personnel, notre instant 0 particulier est repoussé dans notre subjectivité à log 0 c’est à dire – ∞.


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  1. […] Dieu de VOLTAIRE est donc un grand architecte. Il est semblable à celui présenté par Trinh Xuan Thuan, le célèbre astrophysicien qui, dans sa mélodie secrète, constatait que le fonctionnement de […]

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Astrophysique, Science de la vie, Trinh Xuan Thuan

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