A l’image de Jaurès, Pierre Mendès France fut (et reste) une figure marquante de la gauche française, avec cette particularité de n’avoir (presque) jamais exercé de mandats nationaux (Jaurès ne fut que député).

mendes et mitterand

Mendès et Mittérand


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Une biographie de Pierre Mendès France (1907-1982)

 C’est par sa profonde réflexion politique et son charisme qu’il a su imposer « un style » et ainsi marquer des générations de responsables politiques de tout bord. Résistant lorsque la France sombrait dans la collaboration, démocrate sans compromis lorsque de Gaulle dotait la France d’un État autoritaire, partisan de l’émancipation des peuples lorsque la France s’enlisait en Algérie, il eut toujours un coup d’avance, nageant souvent à contre-courant, souvent vers la porte de sortie, mais pour mieux rentrer par la fenêtre. Il est une référence de l’honnêteté en politique, ne cherchant pas le pouvoir à tout prix, défendant inlassablement la justice et la démocratie.

Deux citations de Pierre Mendès France qui illustre son idéal :

La démocratie est d’abord un état d’esprit. Pierre Mendès France La République doit se construire sans cesse, car nous la concevons éternellement révolutionnaire, à l’encontre de l’inégalité, de l’oppression, de la misère, de la routine, des préjugés, éternellement inachevée tant qu’il reste des progrès à accomplir. 

Pierre Mendès France de Jean LACOUTURE

Un étranger parmi nous

Né en 1907, il est issu d’une famille juive-séfarade venue du Portugal, établie en France au XVIIème siècle.

Pierre Mendès France est élevé dans un contexte furieusement anti-clérical incarné par son père Cerf qui décide pour lui d’une éducation athée. Bachelier à 15 ans, il intègre l’université en 1922, où il hésite entre l’enseignement et le droit qui aura finalement sa faveur, l’installant définitivement à l’école des sciences politiques (Science Po). Farouchement ancré à gauche, il adhère au parti radical et milite pour le compte de la ligue d’action républicaine et socialiste (dite « LAURS ») contre l’extrême droite. Ses études (brillamment) achevées, il devient avocat (le plus jeune de France à l’époque), mais s’intéresse de plus en plus aux questions économiques (sa thèse de doctorat porte sur la politique financière du gouvernement Poincaré). Le service militaire lui permet de faire ses premières armes dans l’armée de l’air où il obtient le grade de caporal. Son intérêt pour l’économie s’affirme un peu plus lorsqu’il publie L’étude du problème des États-Unis d’Europe qui lui vaut une certaine reconnaissance de ses pairs. Il se lance alors dans la politique et devient député de l’Eure, l’un des départements les plus marqués à droite ! Il fait alors partie de la mouvance des Jeunes Turcs (en référence au parti au pouvoir alors en Turquie qui, soit dit en passant, se sont également illustrés dans le génocide arménien) et, par son audace se fait remarquer par Léon BLUM, membre éminent du parti socialiste de jean Jaurès depuis 1902 et futur artisan du Front Populaire. Son irrésistible ascension le conduit en 1935 à la mairie de Louviers.

De l’autre côté…

De l’autre côté de la Forêt Noire, Hitler vient (1933) d’être élu chancelier et, suite la mort du vieux maréchal Hindenburg, cumule les fonctions de Président du Reich. Mendès est alors le seul député à voter contre la participation française aux JO de BERLIN prévus en 1936.

De l’autre côté des Pyrénées, la guerre fait déjà rage et les avions de GOËRING testent leurs bombes sur la ville de GUERNICA. Mendès milite alors pour une intervention française pour soutenir les Républicains martyriser par FRANCO. Il n’est pas suivi par le Front Populaire de Léon BLUM qui ne veut pas froisser l’allié britannique.

Malgré ce différent, Léon BLUM l’appelle auprès de lui dans son second gouvernement (1938) où il devient sous-secrétaire d’Etat au Trésor. Pas pour longtemps, car le gouvernement tombe avant qu’il n’ait pu mettre en œuvre son plan d’actions économiques.

La guerre

Mendès ne veut pas pantoufler, c’est un homme d’action. Il s’impose alors comme lieutenant dans l’armée de l’air où il cherche à tout prix à se battre sur le front. Il est finalement arrêté par le gouvernement Pétain « pour désertion !!! », jugé et emprisonné pour 6 ans. Mais on ne retient pas Mendès en cage si facilement. Il s’évade et écrit à Pétain pour lui dire toute sa haine de sa politique de collaboration. Il rejoint De Gaulle qui le charge notamment des finances dans son gouvernement provisoire. Mais les deux hommes n’étaient pas fait pour s’entendre. En 1945, De Gaulle tranche en faveur de son principal concurrent sur l’échiquier financier : René Pléven. Mendès démissionne, mais pas dans l’objectif de faire une pause : il devient successivement :

  • président du Conseil général de l’Eure ;
  • directeur pour la France de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) (jusqu’en 1947) :
  • gouverneur du Fonds Monétaire International (FMI) (jusqu’en 1959) ;
  • député de l’Eure ;
  • délégué (1947 à 1951) de la France au Conseil économique et social de l’ONU ;
  • conseiller municipal de Louviers ;
  • président (1948) des gouverneurs du FMI ;
  • président de la commission des comptes de la Nation (1950-1960) ;
  • président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale (1954) ;
  • président de la commission des Finances de l’Assemblée nationale !!!

Le dé-colonisateur

La fin de la guerre sonne le réveil des peuples colonisés par la France depuis le XIXème siècle. C’est en Indochine que le feu commence à brûler. Mendès plaide alors pour l’indépendance des peuples, que ce soit au bout du monde ou de l’autre côté de la Méditerranée (Tunis, Maroc puis Algérie). En 1954, Mendès accède finalement au pouvoir et forme son premier (et dernier) gouvernement qui ne durera que sept mois. Il trouve tout de même le temps de régler le problème tunisien.

En 1956, le socialiste Guy MOLLET se fait élire sur le thème de la fin de la guerre en Algérie. C’est l’inverse qui se passe puisqu’il envoie la troupe, conduisant un Mendès, alors ministre d’État mais en plein désaccord avec MOLLET à la démission. Il en profite pour se retirer du parti radical.

L’opposant à de Gaulle

1958, le Général installe, de manière vaguement autoritaire, la cinquième république. Mendès, le farouche démocrate, ne peut l’accepter et devient son meilleur opposant. Mais il est battu, notamment dans l’Eure. Le temps est peut-être arrivé pour lui de se consacrer à la pensée politique en prenant un peu de recul : il écrit notamment La République Moderne dans laquelle il dénonce l’élection au suffrage universel du Président. Il intègre le parti socialiste unifié (PSU) pour soutenir la campagne de François MITTERRAND (qui fut ministre de l’Intérieur de Guy MOLLET et, à ce titre, favorable à l’exécution de militants du FLN) alors principal opposant à un De Gaulle tout puissant.

On le retrouve du côté de Grenoble, où il se fait élire député.

Une santé chancelante

A partir de 1972, son état de santé se dégrade et Mendès s’oriente de plus en plus vers la réflexion politique, notamment sur les questions qui minent le Moyen-orient, comme le conflit israélo-arabe, ce qui lui permet de rencontrer Sadate (Président égyptien, favorable à la paix) et Begin (son homologue israélien). Son dernier combat, il le livrera aux côtés de MITTERRAND à l’occasion de la campagne présidentielle victorieuse de 1981 qui chasse la droite du pouvoir.

Il meurt en 1982, à sa table de travail, laissant une gauche orpheline de penseurs authentiques, sans arrière-pensées électoralistes, de penseurs sincères capables de mettre leurs idées en pratique, sans compromis, sans faux-semblant, menés par leur seul idéal de démocrates.

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Joindre la conversation 13 commentaires

  1. […] défenseur de la cause vietnamienne, anti-colonialiste, opposant à la toute-puissance américaine, homme de gauche devenu sur le tard un admirateur du général De Gaulle. Il a écrit une centaine d’ouvrages historiques, dont pas mal de biographie (Nasser, Léon Blum, Malraux, Mendès-France,…). […]

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  2. […] socialistes sont alors au pouvoir en France et Pierre Mendès France, Président du Conseil en 1955, se saisit de l’affaire algérienne. Il envoie son ministre de […]

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  3. […] Outre son CV d’écrivain, Jean LACOUTURE (1921) est connu pour ses positions politiques tranchées ,défenseur de la cause vietnamienne, anti-colonialiste, opposant à la toute-puissance américaine, homme de gauche devenu sur le tard un admirateur du général De Gaulle. Il a écrit une centaine d’ouvrages historiques, dont pas mal de biographie (Nasser, Léon Blum, Malraux, Mendès-France,…). […]

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  4. […] Pour relancer la croissance, Emmanuel MACRON n’aime pas l’outil du déficit ni la réduction des dépenses érigée comme un dogme que certains appellent  » Rigueur ». Droite et gauche à mettre dans le même sac et à la rivière ! il faut une gestion équilibrée des finances en privilégiant investissement d’avenir (au détriment des dépenses de fonctionnement). Il cite Mendès-France […]

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