Un article du FIGARO. Les Femmes sans voile prennent la parole. Caroline Piquet | Le 10 juillet 2015ni putes.jpg

Créé fin 2013 à Aubervilliers en Seine-Saint-Denis, ce collectif composé de femmes « de culture musulmane » appelle à se rassembler aujourd’hui à Paris pour revendiquer le droit à ne pas porter le voile, « symbole patriarcal ».

Vendredi 10 juillet, des femmes vont se rassembler place de la République à Paris pour revendiquer leur droit à ne pas porter le voile. Derrière elles, le collectif Femmes sans voile, créé en 2013 à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) par des femmes se présentant comme « de culture musulmane ». Pour la quatrième fois en deux ans, ce petit groupe se mobilise à l’occasion de la Journée mondiale des femmes sans voile. Leur objectif : lutter contre un symbole qu’elles considèrent « patriarcal ».

Nous ne rejetons pas la religion en tant que telle mais ses coutumes contraignantes

À l’origine de ce petit collectif qui réunit « une trentaine de sympathisants », Nadia Benmissi et Nadia Ould-Kaci, toutes deux « d’origine maghrébine » et « féministes ». À la soixantaine, elles ont commencé à militer en 2014, à coups de tracts distribués sur le marché d’Aubervilliers, à l’occasion de journées symboliques comme celle du 8 mars pour la Journée internationale des droits des femmes. Leur discours est offensif et assumé : « Nous ne rejetons pas la religion en tant que telle mais ses coutumes archaïques et contraignantes », résument-elles. Très vite, Josiane Doan, une Albertivillarienne de 67 ans, s’est associée au projet. « Ce qu’elles m’ont raconté a fait écho chez moi. J’ai grandi dans un petit patelin des Alpes-de-Haute-Provence et j’ai moi aussi vécu les interdits et les restrictions vestimentaires. Je ne suis pas musulmane, mais je me suis reconnue dans leur combat. »

« Des rappels à l’ordre »

Attablées toutes les trois à une terrasse de café à la porte de la Villette, dans le XIXe arrondissement de Paris, elles préparent le rassemblement qui aura lieu vendredi à 18 heures.

« On n’a pas choisi cette date au hasard, on s’est directement inspirées du Canada », explique Josiane Doan, avec son fort accent du sud. En effet, en février 2014, l’association québécoise Marguerites Sans Frontières, qui se présente comme un « regroupement de Québécois » voulant « promouvoir l’égalité entre les hommes et les femmes », a consacré la journée du 10 juillet aux femmes sans voile.

« L’idée de notre collectif est née quand nous avons commencé à essuyer des remarques sur notre tenue vestimentaire », raconte Nadia Benmissi, née en Algérie et arrivée en France il y a une trentaine d’années. « La plupart du temps, c’était dit gentiment mais c’était quand même des rappels à l’ordre du style : « Madame, couvrez-vous pour être une bonne musulmane », « Allez-vous rhabiller »… » Mais les commentaires sont parfois désobligeants. « Voire insultants », renchérit Nadia Ould-Kaci, née à Saint-Denis et élevée dans une famille ouvrière d’origine algérienne. « L’année dernière, une personne m’a raconté qu’elle s’était fait cracher dessus parce qu’elle avait mangé dans la rue pendant le ramadan. Le pire, c’est qu’elle n’était même pas musulmane ! »

« Le voile n’est pas lié à l’islam »

Dans leurs quartiers, elles s’inquiètent du nombre grandissant de femmes voilées. « Nous sentons de plus en plus une pression de la part d’un noyau dur de radicaux : ils se sont mis à codifier la rue, la tenue des femmes, y compris celles des petites filles, en se donnant le droit d’intervenir », regrette Nadia Benmissi, qui n’hésite pas à parler de prosélytisme. Or, selon elle, rien n’oblige à porter le voile. « Il n’est pas lié à l’islam, il est bien antérieur à son avènement », soutient-elle. « Que dit le Coran ? « Dis aux croyantes de rabattre leur voile sur leur poitrine ». L’interprétation de ce verset est illimitée et l’islam politique en a fait un outil d’oppression sur les femmes. » De son côté, le Conseil français du culte musulman (CFCM), instance représentative en France, avait écrit dans sa Convention citoyenne en juin 2014 que le port du voile était une prescription religieuse mais que celui du voile intégral n’était nullement une obligation.

« Je trouve choquant qu’une petite fille de 8 ans puisse être voilée. Pour moi, c’est de l’embrigadement ». adia Ould-Kaci

Les femmes d’Aubervilliers voudraient-elles interdire totalement le voile en France ? « Non, celles qui le portent sont libres de le faire. Elles peuvent interpréter la religion de la manière la plus radicale et la vivre comme elles l’entendent, tient à préciser Nadia Benmissi. Mais en tant que féministes, nous pensons que le voile, quelle que soit la religion, est un symbole sexiste, porteur d’inégalités, car il différencie l’homme de la femme dans l’espace public. Car le premier peut y évoluer librement quand la seconde doit s’y effacer. Ce n’est pas normal. »

Pour rappel, la loi de 2004 interdit le port du voile à l’école et celle de 2010, le port du voile intégral dans la rue. « Mais nous voudrions aussi que le gouvernement interdise le port du voile aux mineures », ajoute Nadia Ould-Kaci. « Je trouve choquant qu’une petite fille de 8 ans puisse être voilée. Pour moi, c’est de l’embrigadement. » Leur combat se situe aussi sur le terrain médiatique. « À la télévision, on présente un seul modèle, celui de la femme voilée. Or nous sommes diverses dans cette religion. Nous voulons montrer aux femmes et aux enfants qu’il n’y pas que le modèle radical », affirme Nadia Benmissi, professeure de technologie dans un collège du 93.

« Il faut arrêter de penser qu’on est en République islamique ! »

Si une vingtaine d’associations féministes soutiennent Femmes sans voile, l’action du collectif est loin de faire l’unanimité. Faiza Zerouala, journaliste au Bondy Blog et auteure de l’ouvrage Des voix derrière le voile, estime que leur discours est alarmiste, exagéré et en dehors de la réalité française. « Certes, dans certains quartiers, il doit y avoir des cas minoritaires où les femmes sont obligées de porter le voile, mais la grande majorité des femmes le font par choix et le décident d’elles-mêmes. Je le vois au quotidien dans mon travail, dans mes rencontres », commente la jeune femme qui a récemment participé à un débat avec les Femmes sans voile. « Il faut arrêter de penser qu’on est en République islamique ! Là, on est dans la promotion d’une laïcité intransigeante, où des femmes s’attaquent à d’autres femmes. » Exaspéré, un responsable associatif, qui préfère garder l’anonymat, ne dit pas autre chose : « Parler d’islam radical en parlant de voile, c’est intellectuellement malhonnête. Comment les gens peuvent-ils penser un instant que toutes les femmes voilées vont faire partie d’un projet terroriste ? »

« Parler d’islam radical en parlant de voile, c’est intellectuellement malhonnête ». Un responsable associatif

En France, c’est la deuxième fois que les femmes d’Aubervilliers célèbrent la Journée des femmes sans voile. La première avait eu lieu en 2014 à Châtelet. « On était une cinquantaine. Cette année, j’espère qu’on sera un maximum », s’enthousiasme Josiane. Sur Facebook, une centaine de personnes ont prévu de s’y rendre et près de 1300 personnes ont « liké » leur page. De nombreux messages d’encouragement y sont postés, mais quelques voix contraires s’y élèvent, comme celle d’Élodie, qui porte le voile. « Pensez-vous réellement que tant de femmes le portent par obligation ? » interroge la jeune femme. « Je le porte par plaisir, par fierté et surtout par conviction. Rien de ce que vous pourrez faire ou dire ne me le fera enlever. » Interrogées sur le nombre assez restreint de sympathisants, elles reconnaissent que leur collectif n’attire pas les foules et convainc peu les femmes voilées. « Il faut dire que beaucoup ont peur de s’exposer », d’en parler, justifie Nadia Ould-Kaci. « Mais si on arrive à en faire réfléchir une, ce sera déjà bien. »

 

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Islam, Laicité

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